FAURE FACE A LA CRISE POLITIQUE TOGOLAISE : Le silence jusqu’au bout de la gaffe  

FAURE FACE A LA CRISE POLITIQUE TOGOLAISE : Le silence jusqu’au bout de la gaffe   

 

Au Togo, la situation sociopolitique va de  Charybde en Scylla, avec les violentes répressions des manifestations de l’opposition qui commencent à enregistrer des macchabées. C’est dire si la situation a atteint un niveau critique au point de nécessiter une sortie du chef de l’Etat pour s’adresser à ses compatriotes dans le but de ramener le calme et la sérénité dans le pays. Mais pendant que le Togo est en train de s’embraser, Faure Gnassingbé se terre dans un mutisme incompréhensible qui frise l’irresponsabilité puisque laissant la chienlit s’installer dans le pays. En somme, un silence coupable jusqu’au bout de la gaffe puisque l’on déplore déjà des morts dans le bras de fer qui oppose le pouvoir à l’opposition, autour des réformes constitutionnelles relatives à la limitation des mandats présidentiels.  Et le drame est que c’est le président Faure Gnassingbé lui-même qui est au cœur de la déchirure du peuple togolais.

Faure ne veut pas faire face à ses responsabilités devant l’histoire

En effet, après 12 ans de pouvoir  et un  troisième mandat en cours, l’homme ne montre aucun signe de satiété face à la soif d’alternance de ses compatriotes, notamment l’opposition qui demande le retour à la Constitution de 1992 qui définissait déjà les contours de la clause limitative des mandats présidentiels. Mais les partisans du locataire du palais de Lomé II ne l’entendent pas de cette oreille et sont décidés à aller à un référendum pour permettre au chef de l’Etat de briguer d’autres mandats afin de prolonger son bail à la présidence de la république. Conséquence, de l’hémicycle, le débat s’est transporté dans la rue où chaque jour ou presque voit son lot de manifestations et contre-manifestations avec leurs corollaires de répression et d’arrestations. Pendant ce temps, le chef de l’Etat qui est attendu sur la question, tarde à monter au créneau pour tenir un discours responsable, allant dans le sens de la décrispation et de l’apaisement du climat social. Comment comprendre une telle attitude de la part de la première personnalité de l’Etat, qui plus est censée être le garant de l’unité nationale, de la paix et de la cohésion sociales ? Combien de morts faudra-t-il pour que Faure se décide à sortir de son mutisme ? Il est bien vrai que de lui, l’on dit qu’il est un personnage particulièrement taiseux et que ses adresses à la nation sont aussi rares que les larmes d’un chien. Mais quand on a le sens de l’Etat, il y a des moments cruciaux, dans la vie d’une nation, où il faut savoir prendre de la hauteur et tenir un discours de franchise à ses compatriotes. Et ce moment semble arrivé au Togo. Mais tout porte à croire que le président  Faure ne veut pas faire face à ses responsabilités devant l’histoire. Bien au contraire, il semble avoir adopté la stratégie de l’autruche, misant sur un pourrissement de la situation dans l’espoir d’avoir ses adversaires à l’usure, ou que l’armée fasse place nette pour lui dégager le chemin d’une candidature à sa propre succession. C’est la stratégie bien connue des dictateurs du continent, qui ont choisi de ramer à contre- courant de l’histoire dans le but de s’éterniser au pouvoir, dussent-ils pour cela, marcher sur les cadavres de leurs compatriotes. A l’image du Burundais Pierre Nkurunziza, du Congolais Denis Sassou Nguesso ou encore de son voisin Joseph Kabila. Faure Gnassingbé est visiblement de la trempe de ces dirigeants en manque de légitimité populaire, mais qui n’ont aucune envie de débarrasser le plancher.

Faure ne sera ouvert à toute négociation que s’il se retrouve dans la posture d’un Yahya Jammeh ou d’un Blaise Compaoré

 

Autrement, comment comprendre qu’un président qui a été élu trois fois avec des scores à la soviétique, soit vomi par une bonne frange de son peuple qui demande ici et maintenant son départ du pouvoir, seulement deux ans après sa dernière réélection ? C’est la preuve, si besoin en était encore,  que les résultats qui ont été servis, ne reflétaient pas la réalité du terrain.  Et l’on ne peut s’empêcher de se remémorer ces images de militaires emportant des urnes, à la faveur de l’une de ces élections où l’opposition avait vainement crié à la fraude. Aussi, à la lecture de ce qui se passe aujourd’hui au Togo, l’on est porté à croire que le président Faure est tout simplement rattrapé par la manipulation des résultats de ses différentes élections dont l’objectif était sans nul doute de laisser croire qu’il est un président adulé par son peuple. C’est un signal fort à l’endroit de tous les dictateurs du continent qui se laissent aller à ce jeu de la tricherie électorale et qui finissent par prendre leurs résultats falsifiés pour la réalité, oubliant au passage tout le travail de manipulation  souterraine voire de photoshoping qui a été fait dans leurs officines, pour en présenter une image reluisante. En tout état de cause, les dictateurs sont si têtus que l’on ne peut pas les raisonner. D’ailleurs,  ils ne comprennent que le langage de la force. C’est pourquoi il y a lieu de ne rien attendre d’une quelconque mission de médiation au Togo, car toute initiative du genre semble d’avance vouée à l’échec. En effet, tant que Faure Gnassingbé sera convaincu que le rapport de forces est en sa faveur, il ne faudra attendre aucune commisération de sa part. Il ne sera ouvert à toute négociation que s’il se retrouve, du jour au lendemain, dans la posture d’un Yahya Jammeh ou d’un Blaise Compaoré. Il appartient donc au peuple togolais de prendre son destin en main, et de ne surtout pas compter sur la communauté internationale qui, dans son hypocrisie, a suffisamment montré qu’en pareille situation, elle ne fait que suivre la direction du vent.

« Le Pays »

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