INVESTITURE DE EMMERSON MNANGAGWA AU ZIMBABWE : Un « crocodile » peut-il nager dans les eaux de la démocratie ?

INVESTITURE DE EMMERSON MNANGAGWA AU ZIMBABWE : Un « crocodile » peut-il nager dans les eaux de la démocratie ?

Au Zimbabwe, l’heure est déjà à l’organisation de l’après Mugabe. Et c’est en principe, ce 24 novembre que l’ancien vice-président, Emmerson Mnangagwa surnommé le « crocodile », prendra la succession de son ancien mentor, le désormais ex-président Robert Mugabe poussé à la démission 72 heures plus tôt, pour conduire une transition de tous les espoirs au Zimbabwe. En effet, après les années de braise de l’ère Mugabe  caractérisée par une dictature qui ne disait pas son nom, les Zimbabwéens ne jurent désormais que par le mot démocratie. Et le successeur putatif du vieux Bob s’est aussi laissé aller au jeu, promettant urbi et orbi d’arrimer désormais son pays à la démocratie tout en se promettant de relever le défi de la relance économique. Mais eu égard au passé de l’homme qui a été un fidèle parmi les fidèles du vieux Bob au point de devenir son dauphin constitutionnel avant de tomber en disgrâce, l’on est tenté de se demander si ce « Crocodile » peut encore nager dans les eaux de la démocratie. Rien n’est moins sûr.

Ce n’est pas en 90 jours que Emmerson Mnangagwa pourra opérer sa mue

Car, comme le dit l’adage, « l’habitude est une seconde nature » et il est bien connu que l’on ne change pas de caractère en deux jours. Si Emmerson Mnangagwa a la réputation qu’on lui connaît, ce n’est pas en 90 jours, le temps d’une transition, qu’il pourra opérer sa mue et montrer un autre visage que celui qu’il présentait sous le règne de son mentor déchu. Et puis, vu les circonstances dans lesquelles il arrive au pouvoir, l’on est porté à croire qu’il est le véritable instigateur du coup d’Etat qui a vu la chute de Mugabe, pour mieux s’accaparer du pouvoir. Sinon, comment peut-il conduire une transition devant déboucher sur des élections auxquelles il est plus que probable qu’il sera candidat ? Et l’on ne voit pas comment il pourrait organiser de telles élections et les perdre. En tout cas, même si les textes le permettent, le fait que ce soit Emmerson Mnangagwa qui dirige la transition alors qu’il est fortement pressenti pour être le candidat du parti au pouvoir à la prochaine présidentielle, pose véritablement problème. Car, ce n’est ni plus ni moins qu’une façon d’être à la fois juge et partie. C’est pourquoi, au regard de tous les espoirs suscités par le départ de Mugabe, il y a lieu de croire que le Zimbabwe est mal parti pour aboutir à une démocratie véritable. Car, le jeu est biaisé dès le départ. L’idéal aurait été de trouver une formule pour mettre par exemple en place une charte de la transition et que cette transition soit conduite par un homme neutre, qui ne serait pas candidat à la prochaine présidentielle. Mais de la façon dont les choses se passent, l’on peut avoir le sentiment que l’investiture d’Emmerson Mnangagwa est une façon d’entériner le coup de force mené par la soldatesque à son profit, dans le seul but de se débarrasser du nonagénaire président à l’ombre duquel il aura vainement attendu son heure. Par conséquent, l’on peut être porté à croire que Mnangagwa a cherché le pouvoir et l’a conquis par des moyens détournés. En somme, qu’il est un putschiste déguisé, qui a réussi à parvenir à ses fins pour se hisser au pouvoir. C’est pourquoi l’on peut émettre des doutes sur sa capacité à se couler naturellement dans le costume d’un démocrate BCBG (bon chic bon genre) sans s’y sentir quelque peu à l’étroit. Et puis, l’on peut encore se demander comment ce septuagénaire pourra incarner le rêve d’une jeunesse en quête de repères et frappée de plein fouet par la loi du chômage.  Au contraire, en professant l’évangile de la démocratie, l’on est tenté de croire que Emmerson Mnangagwa a fait une déclaration non seulement pour coller à l’air du temps, mais aussi pour faire les yeux doux à la communauté internationale à l’effet d’avoir son soutien. Et Dieu seul sait si de ce soutien, il en a besoin. Surtout s’il veut se donner des chances de réussir, ne serait-ce qu’à relever le défi de la relance économique.

L’on peut prendre le nouvel homme fort du Zimbabwe aux mots

Toutefois, comme le dit l’adage, « c’est au pied du mur que l’on reconnaît le vrai maçon ». L’on peut donc prendre le nouvel homme fort du Zimbabwe aux mots et lui accorder le bénéfice du doute en attendant de le voir à l’œuvre. Qui sait s’il ne cherchera pas à faire amende honorable pour entrer définitivement dans l’histoire de son pays par la grande porte. En tout cas, il aurait tout à gagner, en s’engageant résolument dans le sens du renforcement de la démocratie dans son pays. En tout état de cause, la démocratie n’est pas une annonce d’intention ni juste un effet de mode. Elle se traduit par des actes concrets et mesurables en termes de liberté d’action, d’opinion, d’expression, etc. Et les Zimbabwéens, qui ont suffisamment montré leur volonté de tourner le dos à leur passé récent émaillé par les 37 ans de règne sans partage du vieux Mugabe, sauront le juger le moment venu. Emmerson Mnangagwa n’a donc aucun intérêt à trahir la confiance de ses compatriotes ni à doucher leurs espoirs de lendemains qui chantent. Autrement, il apprendra à ses dépens ce qu’il en coûterait à un « saurien » de son espèce, habitué à nager dans les eaux saumâtres, de s’aventurer au milieu d’un lagon où aucun de ses faits et gestes ne peut passer inaperçu.

« Le Pays »

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