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LAURENT BLAISE KABORE, CANDIDAT A LA PRESIDENCE DE LA FBF

« Si Sita Sangaré me trouve incompétent, …»

Candidat à l’élection du président de la Fédération burkinabè de football (FBF) prévue, en principe, pour le 22 août prochain à Bobo-Dioulasso, Laurent Blaise Kaboré est l’actuel 1er vice-président du Comité exécutif de la Fédération burkinabè de football (FBF) et président de la section football de l’Union sportive de Ouagadougou (USO). Economiste de formation, celui qui vise le fauteuil présidentiel de la FBF est inspecteur divisionnaire des Douanes et présentement secrétaire permanent du comité de politique fiscale. Avec les Editions « Le Pays », Laurent Blaise Kaboré a accepté d’échanger sur ses ambitions et s’est aussi prononcé sur le choix porté par le colonel Sita Sangaré, président sortant de la FBF, sur la personne de Lazare Banssé.

« Le Pays »: Quel commentaire faites-vous du choix porté par le président sortant de la FBF, le colonel Sita Sangaré, sur la personne de Lazare Banssé comme candidat à la présidence de la FBF alors que bon nombre d’observateurs n’avaient d’yeux que pour vous, Laurent Blaise, qui êtes son premier vice-président ou bien d’autres vice-présidents du Comité exécutif ?

Laurent Blaise Kaboré : Le sentiment qui m’anime aujourd’hui, est que vous sachiez que le candidat Lazare Banssé n’a pas été choisi par le président de la Fédération burkinabè de football (FBF), mais par la personne de Sita Sangaré. Le Comité exécutif n’a pas pour vocation de choisir un candidat à plus forte raison son président. Dans ces conditions, Sita Sangaré s’est choisi un candidat de lui-même parce qu’en ce qui me concerne, je suis un candidat qui se présente personnellement et je n’ai pas fait cette demande auparavant auprès du Comité exécutif ni du président de la FBF avant de déclarer ma candidature. Les candidatures sont libres et personne, au niveau du Comité exécutif, n’a reçu d’interdiction de se présenter.

Qu’est-ce qui pouvait bien expliquer un tel choix de votre président ou y avait-il des problèmes de cohésion au sein du Comité exécutif pour que le choix d’un candidat se fasse en dehors de ce comité ?

C’est dans le quotidien « Le Pays » que j’ai d’ailleurs appris la candidature de Lazare Banssé. En la matière, une candidature se suscite et se prépare. Si au sein du Comité exécutif, un candidat se présente, celui-ci peut se prononcer. Pour ce qui me concerne principalement, je ne peux pas expliquer le choix de Sita Sangaré. Je crois qu’il est le mieux placé pour donner des explications sur le choix de Lazare Banssé dans la mesure où il a trouvé un candidat qu’il supporte tout en demandant aux autres de le supporter. Le choix du président ne me pose aucun problème et je ne crois pas que cela puisse entamer la cohésion du Comité exécutif. Nous sommes venus d’horizons divers pour constituer le Comité exécutif pour le développement du football national. Si un choix doit venir nous diviser, nous créer des problèmes de sorte à entamer la cohésion au sein du Comité exécutif, nous devons nous asseoir, regarder dans la même direction et nous poser la même question de savoir ce qui entame cette cohésion du travail en notre sein. Et pour cela, nous devons trouver des solutions pour avancer ensemble.

Vous auriez eu une sorte de pacte avec le colonel Sita Sangaré que vous avez présenté à feu Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale. Dès lors, vous avez été imposé, dit-on, politiquement à Sita Sangaré dès qu’il aura bien intégré les instances de la CAF. Mais, le président sortant vous aurait trouvé incompétent et c’est ce qui explique son choix sur Lazare Banssé ?

