INVESTITURE DE IBK SUR FOND DE TENSIONS

INVESTITURE DE IBK SUR FOND DE TENSIONS

 Le combat d’arrière-garde de Soumaïla Cissé

Elu le 12 août dernier, au second tour de la présidentielle malienne, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) a solennellement prêté serment hier, 4 septembre 2018, devant les juges de la Cour suprême,  au palais de la culture Amadou Hampathé Bâh de Bamako qui s’est révélé trop petit pour contenir la foule de ses partisans qui ne voulaient pas se faire conter l’événement. Une prestation de serment qui marque le début officiel de son second quinquennat. Pendant ce temps, le candidat malheureux de ce second tour, Soumaïla Cissé alias Soumy, qui est toujours dans la contestation et dit ne pas reconnaître sa défaite, avait donné rendez-vous à ses partisans dans la rue pour crier à l’imposture.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le combat actuel du chef de file de l’opposition malienne a toutes les allures d’un combat d’arrière-garde. 

Tout retour en arrière est à présent impossible

Primo, parce que non seulement, la décision de la Cour constitutionnelle qui a confirmé la victoire de IBK, est sans appel, mais aussi parce que ce dernier a déjà revêtu ses attributs de nouveau président. Tout retour en arrière est donc à présent impossible. Secundo, au moment où Soumaïla Cissé et ses partisans en quête d’une hypothétique légitimité usent leurs semelles sur le macadam, Ibrahim Boubacar Kéita semble bénéficier déjà  de la reconnaissance et du soutien de la communauté internationale. En tout cas, il n’est pas jusqu’au locataire de l’Elysée qui n’ait envoyé un message de félicitations à l’ancien-nouveau locataire du palais de Koulouba. Et c’est tout dire. Tertio, Soumy et ses partisans peuvent crier à souhait qu’ils ne reconnaissent pas la victoire du président IBK, cela ne changera rien au fait que c’est lui qui détient la réalité du pouvoir au Mali.

Dans ces conditions, à quoi bon continuer de s’agiter quand on a déjà crié sa frustration sur tous les toits ? En tout cas, l’on ne voit pas vraiment à quoi riment les manifestations de rue qu’il continue de mener et qui n’ont visiblement aucune chance d’aboutir, sinon à crisper davantage une atmosphère sociopolitique déjà délétère, au moment où le pays peine véritablement à faire face au péril djihadiste. A moins que ces mobilisations ne constituent une sorte d’exutoire pour vider toute sa frustration. D’ailleurs, si malgré la main tendue du président IBK, Soumaïla Cissé et ses partisans continuent de ruer dans les brancards, l’on ne serait pas étonné qu’à un moment donné, le chef de l’Etat décide de bander les muscles et de siffler la fin de la récréation. Cela n’est pas bon pour le Mali.

Du reste, l’on peut même s’étonner que Soumaïla Cissé donne le sentiment de ne pas tirer suffisamment leçon de l’histoire. Pourtant, ce ne sont pas les exemples qui manquent. A commencer par le cas du Gabonais Jean Ping qui s’est époumoné jusqu’à finir par se taire tout seul. Tout comme l’opposition togolaise dont les militants ont fini par être gagnés par la lassitude face à la multiplication des manifestations de rue. Alors, oui à la contestation, mais il faut aussi savoir lutter avec stratégie et surtout savoir s’arrêter, car la rue a aussi ses limites. C’est pourquoi l’on peut être porté à croire que Soumaïla Cissé a intérêt à ne pas trop tirer sur la corde, mais plutôt à saisir la main tendue du président IBK.

Soumaïla Cissé doit arrêter de fatiguer les Maliens

C’est le Mali qui y gagnerait. Autrement, s’il doit continuer à demander à ses militants de descendre tout le temps dans la rue, il pourrait faire l’amère expérience, sur le long terme, du désistement progressif de certains de ses partisans sous l’effet de la lassitude. Sans oublier l’image de mauvais perdant qui risque de lui coller pour longtemps encore à la peau, et de lui faire perdre tout simplement la sympathie de personnes qui croient en la justesse de son combat.

A vrai dire, vu l’état de perfusion sécuritaire et économique dans lequel se trouve aujourd’hui le Mali, Soumaïla Cissé gagnerait à ne pas en rajouter à la souffrance de ce grand malade qui n’aspire qu’à la guérison. Il y va de l’intérêt de toute la sous-région.

En tout état de cause, les dés sont jetés. Mais Soumy doit se convaincre que, bien plus que la fraude, c’est le manque de cohésion de l’opposition malienne qui est la véritable cause de son insuccès à provoquer l’alternance. Et Soumaïla Cissé et ses camarades ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Car, si l’opposition, dans son ensemble, avait réussi à faire chorus contre IBK, ne serait-ce qu’au second tour, il y a fort à parier que les choses se seraient passées autrement ; très probablement  en sa faveur. Mais Soumaïla Cissé n’a même pas eu le soutien de ses camarades qui n’ont donné aucun mot d’ordre à leurs militants de voter pour lui.  Cela est suffisamment édifiant. A tout le moins, il pourrait se sentir trahi par ses camarades de l’opposition. Mais tout porte à croire que cette vérité-là, Soumaïla Cissé et les siens refusent de la voir en face en continuant de se  battre dans des dunes de sables mouvants où ils risquent de perdre toutes leurs forces. Soumaïla Cissé doit donc arrêter de fatiguer les Maliens et tirer leçon de son échec pour préparer les futures batailles. Et le premier défi pour lui, est de parvenir à la cohésion de l’opposition. Quant à IBK, comme nous l’écrivions déjà dans un de nos éditos, face à la montagne de défis qui l’attendent, il lui faudra plus que des talents d’alpiniste pour tirer son pays de l’ornière.

« Le Pays » 

Articles similaires

1 Commentaire

  1. bod

    comment comprendre que des candidats malheureux, qui ont refusé d’appeler leurs militants à voter pour toi au second tour, parviennent à te faire croire que tu es le vainqueur desdites élections et qu’ils peuvent à présent t’aider à marcher pour contraindre le pouvoir et la communauté internationale à rependre les élections ? Soumaila, réveille toi !

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+