ENROLEMENT BIOMETRIQUE:Pas de carte d’électeur, pas de vote

ENROLEMENT BIOMETRIQUE:Pas de carte d’électeur, pas de vote

Une semaine après le lancement de l’opération de recensement biométrique, le 17 juin dernier dans les villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, la moisson ne semble pas satisfaisante. En tout cas, je constate qu’il n’y a pas d’engouement de la part des citoyens. Et le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Me Barthlémy Kéré, ne dira pas le contraire, lui qui a demandé l’implication des chefs coutumiers et des leaders religieux afin qu’ils convainquent leurs sujets et adeptes à se faire enrôler. Pourquoi donc les populations ne se bousculent- elles pas devant les opérateurs de kit pour obtenir leurs cartes d’électeur? Plusieurs raisons peuvent expliquer cette attitude des citoyens. D’abord, la plupart des gens se disent que leur voix ne compte pas face à un pouvoir qui ne joue pas franchement le jeu démocratique.  Pour bon nombre de Burkinabè, quels que soient les efforts qu’ils feront, ça ne changera rien au résultat parce qu’il y a cette tradition de fraude. Autre chose : beaucoup estiment que leurs conditions de vie ne s’amélioreront pas et que ce n’est pas la possession d’une carte d’électeur qui changera les choses. Or, comme le disait le capitaine Thomas Sankara, « on ne mobilise un homme que sur la base de ses intérêts ».

Nombreux sont les Burkinabè qui n’ont plus confiance aux hommes et femmes qu’ils voient dans l’arène politique. Même moi fou, je me demande souvent à qui faire confiance. Le nomadisme politique et les retournements de veste ont pignon sur rue au Faso à telle enseigne qu’il est parfois difficile de parier sur la sincérité d’un homme politique. En fait, pour certains, se faire enrôler, c’est accepter déjà l’idée du référendum. Ce qui n’est pas vrai. Ces derniers oublient que c’est la même carte d’électeur qui servira à la présidentielle de 2015. L’Opposition a–t-elle suffisamment expliqué les enjeux de l’enrôlement ? Peut-être y a-t-il lieu de renforcer la communication. Elle est contre le référendum certes, mais pas contre la présidentielle de 2015. Pour les citoyens, l’information devrait être claire à ce niveau. Il faut se faire enrôler. Car sans carte d’électeur, pas de vote. D’ailleurs, qui nous garantit qu’il n’y aura pas de référendum. Le pouvoir n’a pas encore renoncé à cette idée et si d’aventure le corps électoral est convoqué, comment l’opposition va-t-elle s’y prendre ? C’est vrai qu’elle a fait des efforts en appelant chaque fois que l’occasion lui était offerte, les populations à s’inscrire sur les listes électorales. Mais ce travail est insuffisant. Au regard des enjeux, il aurait fallu sensibiliser davantage les citoyens sur la nécessité de se faire enrôler. Comment l’opposition peut-elle réaliser l’alternance qu’elle prône tant, si ses militants ne disposent pas de cartes d’électeur ? Tout en déployant son énergie à prêcher contre le référendum, elle gagnerait à œuvrer aussi pour remporter le combat de l’enrôlement de ses militants car, après tout, la plus grande victoire dont elle a besoin, ce n’est pas l’échec du référendum, mais la victoire à la présidentielle de 2015. Et pour gagner ce pari, elle devait se mettre à la tâche dès maintenant et non attendre que l’opération tire vers sa fin avant de se mobiliser. Comme le dit un adage, ce n’est pas à la veille du combat qu’il faut commencer à bien nourrir son cheval de bataille.

A la guerre comme à la guerre. Le pouvoir fera certainement tout pour appeler ses militants à se faire massivement enrôler. Il appartient à l’opposition d’en faire autant si elle ne veut pas se laisser surprendre à la dernière minute.

Dans un pays où la légitimité du pouvoir semble compter peu, l’essentiel étant de demeurer aux affaires, qu’une petite poignée d’électeurs reconduisent les mêmes, cela ne gênera pas les tenants du pouvoir. Il appartient donc à l’opposition « vraie » de sonner le cor de la mobilisation si elle veut atteindre son objectif final : l’alternance.

Peut-être que certains citoyens comme moi le fou, attendent la dernière minute pour se faire enrôler car les Burkinabè, on le sait, sont des hommes de dernière minute. Les examens de fin d’année scolaire peuvent aussi expliquer ce retard.

 

« Le fou »

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