Les mots sont trop forts et paix à l’âme de Salifou Diallo par ailleurs président d’honneur de l’USO. Quand on dit que nous avons fait un pacte qui obligeait Sita Sangaré à me céder la place à la fin de son mandat, je ne saurai le dire. Je n’aimerais pas parler de ces choses-là. Le président Salifou Diallo nous avait demandé, en son temps, d’accompagner Sita Sangaré dans le travail et il ne nous a pas demandé de le faire politiquement, mais de travailler pour que le football burkinabè puisse avancer. Nous avons fait chemin ensemble et je crois qu’il a pu jauger l’importance de notre présence au sein du Comité exécutif. Nous ne pouvons pas évaluer le travail abattu puisque c’est aux observateurs de nous juger. Quant à croire que je venais pour avoir été imposé politiquement pour le remplacer, je ne crois pas qu’il faille aller dans ce sens. Si Sita Sangaré me trouve incompétent aujourd’hui, cela n’engage que lui. Je ne saurai faire un commentaire sur ce sujet et je ne crois pas qu’il a cela en tête. C’est au retour de la CAN Gabon 2017, que Sita Sangaré m’a approché pour me confier que c’est son dernier mandat et qu’il ne voudrait plus en briguer un autre. Et il m’a demandé de me préparer parce que s’il n’est pas là, il aimerait que je puisse continuer le travail. C’est ainsi que nous nous sommes entendus et j’ai commencé à faire le travail. Ce n’est pas moi qui ai parcouru les différentes contrées pour parler, mais c’est le colonel Sita Sangaré qui est entré en contact avec les différentes ligues et autres personnes ressources pour évoquer ma candidature. Qu’à cela ne tienne, nous avons cheminé ensemble jusqu’à maintenant et s’il y a des bisbilles aujourd’hui, cela ne devrait pas entamer nos relations. Que les uns et les autres sachent que j’ai les moyens de pouvoir assumer cette responsabilité et donner le meilleur de moi-même pour que les choses puissent aller de l’avant.

« Dans l’entourage proche de Sita Sangaré, certaines personnes n’avaient pas intérêt à ce que je sois candidat »

Qu’est-ce qui s’est passé entre temps, pour qu’après vous avoir demandé de vous préparer pour briguer la présidence, le colonel Sita Sangaré décide de se représenter lui-même avant de se voir refuser l’autorisation de la hiérarchie militaire ?

Il a ses raisons. C’est au moment où on se préparait à entrer dans la pré-campagne que le colonel Sita Sangaré m’a dit que cela va être difficile parce que les contacts qu’il a eus, lui ont suggéré de poursuivre le travail. Je n’ai trouvé aucun problème, surtout que c’est lui qui m’avait proposé et je lui ai fait la promesse de l’accompagner. Je n’ai rien trouvé à redire, surtout que je ne savais pas ce que ses contacts avaient pu dire. Malheureusement, lorsqu’il a reçu le niet de la hiérarchie militaire, je n’ai rien compris tout comme bien d’autres personnes. On a mis du temps à prononcer le nom de Laurent Blaise Kaboré et même que dans son entourage proche, certaines personnes n’avaient pas intérêt à ce que je sois candidat. Je sais que Sita Sangaré n’a pas pensé à écarter Laurent Blaise Kaboré parce qu’il le voulait, mais il devait être sous pression parce que mon nom est très dérangeant dans certains milieux de sorte qu’il s’est plié à la volonté de tous ceux qui étaient autour de lui.

Comment avez-vous vécu cette période où il a reçu le OK de la hiérarchie militaire avant de recevoir par la suite un niet ?

Personnellement, j’étais déçu de savoir qu’un accord a été donné et annulé le lendemain. Mais, ce sont des affaires militaires dont on ne doit pas parler sur la place publique. J’ai été d’abord surpris de savoir que cet accord a été publié sur les réseaux sociaux et immédiatement 24 heures après, on a vu le refus sur le Net. C’était maladroit de voir toutes ces correspondances sur la place publique. Qu’à cela ne tienne, nous sommes édifiés sur ce qui s’est passé et nous tirons les leçons de cette situation. J’avoue que le refus qui a suivi le OK, nous a un tout petit peu choqués et nous nous sentions un tout petit peu lésés, parce que Sita Sangaré nous avait donné l’assurance d’avoir cet accord et de pouvoir commencer le travail avant de nous retrouver sur le carreau.

Etes-vous un dirigeant déçu face à tout ce qui s’est passé ?

Un dirigeant déçu perd déjà la bataille. Il n’y a pas de déception dans tout ce qui se passe. De la frustration oui, mais pas de la déception. Toutes ces choses font partie de la vie du football. Quand on est dans le sport et particulièrement le football, nécessairement, il y a des vertes et des pas mûres. Il est difficile aujourd’hui de se focaliser sur l’instant présent sans penser à l’avenir parce qu’être déçu, frustré, c’est temporaire et vous vous remettez à la tâche dès que cette émotion disparaît. Dans cette approche, je reste positif de sorte que le football puisse gagner davantage.

