EMMANUEL LANKOANDE, DEPUTE NTD « Le développement harmonieux de notre pays restera longtemps un simple leurre tant que… »

EMMANUEL LANKOANDE, DEPUTE NTD     « Le développement harmonieux de notre pays restera longtemps un simple leurre tant que… »

 

 

Créé le 13 mars 2015, le Nouveau temps pour la démocratie (NTD) qui revendique après les dernières élections législatives et municipales 3 députés, 627 conseillers municipaux dans 83 communes, se positionne comme la 4e force politique au Burkina Faso. Le parti a fait le choix idéologique et politique de la social-démocratie pour défendre, dit-il,  au mieux les intérêts du peuple burkinabè. Emmanuel Lankoandé est à la fois député du NTD et président du groupe parlementaire « Burkindlim. C’est, en effet, cet homme que nous avons rencontré dans le cadre de notre rubrique « Mardi politique », qui a bien voulu répondre à nos questions sur la vie de son parti et sur bien d’autres sujets en rapport avec l’actualité nationale.

 

« Le Pays » : Quelle est aujourd’hui la force du NTD sur le terrain politique ?

 

Emmanuel LANKOANDE : Je voudrais, avant tout, dire merci à votre journal pour  cette invitation, et saluer la qualité du travail et le professionnalisme dont vous faites montre et ce depuis de nombreuses années.

Pour revenir à votre question, je dirais que le NTD compte à ce jour 3 députés. Nous contrôlons 6 mairies rurales et nous présidons le conseil municipal de Banfora, l’une des mairies urbaines les plus importantes du pays. Dans plusieurs communes, le NTD s’est révélé être la force principale ayant permis l’obtention de la majorité municipale.  Avec un total de 605 conseillers municipaux dans  83 communes, notre parti se positionne au rang de 4eme force politique.

Ces performances çà et là enregistrées, révèlent notre force d’implantation et l’adhésion progressive des Burkinabè à nos objectifs  et à notre choix politique. Je souligne, par ailleurs, que les rencontres statutaires de notre parti se tiennent à bonne date, les militants reçoivent régulièrement la visite de la direction du parti.

Comme vous l’aurez remarqué, sur le terrain politique, nous nous mettons progressivement en place sur toute l’étendue du territoire national.  La force du NTD demeure sans nul doute dans le leadership individuel et collectif de ses militants et en premier de son Président, le camarade Vincent Dabilgou qui, d’ailleurs, vient récemment d’être nommé au poste de ministre des Transports. Permettez-moi de lui réitérer toutes mes félicitations et mes vœux les meilleurs de succès dans les nouvelles fonctions à lui confiées par le chef de l’Etat. En outre, il convient de noter  aussi qu’au NTD,  nous avons des militants jeunes, engagés et dévoués.

Nous pouvons, au regard de ce qui précède,  dire que notre parti est bien  présent sur le terrain politique et entend renforcer son leadership politique, les années à venir en vue de contribuer au renforcement de l’ancrage démocratique dans notre cher Faso.

Pourquoi avez-vous choisi d’être du côté de la majorité ?

 

Il faut souligner que le NTD, depuis sa création en 2015, précisément le 13 mars, a fait le choix idéologique et politique de la social- démocratie comme la meilleure voie pour défendre au mieux les intérêts du peuple burkinabè. Il est, de ce fait, à la base un parti de gauche  qui défend les idéaux de la social-démocratie. De ce point de vue, une alliance ne peut être possible qu’avec des partis partageant les mêmes idéaux. C’est donc à juste titre que nous avons adhéré  à la majorité.

Par ailleurs, je rappelle qu’à  la naissance de notre parti, nous avions, à l’époque,  en ce qui concerne la présidentielle, évalué les programmes de tous les candidats. Nous avions, en toute liberté et objectivité,  choisi de ne pas présenter un candidat mais de soutenir le Président Roch Marc Christian Kaboré, homme d’Etat confirmé et à même de gouverner efficacement notre pays. Nous l’avions déclaré à notre Congrès d’investiture tenu le 11 juillet 2016 à Ouagadougou. C’est une option politique que nous avions assumée et continuons d’assumer entièrement.

