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FERMETURE DE MEDIAS AU TOGO : Raison administrative ou mobile politique ?

FERMETURE DE MEDIAS AU TOGO : Raison administrative ou mobile politique ?

Les débats font rage à Lomé, depuis la fermeture par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) de certains médias, notamment des chaines de télé et de radio, LCF et City FM. L’institution de régulation de la presse togolaise justifie le retrait des fréquences par le fait que ces deux organes sont en porte-à-faux avec la procédure normale pour l’acquisition du droit d’émettre, puisqu’ils n’ont pas obtenu d’autorisation au démarrage de leurs activités. Depuis cette interdiction décidée en début février, les associations locales de presse et des organisations de la société civile sont montées au créneau pour dénoncer une mesure attentatoire à la liberté de la presse et au droit à l’information des Togolais qui sont, on ne le dira jamais assez, un pilier essentiel de la démocratie. Il faut, en effet, reconnaître que cette sentence de la HAAC est d’autant plus surprenante qu’elle intervient près d’une décennie après le début des émissions des stations mises en cause, et après une entorse faite à l’obligation de consulter tous les membres de l’instance de régulation avant la prise d’une décision dans le cas d’espèce. C’est d’ailleurs l’un des membres de la HAAC, Zeus Aziadouvo pour ne pas le nommer, qui a tout de suite rué dans les brancards dès que la fermeture a été notifiée aux responsables de LCF et City FM, accusant à demi-mots son président d’avoir pris une décision unilatérale, donc nulle et de nul effet. Le Collectif des associations contre l’impunité au Togo a, quant à lui, fustigé les régulateurs de la presse togolaise pour avoir outrepassé leurs prérogatives. Car, pour son président, Spéro Mahoulé, « la HAAC donne certes l’autorisation d’exploitation, mais c’est plutôt la RTP qui attribue les fréquences et qui, de ce fait, est habilitée à les retirer. Mieux encore, poursuit-il, si la HAAC veut demander d’arrêter l’exploitation des médias, elle doit passer par une décision judiciaire ». Ces arguments ont fait bondir les auteurs de la décision controversée, qui y voient de la mauvaise foi, de la manipulation et de l’instrumentalisation, puisque les organes de médias qu’on considère comme victimes de l’arbitraire n’auraient même pas dû exister, faute d’autorisation d’exploitation dont tout le monde est unanime à reconnaître qu’elle relève des prérogatives de la HAAC. Bref, c’est à un véritable jeu de ping-pong qu’on assiste depuis la mise sous éteignoir de ceux que certains Togolais qualifient, à tort ou à raison, de voix des sans voix, et il n’y a point de doute que c’est devant le prétoire que les protagonistes seront départagés, malgré les appels au règlement à l’amiable du contentieux.

Il se pourrait que derrière cette mesure de salubrité…médiatique se cache un tas d’immondices politiques

En tout état de cause, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi et comment ces médias ont pu émettre, une dizaine d’années durant, en toute illégalité, sans susciter la moindre curiosité de l’instance de régulation, encore moins un rappel à l’ordre adressé aux présumés fautifs. Est-ce par laxisme ou par larbinisme de ceux qui sont chargés de contrôler la régularité des licences d’exploitation, comme on en voit un peu partout dans nos républiques gondwanaises ? Ou serait-ce de l’hypocrisie de la part des autorités togolaises qui feignent de n’être au courant de rien, alors qu’elles savaient pertinemment qu’il y avait des hors-la-loi dans l’espace médiatique togolais ? Quoi qu’il en soit, ce serait une bonne chose déjà que de séparer le bon grain de l’ivraie, et d’extirper les brebis galeuses de la galaxie des médias au pays de Sylvanus Olympio. Toutefois, ne donnons pas tout de suite le bon Dieu sans confession à ces arbitres qui ont brandi le carton rouge à LCF et à City média, car nous sommes au Togo, et Dieu seul sait que des décisions d’une telle importance ne sont jamais prises de façon innocente, et le mobile politique n’est jamais loin. Ceux qui connaissent les méthodes revanchardes et les coups tordus de Faure Gnassingbé et de son RPT au pouvoir ne seraient pas étonnés de savoir que dans ce cas-ci, on exploite opportunément une faute administrative pour solder des comptes politiques, d’autant que le patron des deux chaînes fermées n’est autre que l’ex-directeur de cabinet du président togolais, ministre d’Etat et porte-parole du gouvernement, évincé de la mangeoire en août 2012 et qui a fini par passer à l’ennemi, c’est-à-dire à l’opposition, après avoir purgé une peine de 18 mois de détention. Il se pourrait donc que derrière cette mesure de salubrité…médiatique se cache un tas d’immondices politiques formé par les caciques du pouvoir qui ne lésineront sur aucun moyen pour faciliter la réélection de Faure Gnassingbé, surtout que ce dernier doit nourrir actuellement beaucoup de soucis quant à son avenir à la tête du Togo, en pensant au sort qui a été celui de son ex-homologue et comparse, Yahya Jammeh. Espérons simplement que les acteurs de cette « crise » qui n’honorera personne quelle qu’en soit l’issue, auront assez de lucidité pour régulariser la situation si tant est qu’elle est irrégulière, afin de ne pas tirer davantage la démocratie togolaise vers le bas ; elle qui occupe désormais seule et sans contestation, la dernière place du classement en Afrique de l’Ouest, après l’extraordinaire bon en avant de la Gambie.

Hamadou GADIAGA

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