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LIBERATION… DETENTION POUR L’EX-PRESIDENT IVOIRIEN

 Trouver un compromis favorable pour Laurent Gbagbo

C’est, en principe, aujourd’hui, 1er février 2019, que doit reprendre à la Haye devant la Cour pénale internationale (CPI), le feuilleton à rebondissements du procès de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et de l’ex-leader des Jeunes Patriotes Blé Goudé. Acquittés le 15 janvier des crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011 pour lesquels ils étaient poursuivis, ils sont quand même maintenus dans les liens de la détention en vertu de l’appel interjeté par la procureure Fatou  Bensouda qui a motivé sa démarche par le risque que les deux prisonniers se soustraient à la justice une fois libérés.  La Chambre d’appel tiendra donc demain une audience publique pour discuter avec chaque partie de la possible remise en liberté des deux prévenus.

On est en droit de  se demander si dame Bensouda n’abuse pas de son droit d’appel

En attendant de voir la suite de l’affaire, les avocats de la défense trépignent d’impatience et viennent d’opérer une sortie pour rappeler que leurs clients ont été acquittés et sont, par conséquent, des hommes libres avec le droit d’aller et de venir. Seules « des circonstances exceptionnelles », argumente-t-elle, peuvent restreindre cette liberté. C’est donc dans un véritable imbroglio judiciaire que l’on se retrouve et même pour les avertis du droit, cette situation constitue un véritable cas d’école.

Pour le commun des mortels, non initié à la terminologie du droit, même si l’on comprend que chacune des parties joue pleinement son 

rôle, l’on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Même si la procureure soulève dans son mémoire des « erreurs de droit », une simple hypothèse de « risques de fuite » qui ne se fonde sur aucune preuve matérielle, ne peut suffire à  maintenir l’ex-président et son ministre de la Jeunesse en prison alors  qu’un jugement les a acquittés. Au demeurant, dans les milieux judiciaires, l’on dit très couramment que « la règle est la liberté, la prison est l’exception ». Dans la même veine, l’on peut se demander si l’on peut opposer aux deux célèbres prisonniers de la Haye le fait que la CPI n’a pas  tous les moyens et toutes les garanties pour aller chercher ses justiciables partout dans le monde alors qu’elle est une Cour à compétence universelle. Enfin,  autre question que l’on est en droit de  se poser et pas la moindre est celle de savoir si dame Bensouda n’abuse pas de son droit d’appel. Car, sauf erreur, celui-ci ne semble pas avoir été balisé dans les textes  par des délais et laisse, de ce fait, toute la latitude au procureur de se hâter lentement.

Toutes ces questions en apparence sans réponse, en tout cas, pour les profanes du droit, ne manquent pas d’alimenter un certain sentiment d’acharnement contre Gbagbo et Goudé. S’il est vrai que l’on peut comprendre les craintes de la procureure en raison du cas isolé de l’ex-président libérien Charles Taylor  et de  l’existence de pays farouchement opposés à la CPI,  dont certains ne font pas mystère de leur intention de se retirer du Traité de Rome, et donc susceptibles d’être des refuges pour fugitifs de la Haye, l’on peut, a contrario, lui opposer le fait que des personnalités poursuivies par la même

juridiction, en l’occurrence le président kényan, Uhuru Kenyatta, et son vice-président ont disposé de toute leur liberté pour aller répondre devant le tribunal et reprendre leur avion pour retourner au pays natal. Il y a donc aussi une impression de deux poids, deux mesures.

 

L’ex-président ivoirien a suffisamment payé seul, pour les crimes de cette crise post-électorale

En tout cas, avec le cas Gbagbo, la CPI ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de ses détracteurs en Afrique ; eux pour qui, elle n’a jamais été qu’un instrument au service des puissants de ce monde pour régler les comptes avec des chefs d’Etat africains qui ne jouent pas le jeu des Occidentaux.

En tout état de cause, sans toutefois prendre parti, l’on peut se demander effectivement si les pressions politiques ne pèsent pas plus qu’il ne le faut dans ce procès. Car l’on garde à l’esprit, la sortie de l’ex-président français, Nicolas Sarkozy, qui a taxé la libération de Laurent Gbagbo d’erreur. L’on se souvient aussi des manifestations violentes de rues qui ont accueilli en Côte d’Ivoire le verdict de l’acquittement des deux prisonniers. Sans nul doute aussi, il se cache sous ces manifestations, d’invisibles mains politiques qui œuvreraient pour que soit retardé  au maximum le retour en Côte d’Ivoire des deux leaders politiques dont l’entrée en scène suffirait à recomposer le paysage politique ivoirien déjà en pleine mutation, mais aussi à mettre le feu aux poudres dans une société où les meurtrissures de la guerre civile et des violences post-électorales peinent à se cicatriser.

Mais quoi qu’il en soit, la CPI doit comprendre qu’elle joue sa crédibilité dans cette affaire. C’est pourquoi l’on est en droit d’espérer d’elle qu’elle trouve un compromis favorable pour Laurent Gbagbo et son compagnon d’infortune. Toute autre attitude reviendrait, pour la Justice internationale, à se mettre au service de l’injustice car tout compte fait, l’ex-président ivoirien a déjà passé sept ans dans les geôles de la Haye et l’on peut dire qu’il a suffisamment payé seul, pour les crimes de cette crise post-électorale.

« Le Pays » 

 

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