Au sortir des élections des 13 ligues régionales de football, êtes-vous convaincu d’avoir le minimum des deux ligues pour votre parrainage ?

Quand on annonce qu’on va être candidat aux élections fédérales, c’est qu’on connaît les différentes conditions pour être candidat. Si j’ai annoncé ma candidature, c’est qu’au minimum, je peux avoir ces deux parrainages. C’est en cela que je dis de ne pas aller trop vite en besogne en parlant de razzia.

Comment qualifiez-vous les informations des partisans du candidat Lazare Banssé pour ne pas dire de Sita Sangaré qui affirmaient fièrement avoir fait une razzia sur toutes les ligues ?

Je ne m’inscris pas dans cette affaire de razzia. Je ne connais pas le camp Lazare Banssé. Est-ce qu’il y a eu une razzia des ligues de la part d’un camp au détriment des autres ? Aucune ligue ne s’est d’abord prononcée et je crois que la bataille était assez difficile à Bobo-Dioulasso et à Ouaga. C’est de là que nous devons tous comprendre que rien n’est gagné d’avance.

Lazare Banssé, qui se dit mieux placé pour cette élection, vous aurait contacté pour que vous puissiez le rejoindre dans cette bataille pour la conquête de la présidence de la FBF ?

Je suis étonné lorsqu’on me parle de cela. Lazare Banssé peut se dire mieux placé et il n’y a aucun souci. Laurent Blaise n’a pas reçu cette invite qui a été faite par Lazare pour que nous puissions aller à la conquête de la présidence ensemble. C’est le lendemain de l’annonce de sa candidature que j’ai reçu un coup de fil où il a manifesté le désir de me rencontrer et depuis ce temps, nous n’avons pas pu nous voir. Je ne sais pas si c’est un problème de temps ou de calendrier.

Doit-on affirmer que vous continuez de travailler avec le colonel Sita Sangaré dans la perspective de l’élection à la FBF puisque vous auriez été aperçu en sa compagnie le week-end du 13 au 14 juin dernier à Bobo-Dioulasso. A cette occasion, vous avez rencontré ensemble, un des anciens du RCB qu’est Karamoko Sall, un personnage bien connu dans la région ?

Entre Sita Sangaré et moi, il n’y a pas de nuages ni de zones d’ombres. Nous continuons de travailler ensemble et je suis son premier vice-président à la FBF où les réunions se poursuivent. Je ne crois pas que le football puisse venir nous diviser jusqu’à ce point. Effectivement, j’étais à Bobo-Dioulasso lors de l’élection du président de la ligue des Hauts-Bassins, tout comme le colonel Sita Sangaré et nous avons été aperçus ensemble. Qu’on nous ait vu chez Karamoko Sall, seuls les gens vous le diront sinon, je ne sais pas qu’est-ce qui a bien pu sortir de là. Sinon, j’ai rendu une visite de courtoisie à Karamoko Sall et à bien d’autres personnes et je crois que Sita Sangaré en a fait de même.

« Sita Sangaré peut courir pour son candidat, mais pas en tant que président de la FBF »

Selon vous, qu’est-ce qui fait courir tant le président sortant de la FBF, le colonel Sita Sangaré, en battant campagne pour Lazare Banssé comme si c’était une question de vie ou de mort pour lui ou alors, est-ce son candidat qui est un inconnu dans l’environnement du football ?

Je ne saurai dire ce qui fait courir Sita Sangaré et je ne crois pas pouvoir donner une appréciation là-dessus. S’il a un candidat et court pour lui, il doit le faire au nom de Sita Sangaré, mais ça ne doit pas être le président de la FBF qui court pour le candidat Lazare Banssé. Malheureusement, nous constatons qu’il y a un mélange de genres à certain niveau, mais Sita Sangaré n’est pas homme à mélanger les choses. Le football est un milieu où nous vivons notre passion et qui doit nous rassembler. Nous devons nous retrouver tous ensemble dans ce milieu, pour le bien du football burkinabè. Passée cette bataille électorale, nous devons avoir le même esprit, regarder dans la même direction. Et comme l’a dit feu Pape Diouf, « le football est plus qu’un jeu ». Les acteurs du football burkinabè doivent se rendre à l’évidence que nous avons un grand retard qui ne peut être comblé que par une prise de conscience et cela va nous permettre de nous asseoir ensemble et de travailler à sortir un projet commun qui permettra au football burkinabè d’émerger enfin.

