JUGEMENT DES PUTSCHISTES PRESUMES DE 2015 Les vérités de Me Hermann Yaméogo

JUGEMENT DES PUTSCHISTES PRESUMES DE 2015     Les vérités de Me Hermann Yaméogo

 

 

C’est en principe demain, 29 décembre 2017, que la Chambre de contrôle est convoquée pour statuer sur les inculpations dans le dossier du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Il s’agit, pour cette instance de situer chaque inculpé sur les charges qui pèsent sur lui. Parmi les hommes et femmes en cause, il y a Me Hermann Yaméogo. Dans une analyse qui n’est pas encore rendue publique, le président de l’UNDD revient sur l’historique des faits qui ont abouti à son inculpation. Il nie toute implication dans le putsch perpétré par l’ex-Régiment de sécurité présidentielle. Nous avons parcouru le document pour en faire une synthèse pour nous. Il est intitulé : « Pour un jugement équitable du putsch du 16 septembre 2015 : l’examen en 3D d’un concerné ».

 

Intéressons-nous à la « Chambre de contrôle » dont les décisions, demain, vont impacter l’avenir des différents inculpés dans ce dossier. Me Hermann rappelle d’abord que la « Chambre de contrôle jouant auprès de la  Justice militaire le rôle de juridiction d'appel des décisions du juge d'instruction, (et qui) a pour tâche de confirmer, d'infirmer ou réformer tout ou partie de l'ordonnance de clôture et de renvoi du juge d'instruction ». En parcourant les lignes consacrées aux travaux de la Chambre de contrôle, l’on constate que le chantre du « tékré » s’est fait une, sinon plusieurs raisons. « Mes avertissements et dénonciations sur l'impossibilité structurelle et fonctionnelle de la Justice militaire à administrer la justice en toute indépendance et impartialité, étaient confirmés. Les Avocats ont eu tout le loisir d'en donner des éléments d'appréciation en soulevant un grand nombre d'irrégularités qui, dans un tribunal normal, n'auraient pas lieu », écrit-il. L’avocat avance ses arguments : des conseils qui traversent toute l'instruction sans avoir accès à l'entièreté de la procédure, des pièces introuvables au dossier, des scellés qui disparaissent, un parti au pouvoir et des OSC qui commentent une décision de justice, qui menacent  d'agir contre de telles décisions, des avocats empêchés d'assister leurs clients… Pour lui également, « les inculpations ont été à géométrie variable ». Et Me Yaméogo semble savoir de quoi il parle. Morceaux choisis : « Des officiers, et en tête le Général P. Zagré, qui ont accompagné le coup d'Etat ne seront pas inquiétés. On sait aussi que quand des mandats ont été émis par le juge pour les entendre, ils ont refusé d'obéir à la loi » ; « C'est en vain que les avocats cherchent à connaître l'origine des écoutes. Alors que les ambassades déclinent toute responsabilité, on cherche en vain confirmation de ce que les gendarmes aient reçu dans les règles, des commissions rogatoires pour procéder aux écoutes. Comment maintenir à flot ce dossier déjà suffisamment troué, si le service qui a réalisé les écoutes reste aux abonnés absents ? » ! « Ce que l'on relève ici preuves à l'appui, c'est une instruction dominée par la méconnaissance  de l'équité procédurale, par un déséquilibre entre le parquet  militaire et la défense, par le poids des pressions venant du pouvoir, de l'armée et de l'opinion, mettant à rude épreuve la valorisation des compétences, des juges, leur l'indépendance et leur l'impartialité dans le service de la Justice militaire » ; « ce qui est maintenant clair, c'est l'activisme de ceux qui, regardant l'horizon 2020, aimeraient profiter de l'opportunité des juridictions d'exception pour réaménager à leur convenance le monde partisan, au moyen de condamnations privatives ou non de liberté. Ils sont épaulés par ceux qui voient dans l'exacerbation des tensions politiques, un business de choix et qui soufflent sans cesse sur la braise, priant que jamais ne vienne la réconciliation ». Bien entendu, tous ces arguments devront affronter, dès demain, la logique que la Chambre de contrôle va déployer concernant le cas précis de Me Hermann Yaméogo.

Les autres aspects de l’analyse

 

Pour le reste, l’auteur du document aborde plusieurs aspects de l’histoire ayant abouti au coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Il s’agit de la lutte contre l’exclusion, des faits marquants du putsch et de la procédure judiciaire engagée contre les présumés putschistes ; tout cela en faisant référence à des évènements de l’Histoire. Il revient par exemple sur le préjudice qu’il a subi au moment de l’insurrection populaire et du coup d’Etat manqué. « Ma maison de Koudougou avait été également incendiée avec tout ce qu’elle contenait et qui se trouvait dans la cour comme moyens de déplacement, meubles, lampes et vases de jardin. La maison me venait de mon père qui en avait commencé la construction quand j’étais étudiant à Nice dans les années 1971/1972. Une façon pour lui de m’inciter à rentrer au plus tôt au pays. Une fois de retour effectivement, j’en avais poursuivi l’édification au fil des années sans jamais penser à la terminer, tant je voulais en faire un havre de bonheur familial pour les enfants et petits-enfants qui, dans un rituel sacré, nous y retrouvaient ma défunte épouse et moi, chaque été….De la police ou j'avais été exfiltré, je suivais l'autodafé, le cœur en lambeaux. Ce n'était pas seulement une grande partie de mon passé qui partait en flammes, il en allait de même pour des pans entiers du présent et du futur et cela était aussi  valable pour mes enfants et petits-enfants….La maison de Ouaga sera également attaquée, saccagée et dépouillée de tout », relate-t-il. Mais en dépit de tout, Me Yaméogo milite pour la réconciliation au Burkina Faso ; une réconciliation qui devrait s’étendre aux différentes composantes de la société burkinabè, l’armée y compris.  « En considérant le passé, le présent et le futur, au regard de la conduite du dossier du coup d'Etat comme plus largement de celui de l'insurrection actuellement pendant devant l'autre juridiction d'exception à savoir la Haute cour de justice, on ne peut que porter un regard inquiet sur le futur. La persistance à vouloir profiter des avantages politiques des juridictions d'exception sous prétexte de lutter contre l'impunité et de préparer des meilleures conditions pour la réconciliation, est une façon hypocrite de continuer dans la politique de l'exclusion et plus encore de l'étendre par la voie de l'éradication judiciaire », conclut le président de l’UNDD.

Michel NANA

 

 

 

 

 

 

 

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