KADIDJA TRAORÉ, MAIRE DE LA COMMUNE DE GOURCY : « Si ma destitution venait à être effective…»

KADIDJA TRAORÉ, MAIRE DE LA COMMUNE DE GOURCY : « Si ma destitution venait à être effective…»

Deux jours après la marche de protestation contre la motion de défiance à son encontre et la réaction des signataires dudit document, soit le dimanche 17 septembre 2017, la présidente du Conseil municipal de Gourcy, Kadidja Traoré, nous a reçu dans son bureau pour donner sa version des faits.  Avec une pile de pièces justificatives et sans tabou, elle revient, dans cet entretien, sur les griefs portés contre elle. Lisez plutôt!

 

« Le Pays » : A votre élection, vous affirmiez que l’une de vos priorités serait d’unir les filles et fils de la commune de Gourcy. Qu’en est-il avec la situation actuelle?

 

Kadidja Traoré : Cette priorité reste d’actualité. Je suis là pour l’union et non la division des filles et fils de la commune de Gourcy. La motion de défiance est inscrite dans les textes et c’est, en cela, une expression de démocratie. Il faut permettre à tout un chacun de s’exprimer. Après, on pourra s’entendre pour continuer le développement.

 

Quelle est la position de votre parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), dans cette crise?

 

Je pense que les responsables du parti sont plus habilités à vous fournir les réponses adéquates.

 

Une marche a été organisée le 15 septembre dernier à Gourcy, pour exiger le retrait de la motion de défiance. En étiez-vous informée?

 

Il faut noter que je n’étais pas à Gourcy ce jour-là. J’ai reçu des appels téléphoniques m’en informant. N’étant ni de près ni de loin associée à cette manifestation, ma prière était que cela se passe sans aucune violence. C’est vraiment par les réseaux sociaux que j’ai suivi la chose.

 

 On vous reproche de n’avoir pas respecté les dispositions légales dans la procédure d’achat du véhicule de la mairie. Qu’en dites-vous ?

 

L’achat du véhicule a été budgétisé par la Délégation spéciale et une commission chargée des marchés s’en est occupée. Nous avons eu deux appels d’offre infructueux, respectivement pour une question de couleur et de hors enveloppe pour certaines garanties que nous avons jugé nécessaires. Avec les services techniques, nous sommes passés à une demande de prix.

 

 Les signataires de la motion vous accusent également de gestion opaque des affaires et d’un manque de communication.

 

Je suis surprise d’entendre et de lire cela. Tous ces documents (montrant une dizaine de procès-verbaux) sont la preuve que je ne travaille pas seule. Après les tentatives de réconciliation par les autorités administratives, nous avions renoué le dialogue pour une sortie de crise, mais la motion est venue tout remettre en cause.

 

Qu’en est-il des contributions des filles et fils de Gourcy pour le reprofilage des voies?

 

Je n’ai reçu aucune contribution financière d’un fils de Gourcy dans ce sens. Je reconnais avoir échangé avec certains qui m’ont prodigué des conseils.

 

Et cette histoire de 18 millions de F CFA que vous auriez décaissés pour le compte de la commune et qui n’aurait pas suivi la procédure normale?

 

Cette somme représente un reliquat du Projet de développement intégré de la commune de Gourcy. Nous avons bénéficié, courant octobre 2016, d’un soutien du ministère en charge de l’Habitat, d’engins lourds pour une durée de 45 jours et de carburant de la Direction générale de coopération (DGCOOP) pour l’ouverture des voies dans la ville de Gourcy. 10 900 000 F CFA ont été remis à l’entreprise en charge des travaux. Préalablement à cette dépense et selon le protocole d’accord entre la commune de Gourcy et la DGCOOP, 3 000 000 de F CFA ont été prélevés pour le suivi- évaluation des activités du Projet de développement intégré de la commune de Gourcy. Les 4 100 000 F CFA ont été reversés au service de la comptabilité pour des dépenses diverses.

 

L’un des griefs est relatif à une mission officielle que vous avez effectuée en France et en Belgique sur le budget communal pour rencontrer des partenaires de la commune, non sans en informer le conseil municipal ou à tout le moins vos adjoints. Quelle est votre réaction à ce propos ?

