GOUVERNANCE AU BURKINA FASO : De la nécessité de donner un coup de pied dans la fourmilière de l’immobilisme et du surplace

GOUVERNANCE AU BURKINA FASO  :  De la nécessité de donner un coup de pied dans la fourmilière de l’immobilisme et du surplace

Avec une régularité de métronome, le glas a une fois encore retenti. La Grande cloche du Temps vient, en effet, de déverser ses puissants coups sonores marquant le décès  de l’année 2017. Tel le mât d’un navire terminant son immersion dans les eaux glacées et tumultueuses de la détresse, 2017 termine la sienne dans les profondeurs abyssales du néant. Fin de course donc pour 2017, bonjour 2018 ! Les années sont ainsi faites qu’elles sont marquées d’ombres et de lumières ; 2017 n’aura pas dérogé à cette règle. Dans cette infime portion de la Terre grillée par le soleil ardent et qui porte désormais l’appellation faisandée de «pays des Hommes intègres», que retenir comme faits saillants de l’année dont les mortels viennent de célébrer, dans une gigantesque et universelle effusion de joie, les funérailles ?

Dans leur grande majorité, les Burkinabè restent toujours sur leur faim

En tout cas, si l’on se place sur les plans de la vertu et de la gouvernance imprimée par Roch Marc Christian Kaboré (RMCK) qui tient les manettes du vaisseau Burkina Faso depuis maintenant deux ans, il apparaît clairement que le Zeus local qui trône sur l’Olympe burkinabè, est encore loin d’avoir trouvé l’élixir capable de guérir le Burkina de ses profonds maux. Dans ces conditions, comment ce pays peut-il se libérer de ses chaînes ankylosantes  pour se propulser vers une trajectoire heuristique à la hauteur des aspirations du peuple post-insurrectionnel toujours en attente de solutions à ses problèmes ?  C’est peu de le dire, dans leur grande majorité, les Burkinabè restent toujours sur leur faim, deux années après l’accession au pouvoir, de «Roch la solution». Et ce n’est pas le récent sondage du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD)  qui a fait le bilan de l’an II au pouvoir de l’illustre ressortissant de Tuiré, qui dira le contraire : RMCK ne franchit pas la barre des 5 sur 10 puisqu’il se voit attribuer la note insuffisante de 4,79/10. Une sanction qui en dit long sur le niveau d’insatisfaction de bien de ses concitoyens toujours dans l’impatience de voir leur quotidien s’améliorer et la rupture s’imposer. Certes, deux années de gestion du pouvoir, cela peut paraître peu, et l’exercice trop prématuré, pour apprécier l’action d’un Exécutif - même si, pour le cas d’espèce, d’aucuns rappellent avec une pointe d’ironie, que le MPP (Mouvement du Peuple pour le Progrès) est, après tout, une émanation, voire une survivance de l’ancien parti au pouvoir, et que, ce faisant, l’excuse n’est pas permise. Mais la sanction aurait été certainement moins sévère si la foi en l’avenir avait été la conviction la mieux partagée des Burkinabè. Faut-il adhérer à un optimisme forcené en l’absence de signaux forts qui marquent une réelle volonté du pouvoir actuel d’opérer la rupture avec le passé ? Au demeurant, on peut se demander ce qui reste encore du slogan «plus rien ne sera comme avant» et pour lequel de vaillants fils et filles de ce pays sont tombés en martyrs sur le champ de bataille. A vrai dire, pas grand-chose. Quelle suite va-t-on donner à la série d’enquêtes parlementaires, notamment sur le foncier urbain au Burkina Faso, sur la gestion des titres miniers et sur les chantiers des infrastructures publiques, dont les résultats font froid dans le dos ?

