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FELICITATION DE ADO PAR L’ELYSEE  

Une onction qui vaut son pesant…d’adoubement  

Elles tardaient à venir, mais elles sont finalement arrivées. En effet, plusieurs jours après la réélection annoncée du président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), alors que l’on avait eu droit aux félicitations d’organisations sous-régionale ou continentale comme la CEDEAO ou encore l’Union africaine, celles de l’Elysée qui ne comptent pas pour du beurre, se faisaient toujours attendre. Finalement, l’on apprendra qu’en date du 11 novembre dernier, le locataire de l’Elysée s’est exécuté par voie épistolaire adressée à son homologue ivoirien, « à la suite de la confirmation par le Conseil constitutionnel, de votre réélection à la présidence de la République de Côte d’Ivoire ».  Une onction qui, peut-on dire, vaut son pesant …d’adoubement et ne pouvait pas passer inaperçue, quand on sait que le président français avait montré des signes de contrariété face à une nouvelle candidature  du chef de l’Etat ivoirien qu’il avait, du reste, vivement félicité quand ce dernier avait publiquement renoncé à briguer un troisième mandat avant de revenir sur ses propos, suite au décès subit de son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly.

 

Ces félicitations sonnent comme une reconnaissance de fait en bonne et due forme

 

 

En tout cas,  ces chaleureuses félicitations ne manqueront pas d’apporter du baume au cœur du président ivoirien, réélu pour un troisième mandat dans les conditions de violences et de contestations électorales et post-électorales que l’on sait.  Violences dont les répliques telluriques sont, du reste, loin de s’être totalement estompées. D’où cet appel du locataire de l’Elysée à son homologue ivoirien, de continuer  « le dialogue (…) initié le 11 novembre dernier avec le Président Henri Konan Bédié [et qui] est porteur d’espoir ». Pour qui connaît les rapports entre la France et ses anciennes colonies où elle reste encore fortement influente, ces félicitations venues des bords de la Seine, même quelque peu sur le tard, en plus d’être d’un véritable soulagement pour le locataire du palais de Cocody, sont pain bénit pour les autorités d’Abidjan qui pourraient surfer dessus pour rabattre le caquet à leurs adversaires qui seraient tentés de voir dans le silence prolongé de Paris vis-à-vis de la réélection d’ADO, une preuve de la non-légitimité de ce dernier. Surtout après l’épisode de début septembre dernier où plusieurs sources croient savoir que Jupiter n’avait pas daigné accorder à ADO une audience qu’il voulait à l’Elysée, selon les règles et usages protocolaires et diplomatiques habituels dus à un hôte d’un tel rang. Mais avec ces félicitations qui sonnent comme une reconnaissance de fait en bonne et due forme, on peut dire que les pendules sont désormais mises à l’heure entre Emmanuel Macron et ADO qui sait qu’avec le soutien de Paris, il est désormais adossé à du roc, malgré les circonstances. Car, avec l’onction du grand chef blanc, ADO  peut dormir tranquille. A présent, il lui appartient de faire un retour d’ascenseur au président français, concernant sa requête de dialogue avec l’opposition ivoirienne. Mais cela ne devrait pas connaître de difficultés majeures.

 

Le chantier de la réconciliation demeure le véritable défi sur lequel le président ADO sera attendu au tournant

 

De ce point de vue, l’on peut s’attendre à une ouverture de l’ancien-nouveau chef de l’Etat en vue d’une décrispation de la situation, pour peu que l’opposition cesse d’être dans une logique putschiste. Mieux, l’on ne serait pas étonné de voir le président Ouattara multiplier les signes de bonne foi et d’apaisement, pourquoi pas donner un coup d’accélérateur au dossier du retour de l’ex-président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, si l’opposition ne continue pas de mettre la légitimité de son nouveau mandat en question. C’est dire si le chantier de la réconciliation demeure le véritable défi sur lequel le président ADO sera attendu au tournant, au cours de ce troisième mandat qui n’a pas fini de faire couler encre et salive sur les bords de la lagune Ebrié.  Cela dit, comparaison n’est pas raison certes, mais au vu du peu d’empressement apparent du chef de l’Etat français à féliciter son homologue ivoirien pour sa réélection à la tête de l’Etat dans les conditions que l’on sait,  comment ne pas faire un parallèle avec la Guinée d’Alpha Condé qui vient, lui aussi, d’être proclamé  vainqueur par les institutions électorales de son pays pour un troisième mandat ?  Et tout porte à croire qu’ils sont nombreux, les démocrates du continent, qui attendent de connaître la position du grand chef blanc vis-à-vis du maître de Conakry qui semble avoir fait dans le hold-up électoral sur toute la ligne, depuis son fameux référendum contesté jusqu’à l’élection du 18 octobre dernier qui n’échappe pas aux critiques de la triche, comme ce fut le cas aux présidentielles de 2010 et 2015. D’autant que si en Côte d’Ivoire, en dehors du taux de participation des électeurs qui porte à polémique, la sincérité du scrutin et la victoire d’ADO ne semblent pas faire l’objet de contestation, il en va autrement en Guinée où les résultats, particulièrement dans certaines circonscriptions données pour acquises au chef de l’Etat, donnent franchement à réfléchir avec des chiffres qui laissent planer le doute sur le respect de la vérité des urnes.

 

 « Le Pays »

 

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