FRANÇOIS COMPAORE DANS J.A « Modifier la constitution n’était pas opportun »

FRANÇOIS COMPAORE DANS J.A     « Modifier la constitution n’était pas opportun »

 

 C’est une interview exclusive de notre confrère Jeune Afrique (J.A). Une interview où François Compaoré, petit frère de Blaise Compaoré, dit ses vérité et ce, pour la première fois depuis la chute du régime en 2014. Lisez plutôt.

 

JEUNE AFRIQUE: Un mandat d'arrêt international a-t-il été lancé contre vous, ainsi que l'affirment certaines sources judiciaires burkinabè?

 

FRANÇOIS COMPAORÉ: Mes avocats ont inves­tigué sur cette question auprès des autorités de France et de Côte d'Ivoire, deux pays dans lesquels je séjourne régulièrement. Ils n'ont trouvé aucune trace de ce mandat. Je suis donc serein et continue à vivre normalement.

 

Et à circuler librement?

 

Je voyage sans problème. Je suis la plupart du temps à Paris auprès de ma femme et de mes enfants, mais je me rends tous les deux mois à Abidjan. J'y rencontre les plus hautes autorités ivoiriennes quand cela est nécessaire.

 

Vous y voyez également votre frère, Blaise Compaoré. Comment va-t-il? Quel regard porte­-il sur la situation au Burkina?

 

Il va bien. Il travaille et donne des audiences... Nous ne sommes plus au pays depuis trois ans, et il n'est pas évident d'apprécier la situation de manière objective. Mais même si nous sommes à distance, nous déplorons ce qui arrive sur le plan sécuritaire, notamment avec les attentats récents.

 

Nourrit-il des regrets sur les circonstances de son départ?

 

Il a quelques regrets. Il imaginait que seule sa personne posait problème et ne pensait pas que tout ce qu'il avait construit serait ainsi remis à plat par quelques-uns après son départ.

 

Où étiez-vous le 30 octobre 2014, le jour où les députés devaient se prononcer sur le projet de modification de la Constitution?

 

J'étais dans mon bureau, à la présidence. Après l'incendie de l'Assemblée nationale, quand mon frère a annoncé qu'il renonçait à modifier la Constitution et qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat, nous pensions que les manifestations allaient s'arrêter. Le 30 au soir, j'ai dormi chez moi sans problème. Je pensais que les tensions allaient se dissiper. Mais quand je suis retourné au bureau le lendemain matin, les manifestants étaient toujours dans la rue. Vers 13 heures, mon frère m'a annoncé que nous allions partir. Il voulait absolument éviter un bain de sang. Il a donné l'ordre de ne pas tirer, il a consigné le RSP [le régiment de sécurité présidentielle] et dit à Gilbert Diendéré, son chef d'état-major particulier, de « tout faire pour qu'aucun soldat ne sorte ».

Le 31 octobre, votre maison est mise à sac par les manifestants. Comment expliquez-vous qu'ils s'en soient pris à vous?

 

Il m'est difficile de le comprendre. Si j'étais aussi haï que certains le disent, je n'aurais pas pu sortir dans Ouaga sans garde du corps comme j'avais l'habitude de le faire. Certes, les manifestants aspiraient au changement, mais je pense qu'ils ont été instrumentalisés par l'opposition. Ma maison a été pillée, saccagée et même transformée en musée. On a dit qu'on avait trouvé de l'or dans mon jardin et qu'on avait fait des découvertes macabres dans mon sous-sol... Tout cela est faux! Ce sont des rumeurs scandaleuses. Contrairement à ce que certains ont pu affirmer, je n'ai évidemment jamais bu de sang!

Avez-vous, à un moment ou à un autre, encou­ragé votre frère à démissionner?

 

Vu l'évolution de la situation dans les tout derniers jours de ce mois d'octobre 2014, j'ai senti que cela devenait inéluctable. En parti­culier le 31 au matin, quand les manifestations ont repris de plus belle et que les pillages se sont multipliés en ville.

 

Vous avez ensuite quitté le pays avec votre frère. Où êtes-vous allés?

 

Nous avons quitté Ouaga à bord d'un convoi de véhicules, puis nous avons pris un hélicop­tère de l'armée française qui nous a emmenés à Fada N'Gourma. À bord se trouvaient mon frère, son épouse, Chantal, le président de l'Assem­blée nationale et deux aides de camp. Nous avons ensuite pris un avion à destination de Yamoussoukro. Mon épouse et mes enfants sont, eux, allés directement au Bénin par la route. La France s'était organisée pour que nos voisins puissent nous accueillir.