 

D’aucuns estiment que le NTD est une création de Simon Compaoré. Qu’en dites-vous ?

 

Notre parti ne se prête pas aux rumeurs encore moins aux bruits des couloirs. Le parti a été porté sur les fonts baptismaux par des camarades jeunes, convaincus et engagés  en vue d’apporter leur  pierre contributive à l’édification de notre cher pays, le Burkina Faso. Notre président, le ministre  Vincent Dabilgou, est bien connu sur l’échiquier politique national. Il en est de même pour certains membres de notre Bureau politique national. Certes, le  camarade président Vincent Dabilgou a travaillé avec le ministre d’Etat Simon Compaoré à la mairie de Ouagadougou, mais je fais observer qu’il a  travaillé pratiquement avec tous les ténors  du MPP pour avoir exercé de hautes fonctions dans ce pays.

A mon humble avis, cela n’est pas suffisant pour tenir de tels propos.

Vous conviendrez donc   avec moi, au regard de l’historique de la création du parti dont j’ai fait cas, que je m’inscris en faux contre de telles allégations.

 

« Nul ne peut affirmer que tous les voyants  sont au vert »

 

Tahirou Barry a descendu en flammes le gouvernement avant de démissionner en son temps. Est-ce que tous les griefs formulés à l’endroit du gouvernement ne sont pas fondés ?

 

Notre pays vit une ère post- insurrectionnelle  qui a de nombreuses exigences. Le pays, me semble-t-il, est pratiquement parti de zéro. Certains  maux évoqués par le ministre démissionnaire ne sont pas nouveaux au Burkina et justement, pour notre part,  l’honnêteté et l’humilité  politique commandent de reconnaître que des efforts sont faits pour y remédier.

Au-delà de tout ce qui a été dit, nous, nous retenons que  urbi orbi, le pays, peu à peu, se construit progressivement. Brique par brique, le mur du développement se pose au quotidien. C’est ce qui importe. Reconnaissons qu’en deux ans, il n’est pas évident pour quiconque de sortir ce pays de son retard accusé dans un certain nombre de domaines tels que l’éducation, l’eau, la santé pour ne citer que ceux-là. Il nous faut également reconnaître  que  l’Etat fonctionne selon des mécanismes et selon certaines réalités de trésorerie ignorés par la plupart de nos concitoyens. Nul ne peut affirmer que tous les voyants  sont au vert mais aujourd’hui, le pays a  une croissance économique de plus de 6%. Le pays est  en chantier sur plusieurs fronts. C’est, à mon sens, l’essentiel et cela augure de lendemains meilleurs pour notre pays.

D’aucuns estiment que les signaux sont loin d’être au vert en termes de gouvernance ! Qu’en dites-vous ?

 

Cela n’engage que leurs auteurs. Moi je suis par principe optimiste et je préfère me tenir du côté de ceux qui sont optimistes quant à l’avenir de notre pays. Je crois que la gouvernance est une action susceptible de s’améliorer ou de changer et je crois que le gouvernement est dans cette dynamique ; en témoigne le récent  remaniement ministériel.

Nous, nous  pensons que le pays avance. Il est vrai que les populations s’impatientent, mais nous pensons qu’il faut admettre  aussi que tout ne peut être fait maintenant et tout de suite. D’ailleurs, c’est pourquoi le programme présidentiel est déroulé sur 5 ans. Il y a des domaines dont la performance ne peut être constatée que sur la durée, comme l’Education et la Santé ! Par contre, dans le domaine des infrastructures routières, les efforts sont visibles et constatables.

Vous voyez bien que tout va pour le mieux dans ce secteur par exemple.

 

« Tout le grand problème réside dans l’équipement adéquat des forces sur le terrain »

 

Quelles propositions fait le NTD pour faire face aux défis sécuritaires ?

