LE PRESIDENT GAMBIEN A PARIS ET BRUXELLES : Adama Barrow ne veut pas perdre du temps

LE PRESIDENT GAMBIEN A PARIS ET BRUXELLES : Adama Barrow ne veut pas perdre du temps

Depuis le 14 mars 2017, le président gambien, Adama Barrow, est l’hôte de son homologue français, François Hollande qui l’a d’ailleurs reçu hier, à l’Elysée. Ce séjour de 48 heures devrait ouvrir les portes de l’Europe au nouveau président gambien. Car, après Paris, la destination du chef de l’Etat gambien pour cette première sortie hors du continent, sera Bruxelles. Avant d’épiloguer sur les raisons et le sens de ce périple, l’on peut déjà établir trois constats majeurs. Primo, le successeur de Yahya Jammeh ne veut pas perdre du temps. Il semble bien avoir pris la mesure de la situation bien difficile de son pays  et a décidé d’aller au charbon, surtout avec tout ce qui a été dit et entendu suite au départ au forceps de son prédécesseur. Les caisses de l’Etat, à ce que l’on dit, sont vides et l’économie gambienne est exsangue. Il était donc plus qu’urgent d’aller chercher les moyens là où ils se trouvent, pour redonner le flux vital nécessaire au tissu économique et soulager, un tant soit peu, les immenses souffrances des populations.

Ce voyage rompt avec l’autarcie de fait que Yahya Jammeh avait imposée à la Gambie

 

Secundo, le périple européen d’Adama Barrow sonne comme un signe des temps. Car, personne n’aurait imaginé l’ex-président Yahya Jammeh  en tournée européenne, et c’est en cela  que cette visite ouvre une nouvelle ère  non seulement pour la Gambie mais aussi dans les relations entre la Gambie et l’Union européenne. En effet, ce voyage rompt avec l’autarcie de fait que le tyran en exil au pays d’Obiang Nguema avait imposée à la Gambie et marque son ouverture au monde. L’on se souvient encore de l’expulsion, de Banjul, de la chargée d’affaires de l’Union européenne, Agnès Guillaud, qui n’avait eu que 72 heures pour quitter l’enclave gambienne et rejoindre les rives du fleuve Sénégal. Tertio, l’on constate que contrairement aux usages diplomatiques qui consistent pour les chefs d’Etat nouvellement élus à aller se faire adouber  par l’ancienne puissance coloniale de leur pays,  Adama Barrow a fait le choix de léser la Grande Bretagne de ce privilège. Certainement que le Brexit  a pesé dans la balance et Adama Barrow a opté pour l’économique plutôt que pour l’Histoire. Cela dit, l’on peut maintenant s’interroger sur les motivations du pèlerinage européen d’Adama Barrow, à commencer par le choix de l’escale de Paris.  Certes, au regard de l’agenda du chef de l’Etat gambien qui prévoyait des rencontres avec le ministre de l’Economie et du budget, le directeur de l’Agence française de développement et différentes personnalités du monde des affaires, la coopération économique apparaissait comme le but premier de cette visite en France. Mais l’on ne saurait occulter le devoir de gratitude du numéro un des Gambiens envers François Hollande. En effet, au moment fort de la crise gambienne, Maky Sall, le président sénégalais et mentor d’Adama Barrow, avait bénéficié du ferme soutien de la France qui s’était dit prête à intervenir militairement si nécessaire, pour déloger Yahya Jammeh du pouvoir. Paris avait alors dépêché une ancienne ambassadrice pour suivre les longues négociations qui ont abouti au changement démocratique dont l’Hexagone s’était par ailleurs félicité. Il était donc important que Barrow exprime sa gratitude à la France dont il a encore besoin des appuis politiques et financiers  pour réussir son mandat qui ne s’annonce pas de tout repos.

Cette visite vaut son pesant d’or

Quant à la destination Bruxelles, elle sert prioritairement à restaurer l’édifice croulant des relations entre la Gambie et l’Union européenne, en raison des lubies de l’ex-dictateur Yahya Jammeh. En effet, le nouveau chef de l’Etat veut convaincre l’UE à relancer les partenariats en monnayant la nouvelle image du pays qui, en réussissant une alternance au sommet de l’Etat, fait désormais figure de modèle démocratique. L’on se souvient, en effet, qu’en 2010, Bruxelles avait annulé l’octroi d’une aide budgétaire de 22 millions d’euros, en raison de préoccupations relatives aux droits de l’Homme et à la bonne gouvernance. Sur ce plan, le nouveau président ne devrait pas repartir déçu, car il devrait avoir confirmation au cours de sa visite dans la capitale européenne, de l’octroi d’une aide budgétaire de 22 millions d’euros. Et cerise sur le gâteau, il devrait repartir avec une promesse de versement à hauteur de 150 millions d’euros à moyen terme, pour reformer l’Etat et créer des emplois. Une mission technique devrait se rendre en Gambie à cet effet, pour évaluer les besoins du pays.

On peut donc le dire, cette visite vaut son pesant d’or et il faut déjà se féliciter du bon sens d’Adama Barrow dont le flair ne manquera pas d’apporter aux Gambiens, une vitale bouffée d’oxygène. Il convainc ainsi l’opinion nationale et internationale que l’économie de la Gambie peut quitter les chemins des trafics et de la contrebande pour emprunter des circuits légaux et participer à la dynamique d’ensemble du continent et du monde.  Cela est sans nul doute à mettre aussi à l’actif de son parrain sénégalais, Maky Sall, qui l’accompagne de son riche carnet d’adresses.

 

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