LE FILS DE EDUARDO DOS SANTOS DANS LA NASSE

LE FILS DE EDUARDO DOS SANTOS DANS LA NASSE

 La rançon de l’implication des fils de présidents dans la gestion du pouvoir d’Etat

Jose Filomeno dos Santos, le fils de l’ancien président angolais, Eduardo dos Santos, est entre les mains de la justice de son pays depuis le lundi 24 septembre 2018. Il est mis en détention provisoire dans le cadre d’une enquête portant sur un détournement de fonds de 1,5 milliard de dollars. En effet, la Justice angolaise, remise en selle par l’actuel chef d’Etat, João Lourenço dans sa détermination à lutter contre la corruption, veut d’abord comprendre quelle est l’origine des 500 millions de dollars que Jose Filomeno avait fait virer dans une banque suisse basée en Angleterre alors qu’il était à la tête du Fonds d’investissement souverain, qu’il a dirigé de 2013 à 2018. Ce Fonds est un organisme doté de 5 milliards de dollars puisés dans la manne pétrolière du pays.

João Lourenço veut tenir sa promesse de combattre la corruption dans son pays

Formellement inculpé, en mars dernier, et placé jusqu’ici  sous contrôle judiciaire pour «fraude, détournement de fonds, trafic d’influence, blanchiment d’argent et association criminelle», le fils de l’ex-président dos Santos est maintenant aux arrêts pour la durée de l’instruction qui aurait déjà révélé d’autres cas de corruption. S’agit-il du clap de fin d’une belle époque ? Une époque marquée par l’apogée d’une oligarchie où la famille dos Santos contrôlait les institutions les plus juteuses de l’Angola. Pendant que la fille de l’ex-président, Isabel dos Santos, était à la tête de la puissante compagnie nationale angolaise des

hydrocarbures (SONANGOL), son frère cadet, Jose Filomeno, lui, présidait le Fonds souverain.

João Lourenço, l’actuel président angolais, veut tenir sa promesse de combattre la corruption dans son pays en laissant libre cours à la Justice de traquer les biens mal acquis. On savait qu’il avait la volonté de resserrer l’étau autour des anciens dignitaires du régime qui ont trempé leurs barbiches et leur barbe dans les détournements de fonds publics. Mais aller jusqu’à faire planer de la sorte l’épée de Damoclès sur la tête d’un enfant de sang de celui dont il a été l’homme lige, est un trait de caractère qui fascine. Et ça se passe dans un pays lusophone. Toute chose que Eduardo dos Santos pourrait percevoir comme une haute trahison de la part de son successeur qu’il a contribué à faire roi, dans l’espoir de mener une retraite tranquille et d’assurer l’impunité à ses enfants. Nul besoin de dire que si l’on était  dans un pays francophone, la tendance serait plutôt de chercher à maquiller ce type de détournements avec des arguties. Après avoir donc été congédié de son poste de président du fonds souverain, le fils de l’ex-président doit maintenant répondre de sa gestion. Dans le collimateur de la Justice depuis l’arrivée de João Lourenço, Jose Filomeno va devoir apprendre à ses dépens que le vent a réellement tourné en Angola. Le père n’est plus dans une sphère d’influence, car récemment débarqué de son poste de président du MPLA, parti au pouvoir, pour tenter de porter un coup de frein à l’enquête judiciaire. Dos Santos devrait se sentir responsable de ce qui arrive aujourd’hui à son rejeton, pour lui avoir confié un bien public qui, visiblement, était une des sources

d’enrichissement illégal de la famille présidentielle. C’est d’ailleurs la rançon de l’implication des fils de présidents dans la gestion du pouvoir d’Etat. C’est du moins ce qui arrive le plus souvent, lorsque l’on refuse de tenir éloignées sa progéniture et sa fratrie du cercle du pouvoir. C’est aussi la conséquence des longs règnes.

João Lourenço est à encourager dans sa volonté affichée de secouer le cocotier

Le cas de Jose Filomeno rappelle mutatis mutandis celui de Karim Wade au Sénégal, qui, alors ministre du Ciel et de la Terre, a eu maille à partir avec la Justice de son pays dès que son père Abdoulaye Wade fut chassé du pouvoir par les urnes. Le continent africain, à quelques expressions près, est coutumier de cette pratique qui consiste, pour des chefs d’Etat, à mettre leurs enfants au cœur du système. Il y a encore d’autres pays où les présidents risquent de voir leur progéniture dans de beaux draps judiciaires quand ils viendraient à quitter le pouvoir. Citons le Mali de Ibrahim Boubacar Kéita dont le fils, Karim Kéita, a été éclaboussé par une affaire de surfacturation dans des achats d’effets militaires. En Guinée, un rapport de l’ONG Global Witness, rendu public en mai 2016, épingle  Mohamed Condé, le fils du président Alpha Condé, dans une affaire de corruption dans l’obtention du gisement de fer du Mont Nimba. N’en parlons pas de la Guinée Equatoriale où Teodorin Obiang, le fils du président Nguema et vice-président du pays, mène une vie de cocagne, après avoir transformé ledit pays en une caverne d’Ali Baba.

Cela dit, João Lourenço est à encourager dans sa volonté affichée de secouer le cocotier en vue d’assainir l’économie de l’Angola grippée par la corruption. Après avoir renforcé son autorité en prenant les rênes du parti, ce serait pour le bonheur de la majorité des Angolais s’il continue à faire tranquillement le ménage en s’assumant pleinement. Pourvu que l’arrestation du fils de l’ex-président, qui est un signal fort en direction des pilleurs des biens publics, ne soit pas un pétard mouillé.

« Le Pays »

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