Est-il possible que vous acceptiez de vous allier à un candidat si l’un d’eux vous sollicitait pour travailler ensemble à conquérir la présidence ?

Le football burkinabè gagnerait à ce que nous puissions travailler en symbiose. De par le passé, le candidat à la présidence de la fédération était choisi de façon consensuelle par les différents clubs. Maintenant, nous vivons des élections qui créent des gorges chaudes et le football n’aime pas ça. Aujourd’hui, nous avons des intentions de candidatures et ceux qui seront candidats pourront se regarder les yeux dans les yeux et parler le même langage s’ils veulent le bien du football. C’est en cela que nous aurons tous gagné.

Comment appréciez-vous les différentes autres candidatures ?

Je ne veux pas être juge et partie. En tant que candidat, je ne saurai donner une appréciation sur les autres candidats mais celui qui peut le faire me concernant, il n’y a pas de problème et j’écouterai. J’apprécie les uns et les autres et je crois que tous veulent le bien du football burkinabè.

Pouvez-vous nous résumer, dans les grandes lignes, votre programme de candidature ?

Mon programme de campagne ne fait pas référence aux chiffres puisque dans un premier temps, il s’agit de consolider les acquis qui puissent nous permettre d’aller de l’avant. Mais auparavant, il faut inviter la famille du football burkinabè autour d’une table pour réfléchir ensemble. Le programme propose des programmes sectoriels où nous permettons aux différentes ligues de pouvoir s’insérer réellement dans le développement de notre football. J’irai vers les parties prenantes pour avoir un programme d’action qui va partir des problèmes de chacune des ligues à la résolution de ceux-ci. Nous ne mettons pas l’accent sur les chiffres parce qu’ils sont au niveau du projet de développement que va établir la FBF avec la FIFA et la CAF. Et je ne parle pas d’infrastructures parce que cela ne relève pas de la fédération, mais j’évoque des idées. Le projet Forward de la FIFA et les subventions de la CAF permettent à la fédération de faire vivre le football. Pour les différents investissements, il suffit de soumettre de bons projets à la FIFA et je vais donner le meilleur de moi-même. Ce qui me tient également à cœur, c’est l’organisation des clubs tout simplement parce que nous avons atteint une étape qui ne doit pas permettre aux clubs de vivoter et ils doivent mieux s’organiser pour pouvoir se prendre en charge. Dans notre paysage footballistique, nous avons des clubs unipersonnels qui sont presque des entreprises, des clubs associatifs et des clubs corporatifs. Il s’agit de faire en sorte que ces types de clubs puissent trouver leurs comptes dans un projet de société de football qui, dans quatre ans, devrait atteindre une certaine maturité. Il faut encourager ceux-là qui ont des sociétés sportives parce que la loi d’orientation du sport que le ministère vient de réussir à faire voter par l’Assemblée nationale, autorise que ces différents clubs puissent se transformer en sociétés. C’est dans ce sens que nous devons nous asseoir pour parler ensemble et trouver les voies et moyens pour transformer nos clubs. D’aucuns parlent de la ligue professionnelle qui a été créée et est non fonctionnelle. C’est en prélude à tout cela que nous allons inviter les différents clubs à s’y intéresser puisque la ligue professionnelle doit regrouper les clubs unipersonnels et corporatifs parce que ce sont des clubs qui peuvent s’auto-financer en attendant que l’Etat puisse leur apporter un soutien. Il y aura un moment où l’Etat va se désengager parce qu’il ne peut pas continuer.

Qu’est-ce que vous auriez aimé dire que nous n’avons pas pu aborder ?

Merci au public sportif burkinabè, particulièrement celui du football pour la ferveur que nous constatons aujourd’hui, à l’approche de l’élection à la FBF. Nous n’avons jamais vu cela. De par le passé, les élections se sont déroulées sans toute cette publicité autour. S’il y a de l’engouement aujourd’hui, c’est parce que la chose intéresse plus d’une personne. La question que nous devons nous poser est de savoir si l’on s’intéresse aujourd’hui au football pour son intérêt personnel ou pour son développement.

Propos recueillis par Antoine BATTIONO

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