 

Notre pays, comme certains Etats de la bande sahélo- sahélienne, est  en proie à un véritable problème d’insécurité. Les causes sont bien connues. La déstabilisation de la Libye a entraîné une circulation illicite de toutes sortes d’armes à feu entre  les mains de personnes peu recommandables. En conséquence,  les pays subissent des attaques de terroristes de tout acabit. Pour ce qui est du Burkina Faso, nous nous félicitons du bon dispositif législatif en matière de lutte contre le terrorisme et les actes assimilés, mais aussi de la création  du G5 Sahel afin de mutualiser les actions de lutte contre le phénomène. En outre, dans cette guerre asymétrique, il faut une franche collaboration des populations et des leaders communautaires, notamment aux frontières de notre pays.

Au titre des efforts au niveau national, nous estimons que les recommandations issues du Forum sur la sécurité,  résument,  en réalité, les grands maux de l’insécurité. Tout le grand problème réside dans l’équipement adéquat des forces sur le terrain. Malheureusement, le matériel militaire suit une procédure presque mondiale, qui prend énormément de temps. Mais je pense qu’avec le soutien diplomatique de nos amis, tout va rentrer dans l’ordre dans peu de temps. C’est le lieu pour moi de féliciter nos Forces de défense et de sécurité pour leur esprit de sacrifice, pour les victoires déjà remportées et pour le combat acharné  qu’elles mènent au quotidien contre cette nébuleuse dans la partie septentrionale de notre pays. Aussi, il y a également la mise en place de ce plan chiffré de développement de notre défense qui, s’il est mis en place, pourrait nous être vraiment d’un véritable coup de pouce.

On se rappelle que le groupe parlementaire UPC a tenu ses dernières journées parlementaires sous le signe du désenclavement de la région de l’Est. Vous qui est êtes de la majorité et de la région, que pensez-vous des investissements en termes d’infrastructures routières ?

 

Il est admis de tous, je le crois, que le développement harmonieux de notre pays, tant souhaité par tous les Burkinabè, restera longtemps un simple leurre, tant que la lancinante question du désenclavement ne trouvera pas de solution durable. Comme on le dit couramment, la route du  développement passe inéluctablement par le développement de la route. Et à mon sens, la question du désenclavement doit être appréhendée  de manière  globale  car elle touche toutes les régions de notre pays.

Pour ce qui concerne le cas spécifique de la région de l’Est dont je suis originaire, je dirais qu’il s’agit d’une préoccupation que nous partageons tous, fils et filles du Gulmu. Il faut reconnaître que la région de l’Est qui occupe 17% (si je ne m’abuse) du territoire national en termes de superficie, enregistre un déficit routier criard et un état désastreux de ses principaux axes routiers. Cependant, c’est une région qui regorge d’énormes potentialités agricoles, pastorales, minières, fauniques, et j’en passe. En outre, elle constitue un carrefour commercial international important, au regard de sa position géographique qui, je pense, en toute modestie, pourrait permettre à la région de participer efficacement à son développement socioéconomique et par ricochet à celui du Burkina Faso tout entier.

Mais nous notons que des efforts sont faits ; en témoignent  le lancement par le chef de l’Etat, du bitumage de la voie Kantchari - frontière du  Bénin,  la réhabilitation de la voie Koupèla – Fada, la construction des ponts sur la RN18 dont le  pont de la Sirba où 13 personnes avaient perdu la vie en 2013 par noyade. Aussi,  il faut rappeler que des appels d’offres pour la construction, la  réhabilitation et l’entretien de  plusieurs pistes rurales dans la région de l’Est, ont été lancés. Actuellement,  la région est en plein  chantier. Et d’ici la fin du mandat du président Roch, nous croyons que des résultats significatifs seront constatés.  Nous parcourons la région et nous allons continuer le plaidoyer pour qu’il y ait plus d’investissements dans la région en termes de routes, mais dans plusieurs autres domaines comme l’éducation et la santé.