 

J’ai effectivement séjourné en Europe pour rendre visite à mon fils qui y réside depuis un certain temps avec sa famille. Dès que j’ai eu mon visa, j’ai informé les deux adjoints, le secrétaire général et certains agents. Le ministre Simon Compaoré, lors d’une rencontre, nous disait de songer à nos communes dans nos déplacements privés. C’est dans cet esprit que j’ai pris attache avec nos partenaires d’Olonne-Sur- Mer en France et d’Oupeye en Belgique. Nous avons initié un projet de construction d’une maison pour les femmes avec les premiers et d’un centre pour les personnes vivant avec un handicap avec les seconds. Je puis vous affirmer qu’en partant, je n’ai pris aucun sou à la mairie et le comptable peut attester. J’aurai préféré que l’on me félicite pour ce que j’ai fait que de dire que j’ai voyagé sans en informer qui que ce soit.

 

Où en sommes-nous avec les délibérations sur la résiliation des contrats de gestion de l’auberge et de la salle de ciné et de l’attribution des 20 boutiques à 6 000 F CFA l’unité et par mois?

 

Au début de notre mandat, nous avions pris une délibération pour des sorties dans les 40 villages de la commune, pour recueillir les préoccupations des populations. Elle n’a pu être exécutée, suite à une divergence sur la budgétisation de l’activité. Pour ce qui concerne l’auberge et la salle de ciné, nous nous sommes dit que nous allons approcher les différents gérants pour échanger avec eux avant de mettre à exécution ladite délibération. Pour les boutiques, la somme de 6 000 F CFA a été une proposition et non une délibération. Avec les services techniques, lorsque nous avons fait les calculs, il faut près de 28 ans pour rentrer dans nos fonds qui s’élèvent à 40 millions de F CFA. La délibération pour les frais de location est de 10 000 F CFA par boutique et par mois. C’est à cause de cette différence de prix que le tirage au sort n’est pas encore effectif pour les 149 demandeurs.

 

Il semble également que vous refusez de signer les Permis urbain d’habiter (PUH). Est-ce vrai?

 

Pourquoi refuser de signer des PUH qui peuvent rapporter des recettes à la commune? Vous savez, la commune de Gourcy a réalisé deux lotissements, avec des problèmes récurrents. Il y a des doubles et même des triples attributions, des parcelles non attribuées mais occupées, des attributaires sans parcelle, des constructions sur des parcelles d’autrui par de tierces personnes. Sur cette base, nous avons souhaité mettre en place une commission ad ’hoc qui va statuer sur tous ces cas avant de signer un quelconque document sur le foncier.

 

On vous reproche de ne pas respecter les délais de convocation des sessions et d’y avoir des écarts de langage. Qu’en dites-vous?

 

Au début, l’astuce était d’envoyer les convocations par les transporteurs pour les conseillers non-résidents et  moi- même je me chargeais de remettre le document à certains à Ouaga. Présentement, nous avons décidé de remettre les convocations aux conseillers résidents qui, à leur tour, vont informer leurs homologues vivant hors de la commune. J’admets qu’il y a une session où le délai n’a pas été respecté, parce que nous avions voulu être en phase pour le dépôt du budget à Ouahigouya. Des écarts de langage, je me rappelle avoir dit lors d’une session et en langue mooré, que le maire n’emporte pas les chaises chez elle lorsqu’on a soulevé l’insuffisance des places assises. Je m’en suis excusée par la suite.

 

Comment gérez-vous la situation? Et s’il arrivait que l’on vote votre destitution?

 

Nous continuons de travailler en attendant d’aller aux débats et au vote lors de la session extraordinaire qui sera convoquée selon les textes. Si ma destitution vient à être effective, je reste une conseillère et ma foi pour aider les populations ne sera à aucun moment ébranlée. J’apporterai toujours ma modeste contribution pour bâtir la commune.

 

Votre mot de fin ?

 

Nous avons besoin de bénédictions et de conseils et non de tiraillements et de bagarres pour bâtir notre commune pour les générations futures. Nous avons le devoir de leur laisser un héritage positif. Avec les larmes aux yeux, je demande aux populations d’œuvrer essentiellement pour le développement de la commune de Gourcy. Merci!

 

                                           Propos recueillis par P.B.Winninmi ILBOUDO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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