 

Avec le recul, diriez-vous que c'était une erreur que de vouloir modifier la Constitution?

 

Parler d'erreur juridique reviendrait à dire que nous avons voulu violer la loi, ce qui n'est pas le cas. En revanche, nous avons commis une erreur politique: il aurait sans doute fallu faire les choses autrement. Il est vrai que cette modi­fication n'était pas opportune, vu le nombre de jeunes qui manifestaient et auxquels on avait mis dans la tête que tous les maux du pays venaient de Blaise Compaoré. Mais beaucoup ignorent le poids de la dimension sécuritaire intérieure et extérieure dans notre prise de décision: le pré­sident jouait un rôle majeur pour la paix civile et dans la stabilisation de la sous-région. Nous ne savions pas ce qu'il adviendrait s'il quittait le pouvoir. Cette inquiétude était partagée par plusieurs diplomates étrangers, qui m'en avaient fait part. Aujourd'hui, les faits sont là : il y a un problème sécuritaire au Burkina, qui n'existait pas sous Blaise Compaoré. La politique a ceci de particulier en Afrique que pour que des ins­titutions soient fortes, il faut un homme fort aux commandes, sinon c'est le chaos... Évidemment, il fallait partir, mais la transition n'était pas incarnée par un homme suffisamment fort.

Avant le départ de votre frère, beaucoup voyaient en vous un dauphin potentiel. On vous surnom­mait même « petit président ». Avez-vous un jour songé à lui succéder?

 

Si j'avais dû lui succéder, j'aurais aimé que ce soit par la voie des urnes. Mais je ne le souhaitais pas. J'avais envie que quelqu'un d'autre, désigné par le parti, puisse le remplacer.

 

Quel rôle exerciez-vous à ses côtés avant qu'il ne quitte le pouvoir?

 

J'étais à la fois son frère et son conseiller. Je dirigeais le bureau économique et du dévelop­pement de la présidence. Nous suivions tous les grands dossiers et nous avions un collaborateur dans chaque conseil d'administration des grandes sociétés d'État. J'étais tout le temps sollicité par les ministres ou les présidents d'institution... Rares sont les grandes questions que l'on abordait sans demander mon point de vue.

Comment décririez-vous la relation qui vous unit tous les deux?

 

Mon frère me fait confiance. Il sait que je ne suis pas le genre à donner une appréciation pour faire plaisir. Je lui dis la vérité, même si elle n'est pas toujours agréable à entendre.

 

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'avoir profité de votre position pour faciliter l'enrichissement de votre belle-mère, Alizéta Ouédraogo?

 

C'est ridicule. Elle était déjà riche avant que je n'épouse sa fille. Je ne lui ai jamais rien facilité.

 

Votre influence grandissante a été l'une des raisons de la rupture entre votre frère et Salif Diallo, décédé fin août à Paris. Quel souvenir gardez-vous de cet homme qui a contribué à faire puis à défaire le régime Compaoré?

 

Salif Diallo est quelqu'un que j'ai estimé. Je le connaissais depuis 1985 et nous avons travaillé ensemble. Nous voulions ouvrir notre pays au reste du monde. C'était un homme courageux, un fonceur qui avait une lecture politique très fine, mais nous n'arrivions pas toujours à nous accorder. Peut-être y avait-il aussi un problème d'ambition ou de jalousie de sa part, car j'étais le frère du président. Puis il a été nommé ambas­sadeur en Autriche en 2008, mais je n'étais pour rien dans cette décision [qui équivalait à une disgrâce]. Trois mois avant son décès, nous nous étions croisés dans un aéroport à Paris. Nous nous sommes salués chaleureusement. C'est la dernière fois que je l'ai vu.

 

Avez-vous été surpris par le coup d'État du général Gilbert Diendéré, le 16 septembre 2015, quelques semaines avant l'élection présiden­tielle ?

 

J'étais en Israël ce jour-là et n'étais au courant de rien.

 

Mais l'imaginiez-vous capable d'un tel acte?

 

Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris comment ce coup d'État a été préparé et perpétré, mais peut-être en saurons-nous plus avec le procès.

 

Quel regard portez-vous sur ce qu'a fait Roch Marc Christian Kaboré depuis qu'il a été élu à la présidence de la République?

 

Il a été le meilleur des candidats qui se sont présentés. Pour ce qui est de son bilan, je préfère laisser les Burkinabè apprécier.

 

…Seriez-vous prêt à être entendu par la justice burkinabè dans le dossier Zongo? Ne craignez­-vous pas un procès?