En vérité, de larges secteurs de l’opinion nationale ont aujourd’hui la fâcheuse impression que la lutte héroïque du peuple insurgé, qui avait indiqué la porte de sortie au régime Compaoré, n’a véritablement pas suffisamment inspiré les tenants du pouvoir actuel. C’est dommage !  Car ce pouvoir, dès le départ, aurait pu et dû imprimer sa marque, en posant les bases d’un contrat social qui rompe résolument avec le passé, aux fins de projeter le Burkina vers les cimes salvatrices du renouveau. En tous les cas, aujourd’hui, le sentiment que la gouvernance Kaboré est la pâle copie de celle du précédent régime, est de plus en plus prégnant dans l’opinion. De là à penser que le régime actuel manque, à sa tête, d’un Thésée déterminé à monter, sabre au clair, à l’assaut du minotaure, il y a un pas que d’aucuns n’hésitent plus à franchir.  Car, hélas, force est de constater que le monstre a survécu  au régime déchu et pire, il continue à narguer le peuple. Du moins si l’on en juge par les maux et autres pratiques nauséeuses hérités du passé, qui  continuent de faire les choux gras des médias locaux. Détournements de fonds, surfacturations, népotisme, corruption, rackets, incivisme et autres manquements graves à l’orthodoxie financière et comptable continuent à être portés sur la place publique. Tant et si bien qu’on a parfois envie de se demander si le pouvoir de RMCK a toujours eu pour souci  de placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.  Même l’enquête de moralité qui devrait précéder toute nomination à un poste de responsabilité et qui aurait été perçue comme un signal fort de volonté de renouveau dans la gouvernance, a été royalement ignorée. Ce manquement moral favorisera à terme, l’avènement d’une République de coquins et de copains. Et c’est alors qu’on perdra encore le temps à courir après les dégâts (ceux portés sur la place publique) pour réparation. Par ailleurs, les exemples de défiance de l’autorité de l’Etat sont légion. Et comme si tout cela ne suffisait pas, le pouvoir en place doit régulièrement faire face à un front social particulièrement agité avec des grèves perlées de syndicats et autres mouvements d’humeur. Gouvernement et partenaires sociaux pourront-ils jamais ajuster leur flûte pour avancer en vérité et de manière résolue ? En tout état de cause, il faut espérer que la décision du président, annoncée lors de son message à la Nation, de remettre à plat la grille salariale des agents de l’Etat pour en proposer une autre, sera l’arme fatale à cette chienlit. Quant à l’état de santé économique du Burkina, le citoyen lambda qui voit son équation existentielle devenir de plus en plus insoluble et son avenir se présenter davantage sous de sombres auspices, voudrait bien partager l’enthousiasme de ceux qui agitent les grelots du «Burkina is back».

Tout n’aura pas été qu’ombres

Quid de la Justice ? Certes, les lignes ont bougé depuis la chute du régime Compaoré, notamment pour les dossiers Norbert Zongo, Thomas Sankara et Dabo Boukary. Mais dans l’ensemble, les signaux envoyés par la Justice burkinabè, restent globalement toujours en deçà des attentes du peuple. C’est le cas, par exemple, pour les dossiers de l’insurrection populaire de fin octobre 2014 et du putsch manqué de septembre 2015, qui, dira-t-on, suivent leur cours,  mais dont les pas se font toujours pesants. Certes, on peut concéder que la Justice burkinabè doit rester maîtresse de son agenda. Mais il nous semble que le défi qu’elle doit, à tout prix,   relever, c’est toujours donner les gages de son indépendance en travaillant notamment à ôter à ses détracteurs, tout argument selon lequel elle est l’objet de pressions qui la poussent à noyer le poisson dans les eaux saumâtres de l’impunité. Le long chemin menant à la réconciliation nationale passe aussi par là. Et celle-ci ne saurait s’élever vers les hauts sommets de la catharsis que si elle s’appuie sur le roc de la vérité et de la justice. Cela dit, tout n’aura pas été qu’ombres sur le tableau du bilan à mi-parcours du quinquennat de Roch.  Il y a sans aucun doute eu aussi des lumières. Du côté de l’Exécutif burkinabè, l’on soutient, sans doute à raison, que le Plan national de développement économique et social (PNDES), ce référentiel de développement du Burkina sur la période 2016-2020, est en marche et mieux, commence déjà à produire des résultats tangibles sur le terrain.  Sont de ceux-là, la disparition progressive des écoles sous paillotes, la multiplication des salles de classes, le développement progressif des infrastructures routières, et dans une certaine mesure,  la gratuité des soins pour les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes.  Au plan sécuritaire, le Burkina s’est retrouvé, il est vrai, depuis quelque temps, dans l’œil du cyclone des terroristes. Mais si, jusque-là, les brise-vents érigés pour freiner les ravages du mortel ouragan, sont constamment mis à rude épreuve par les assauts répétés des suppôts de Satan qui continuent de semer la terreur dans le pays, l’on peut tout de même se réjouir que l’Exécutif burkinabè se soit engagé dans la voie de l’action concertée et continue.

Au total, l’on peut faire néanmoins le constat suivant : l’appréciation globale des Burkinabè du mandat à mi-parcours, ne prête pas vraiment à l’enthousiasme.  RMCK est donc prévenu. Il gagnerait à descendre de son empyrée, à sonner, au plus vite, le réveil des énergies assoupies, à sanctionner et à donner un vigoureux coup de pied dans la fourmilière de l’immobilisme et du surplace qui semblent anesthésier sa gouvernance. Il urge également qu’il s’emploie à mener une vaste croisade de purification contre toutes les forces maléfiques et rétrogrades qui continuent à freiner la bonne marche du pays.  Tout ceci constitue un impératif catégorique à implémenter si l’enfant de Tuiré veut renouveler son bail à Kosyam en 2020. Aux Burkinabè d’ici et d’ailleurs, les Editions « Le Pays » renouvellent leurs vœux pour une année de parfaite harmonie collective et individuelle.

Cheick Beldh’or SIGUE, Directeur général, Directeur de publication des Editions « Le Pays »

Chevalier de l’Ordre national

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