Le système éducatif a connu par le passé une grave crise. Comment expliquez-vous cela ?

 

Cette crise a provoqué une grande consternation tant chez les parents d’élèves que chez les décideurs politiques. Le dénouement trouvé avec les acteurs du monde de l’éducation, est une bouffée d’oxygène pour tout le  pays, car on ne pouvait pas se permettre de mettre en danger l’avenir  des enfants et du pays.  Maintenant, il faut que des dispositions soient prises afin de rattraper les retards pour le bon déroulement de  l’année scolaire.

Ce qui est rassurant, c’est que cette crise qui a tout de même duré, est derrière nous  maintenant et c’est ce qui est important.

Notre souhait est que toutes les parties respectent leurs engagements. J’ai  parcouru le protocole et je puis vous dire, pour avoir été DCPM de ce ministère, que les préoccupations majeures du monde de l’éduction ont été prises en compte dans le document.

 

« Burkindlim, les partis s’effacent quand on se rencontre pour faire place à l’intérêt général »

 

D’aucuns estiment qu’il faut repenser le système éducatif burkinabè. Etes-vous de cet avis ?

 

L’école du 21 eme siècle doit être évaluée par rapport à celle des siècles passés. Je crois que nous en convenons tous. Il est de nos jours indéniable que la formation doit être en adéquation avec les besoins du monde du travail.  Il faut une spécialisation et une professionnalisation  des filières de  formation, en tenant  compte des besoins réels du secteur privé. Il faut promouvoir une véritable culture de l’entrepreneuriat chez nos concitoyens et réduire la culture de la carrière dans l’Administration publique. Pour ce faire, chaque Burkinabè doit accepter de contribuer à la mise en œuvre de telles réformes, pour la prise en charge des incidences financières que peut induire cette transformation.

 

Vous êtes le président d’un groupe parlementaire hétéroclite. Comment se passe la cohabitation ?

 

Le  groupe parlementaire Burkindlim est effectivement composé à ce jour de 14 députés issus de 7 partis politiques bien connus que sont l’UNIR/PS, le NTD, le PAREN, le FASO AUTREMENT, le RDS, le PDS/METBA et le MDA. Et justement, cette diversité de formations politiques est un atout, à mon sens. En effet, bien que nous ayons les uns et les autres nos parcours politiques différents, nos idées souvent contradictoires et nos convictions, nous gardons toujours une place et la meilleure pour ce qui nous rassemble, ce qui nous transcende. Il s’agit de l’intérêt de nos compatriotes,  la cohésion du pays, mais également la vigueur de la démocratie.

Parce que, à mon sens, rien n’est plus grand et important que ce que je viens de citer. Ainsi, au sein du Groupe Burkindlim, les partis s’effacent quand on se rencontre, pour faire place à l’intérêt général. Donc, rassurez-vous, nous travaillons en parfaite symbiose et entretenons des rapports mutuels empreints de respect et de courtoisie

Pensez-vous que ce parfait amour ira jusqu’au bout ?

 

Allez jusqu’au bout, est une  quête permanente et un travail de tous les jours. Et Oui, moi je le crois, car  comme je vous le disais précédemment, je suis un homme optimiste. Et je sais que les leaders des formations ou partis politiques  qui constituent notre groupe, je dirais notre alliance, ont un sens assez élevé de la responsabilité et de l’engagement.

 

Un mot sur le procès du putsch qui, à peine ouvert, a été suspendu

 

« Plus rien ne sera comme avant », disent et réclament les Burkinabè. Au nom de cette profonde aspiration des Burkinabè, et au nom du postulat sous-tendant la séparation des pouvoirs, je souhaite tout simplement que le droit soit dit et soit dit dans toute sa rigueur et en toute transparence.

Je constate que c’est un rendez-vous judiciaire historique pour notre pays. Il touche à la crédibilité de la Justice burkinabè, dans un contexte où 14 victimes et de nombreux blessés ont été enregistrés.

 

Ben Issa TRAORE

 

 

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