 

Le juge d'instruction a prononcé un non-lieu en 2006. S'il y a des éléments nouveaux à mon sujet et que j'obtiens la garantie d'un procès équitable, alors, oui, je répondrai à la justice burkinabè.

 

Comment avez-vous appris le décès de Norbert Zongo, le 13 décembre 1998?

 

J'étais à Paris pour représenter la présidence aux Journées économiques du Burkina. Mon vol a quitté Ouaga le 13 décembre à 20 h 30. J'ai appris le décès de Norbert Zongo le lendemain matin, une fois arrivé à destination. J'ai aussi appris qu'une certaine rumeur me mettait en cause. J'ai donc couru toute la journée derrière les compagnies aériennes pour pouvoir rentrer rapidement au pays, en vain. J'ai pris la première place libre quelques jours plus tard.

 

Par la suite, vous avez toujours démenti être impliqué dans cette affaire...

 

J'ai témoigné trois fois devant la commis­sion d'enquête internationale à laquelle Robert Ménard participait et trois fois devant le juge d'instruction burkinabè pour dire ce que je vous redis aujourd'hui: je n'ai jamais été impliqué dans la mort de Norbert Zongo.

A l'époque, Zongo enquêtait sur la disparition de votre chauffeur David Ouédraogo, tabassé à mort en 1997 par des éléments de la sécurité présidentielle après que votre épouse l'a accusé de vol. Qu'est-il arrivé à ce dernier?

 

Notre cuisinier nous avait dérobé de l'argent qu'il avait ensuite remis à David. Quand la gen­darmerie est venue l'arrêter, j'ai résisté pendant trois jours en leur disant qu'il n'y était pour rien.

Mais dans sa déclaration, le cuisinier a affirmé que David - qui était un ancien militaire -lui avait confié qu'un coup d'État était en préparation. Les enquêteurs ont donc interpellé David. Ils l'ont interrogé à la gendarmerie puis à la présidence. Au bout de trois semaines, il a été emmené à l'infirmerie. J'ai ensuite appris qu'il était mort de mauvais traitements. J'en ai été très ému et j'ai présenté mes condoléances à sa famille, à Kaya.

Le 15 octobre, cela fera trente ans que le capi­taine Thomas Sankara a été assassiné. Étiez-vous au courant de ce qui se tramait ce jour-là?

 

J'étais au ministère de l'Eau, où je travaillais à l'époque. Vers 16 heures, nous avons entendu des tirs au niveau du Conseil de l'entente. On nous a dit de rentrer chez nous. J'ai suivi ça de loin, de mon œil de civil qui ignorait tout des coups d'État militaires. Je me souviens d'une soirée chez mon frère quelque temps auparavant. Pendant que nous étions assis à discuter, on nous a annoncé l'arrivée de Sankara. Mon frère lui avait dit de passer car il avait récupéré une guitare électrique. Le président a pris la guitare et joué quelques morceaux. Ils me semblaient proches alors, mais par la suite, je pense que leurs entourages respectifs ont contribué à ce que la situation s'envenime.

Que retiendrez-vous de Sankara ?

 

Je l'ai beaucoup fréquenté. J'aimais son côté idéologue. Il parlait bien, il était convaincant. Mais il y a un monde entre l'idéologie et l'exer­cice du pouvoir. Son défaut était de ne pas le comprendre.

 

Trois décennies plus tard, les circonstances de son assassinat n'ont toujours pas été éclaircies...

 

La seule chose claire est qu'il est mort au cours du coup d'État. Je ne peux imaginer que mon frère ait ordonné ce coup d’Etat. Je sais seulement qu'il y avait de fortes tensions entre les partisans de Thomas Sankara et ceux de Blaise.

Espérez-vous un jour rentrer à Ouagadougou?

 

Mon cœur et une grande partie de ma famille sont au Burkina. Quand le temps sera venu et que les autorités trouveront nécessaire que nous soyons là, nous rentrerons. Il faut que nous puis­sions tous participer à la construction de notre pays. J'ai joué un rôle important, mon frère fait partie de la grande Histoire - L'Histoire, d'ailleurs, lui rendra justice - et je pense que nous aurons toujours une place au Burkina Faso.

