LIBERATION DE PAUL MAKAYA AU CONGO

LIBERATION DE PAUL MAKAYA AU CONGO

 Que fera-t-il de sa liberté ?

Depuis le 18 septembre 2018, l’opposant congolais, Paulin Makaya, est libre. En rappel, en campagne contre le référendum constitutionnel qui devait permettre au président Denis Sassou Nguesso de briguer  un autre mandat en 2016, le président du parti Unis pour le Congo (UPC) avait organisé, en octobre 2015, une manifestation interdite qui lui avait valu une condamnation à deux ans de prison. Mais alors que l’on s’acheminait vers la fin de son bail carcéral, une seconde procédure avait été ouverte contre lui, pour tentative d’évasion, qui lui a valu une condamnation d’une année supplémentaire à passer derrière les verrous. C’est au terme de cette purge de peine que la Justice congolaise a finalement ordonné sa libération.

Paulin Makaya va-t-il continuer à se battre pour un Congo plus démocratique ?

C’est donc un leader fortement éprouvé et dont les proches avaient  toujours vu dans la détention, un procès politique dépourvu de tout fondement juridique, qui recouvre la liberté. La question que l’on pourrait alors se poser est de savoir ce qu’il fera de cette liberté. En d’autres termes, après cette difficile épreuve, verra-t-on un Paulin Makaya plus que jamais combattif et redescendre dans l’arène politique ou bien  l’expérience carcérale va-t-elle refroidir les ardeurs de l’opposant congolais ?

Quoi qu’il en soit, avec ce que le président congolais, Denis Sassous Nguesso, a donné à voir comme traitement réservé à ses opposants les plus farouches, l’on peut se laisser aisément convaincre que cette peine visait non seulement à servir d’avertissement à Paulin Makaya, mais aussi à saper son moral dans le but qu’il se tienne désormais à carreau. C’est ce qui justifie sans doute le fait qu’il ait purgé toute sa peine,  sans bénéficier de mesure d’aménité de la part du prince régnant. Et cela n’a rien d’étonnant. Car, on ne peut pas attendre de la commisération de la part d’un dictateur envers ses adversaires. Ce n’est pas son compatriote, le Général Jean Marie Michel Mokoko qui dira le contraire. En effet,  cet ex-proche du président Sassou, entré en dissidence et qui s’était porté candidat à la présidentielle de 2016, avait refusé de reconnaître la réélection contestée de son ex-mentor et appelé à la désobéissance civile. Dans la foulée, ses démêlés judiciaires l’ont vu écoper, en mai dernier, d’une peine de 20 ans de réclusion pour atteinte à la sûreté de l’Etat, dans une sombre affaire de coup d’Etat qu’il aurait fomenté en 2007.

Cela dit, la question que l’on se pose est de savoir si Paulin Makaya va continuer à se battre pour un Congo plus démocratique. En tout cas, comme son homologue rwandaise, l’opposante Victoire Ingabire qui vient de bénéficier de la grâce du président Kagame et qui respire aussi à nouveau l’air de la liberté, il y a lieu de croire que le sentiment d’injustice lié à ce type de « punition inique » ne va pas refroidir ses ambitions. Au contraire, cela peut et doit être perçu comme une étape supplémentaire vers l’objectif qu’il s’est fixé dans son combat pour le changement. Car, le pouvoir passe aussi quelques fois par la case prison qui peut vous rendre sympathique aux yeux du peuple. Surtout dans un contexte de férocité d’un régime à la légitimité douteuse, qui impose son diktat en voulant mener  tout le monde à la baguette. L’exemple de résilience le plus emblématique est celui de Nelson Mandela.

Il est temps, pour le président Sassou, de débarrasser le plancher

C’est pourquoi, après avoir mangé son pain noir pendant près de trois ans en prison, l’on est porté à croire que Paulin Makaya ne prendra pas le risque de vendanger tout le capital de lutte en jetant l’éponge après une telle épreuve. Et cela peut bien se comprendre. Car, quand on est un leader politique de sa trempe, se résoudre à la solution de jeter le manche parce qu’on a fait la prison, équivaudrait à une capitulation.  Son combat n’aurait servi à rien et ce serait un véritable gâchis pour la multitude de militants qui croient en lui et qui lui apportent leur soutien. Et qui sait si Sassou ne le prépare pas au fauteuil présidentiel, sans s’en rendre compte ? C’est quelques fois une question de patience.

Cela dit, si Paulin Makaya choisit de continuer le combat, il faudra qu’il s’attende à ce que le pouvoir lui crée encore d’autres misères. Ainsi va la politique dans ces républiques bananières ! Il lui appartient donc de prendre désormais ses dispositions pour se mettre à l’abri, car les dictateurs sont ainsi faits qu’ils ne reculent devant rien pour écarter de leur chemin des adversaires jugés gênants, dussent-ils pour cela passer par la solution extrême.

En tout état de cause, il est temps, pour le président Sassou, de débarrasser le plancher. Car, après plus de trente ans de pouvoir, il ne peut plus rien apporter à son peuple. Et son obstination à la limite de l’entêtement bovin à rester au pouvoir, ne sert véritablement pas la cause de la démocratie.

« Le Pays »

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