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FETES DE L’INDEPENDANCE DU BURKINA ET D’AUTRES PAYS AFRICAINS

Aller au-delà des symboles

Le soixantième anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso sera célébré le 5 août, avec quelques trompettes militaires dans les principales villes du pays, mais l’ambiance sera celle des jours ordinaires comme c’est de coutume depuis l’avènement de la Révolution démocratique et populaire en 1983. Des cérémonies sobres, juste pour sacrifier au rituel dans les chefs-lieux de région, en guise de devoir de mémoire envers tous ceux qui se sont investis pour que l’ancienne Haute-Volta obtienne son indépendance politique vis-à-vis de la France.  Cette sobriété n’est pas seulement le fait de la situation sanitaire et sécuritaire préoccupante de notre pays, mais s’explique aussi et surtout par le fait qu’il n’y a pas de quoi organiser des flonflons cocardiers pour un événement dont les fruits n’ont pas du tout tenu la promesse des fleurs. Car, ici comme ailleurs, et notamment dans les autres pays de l’Afrique francophone, force est de constater que derrière la façade et la fiction de l’indépendance, se dissimule une tout autre réalité, contrôlée et dominée par la puissance colonisatrice, la France en l’occurrence.   N’ayons pas peur des mots, en dehors des signes apparents ou extérieurs de souveraineté (drapeau, hymne national, siège à l’ONU…), quel bilan peut-on tirer des six décennies écoulées, au regard des espérances dont était porteuse l’indépendance de nos pays vis-à-vis de la métropole ? Alors que dans les pays anglophones d’Afrique, on envisage, à chaque célébration, des projets d’avenir profitables à tous à partir de réflexions sur le chemin parcouru, chez nous, les francophones, on se contente de formules lénifiantes et de messages dilués à l’endroit du bienveillant Général De Gaulle et de nos « pères-fondateurs », qui virent rapidement à une autocélébration des régimes en place.

 

Il nous faudra une prise de conscience collective pour sortir de l’ornière

 

Le constat est amer. Nos Etats francophones préfèrent toujours et malgré leur souveraineté proclamée, tisser avec la France des relations de protecteur à protégé, lui confiant ainsi le soin de les parrainer sur la scène internationale, et de garantir la protection de leurs territoires et des régimes en quête permanente de légitimité.  On ne le dira jamais assez, la subordination sur tous les plans des pays africains en général et francophones en particulier vis-à-vis des anciennes métropoles, est toujours d’actualité soixante ans après les indépendances formelles, et cet asservissement aura de beaux jours devant lui aussi longtemps que nos pays ne mettront pas en place de vraies politiques de libération nationale sur tous les plans. Les nationalistes et patriotes africains comme Thomas Sankara, Marien Ngouabi, Barthélémy Boganda, Sékou Touré et autres Amilcar Cabral qui s’y sont essayés, s’y sont piqués, pour ainsi dire ; beaucoup d’entre eux ayant été assassinés sur commande. C’est d’ailleurs de bonne guerre pour les puissances colonisatrices si elles s’ingénient à maintenir le statu quo, puisqu’elles ne seraient rien sans leurs valets locaux et leurs intarissables matières premières. Mais soyons honnêtes et ne jetons pas toujours l’anathème sur le Blanc comme on dit chez nous ; la responsabilité du colon, pour importante qu’elle puisse être, ne saurait expliquer ni justifier le piteux état dans lequel végètent la plupart des pays africains. N’oublions pas, en effet, que nos élites dirigeantes n’ont pas toujours saisi cette opportunité d’indépendance pour penser au futur de nos pays en se disant qu’elles sont là pour servir et non pour se servir. On en a malheureusement vu qui, au lieu de contribuer au développement de la coopération régionale profitable à tous dans un ensemble solidaire, ont préféré faire cavaliers seuls probablement pour pouvoir piller en toute impunité et sous la menace des armes, les richesses de leurs pays respectifs. C’est pour ces raisons égoïstes et irresponsables que, bien que sachant que l’union fait la force, on n’arrive pas à remembrer le continent pour créer ce que les panafricanistes ont toujours appelé de leurs vœux,  les « Etats-Unis d’Afrique » qui auraient fait du continent une puissance qui compte dans le concert des nations. Au lieu de cela, nous préférons nous complaire dans notre situation d’éternels assistés, et masquer les problèmes les plus profonds, du reste, créés par nous-mêmes, par l’alibi de la colonisation et de la France interventionniste. Il nous faudra donc une prise de conscience collective pour sortir de l’ornière, et cela doit passer d’abord par la mise à l’écart de tous les ploutocrates népotiques qui pillent notre continent dont les terres sont les plus fertiles et les plus riches du monde. C’est à partir de là seulement qu’on pourra parler d’indépendance véritable et la célébrer comme il se doit, au lieu d’organiser des cérémonies fastueuses et onéreuses pour flatter notre ego, et tendre la sébile dès le lendemain au reste du monde, en espérant avoir quelques subsides.

 

Sidzabda

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