 

Propos recueillis par Benjamin Roger

 

Source : Jeune Afrique n°2959 du 24 au 30 septembre 2017

 

Légende

 

François Compaoré espère un retour au Burkina

 

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9 Commentaires

  1. Sacksida

    « En revanche, nous avons commis une erreur politique ». Oui, votre grave erreur politique a commencé depuis le 15 octobre 1987, quand Blaise compaoré votre frère voulant devenir Président a accepté et contribué à l’assassinat de Thomas SANKARA. Donc, ne prenez pas des vessies pour des lanternes. Thomas Sankara ne faisait pas que de l’idéologie, mais des réalisations socio-économiques et culturelles concrètes. Pour vous en convaincre référer vous au Bilan de son action en quatre années de révolution, établit d’ailleurs par le « Front populaire » le 10 janvier 1988. En outre, vous n’étiez pas haï au Burkina Faso, mais vous aviez posé des actes durant 27 ans de pouvoir et vous devriez assumer vos responsabilités devant la justice, car le peuple Burkinabé demande de rendre des comptes sur des questions de crimes de sang et de crimes économiques. Certes, le régime de votre frère n’a pas fait que du mal à notre pays car il y’a eu du bon, mais qui ne vous absout pas. Ensuite, la vérité est que depuis que vous aviez été Conseiller Economique et puis épousé la fille d’Alizèta Ouédraogo, celle-ci a bien profité de cette position et facilité son enrichissement personnel exponentiel, et jusqu’à devenir la Présidente de la Chambre de commerce et d’industrie où elle y dictait sa loi. C’est de tout cela, qu’est apparut « la patrimonialisation du pouvoir ». Dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo votre nom revient fréquemment comme étant le commanditaire principal. Et le non- lieu en question n’était qu’une façon de vous soustraire à la justice Burkinabé au temps où Blaise dirigeait le Burkina Faso, mais il y’a eu sous la transition une réouverture de ce dossier. Mais bref. Enfin, dans la vie des peuples, des nations et des hommes, il y’a des moments où le destin bascule, votre temps en tant que « Président du Faso » pour votre grand frère, et « Conseiller spécial » vous concernant a pris définitivement fin le 31 octobre 2014. Du reste, le Burkina Faso et son peuple malgré des difficultés de toute nature continuent vaille que vaille dans sa quête du développement économique, social et culturel dans la démocratie, le travail et la justice sociale. Vous savez, la vérité, la justice et la réconciliation nationale constitue un triptyque qui nous semble incontournable, afin que nous léguons à la jeunesse Burkinabé et à la postérité un pays où il fera bon vivre pour tous et pour chacun de ses habitants qui qu’ils soient. Courage et Salut !

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  2. Djiguemdé pierre

    M François Compaoré ,vous ne pouvez jamais tromper tout le peuple burkinabè durant toute votre vie. Voulez vous faire croire à l’opinion internationale que l’insécurité que traverse le BF actuellement est due à votre absence. Mais sachez que nous sommes assez intelligents pour comprendre que vous êtes la cause de cette insécurité. Le BF récolte présentement les conséquences de ce vous avez semez durant les 27 ans. Mais croyez moi: si le Dieu réel que nous croyons tous existe, vous serez immerger un jour. Certes vous pensez détenir tous les pouvoir du monde avec pour appui la France. Mais notre appui, c’est l’Éternel des armées. Vous fin sera pire que ce que vous avez vécu les 30 et 31 Octobre.

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  3. Citoyen Burkinabé

    Bien parlé Mr COMPAORE! Nous espérons qu’un jour vous rentrerez au pays avec votre frère car le Burkina Faso a besoin de vous et regrette énormement le départ de Blaise COMPAORE.

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  4. le paysan lamda

    Un parent qui met au monde un enfant ,et constate qu’à l’issue des efforts mis pour son éducation son épanouissement cet enfant jusqu’à 27 ans n’est pas en mesure de faire face à l’adversité de ses petits frères n’en parlons pas de ses camarades.
    François pense que les burkinabé à ses yeux sont cet enfant. Là où il y’a honneur,nous nous battrons.

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  5. Bill

    Commentaire…Si tu veux revenir au Burkina tu reviens mais sache que tu bénéficiera pas de circonstances atténuantes tu vas devoir répondre devant la justice.Tu n’est pas plus que les autres Burkinabé.

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  6. DIEU BENIS LE BURKINA

    MN FRÈRE CORRUPTEUR J’AI L’HONNEUR DE VOU SOLLICITE DE FERME VOS GROS QUEUL.
    AU MOMENT DE VOTRE RÉGIME ON NA CONNU K DES CORRUPTEUR,

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  7. K. M. Ouedraogo

    C’est clair que ce Mr est toujours inconscient de l’amleur de la misere que le regime de son frere a laisse dans le pays et le pouquoi de l’insurrection. Seul un jugement severe pourrait leui reveiller la conscience s’il en a une.

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