LIMOGEAGE DE CELESTIN KANYAMA EN RDC : Belle leçon pour les serviteurs zélés des dictateurs  

LIMOGEAGE DE CELESTIN KANYAMA EN RDC : Belle leçon pour les serviteurs zélés des dictateurs   

Célestin Kanyama, du nom de l’ex-chef de la police de Kinshasa, est une personnalité à la réputation bien sulfureuse. En effet, l’on ne compte plus le nombre de morts et de disparus du fait de son œuvre à la tête de la police de la capitale congolaise. C’est donc à juste titre que bien de ses compatriotes l’appellent « esprit de la mort ». C’était également à juste titre que l’Union européenne (UE) et les Etats-unis d’Amérique avaient pris des sanctions contre l’homme. Tous lui reprochaient d’être « responsable ou complice d’actes de violences et d’enlèvements ciblant des civils, hommes, femmes et enfants lors de la répression d’émeutes hostiles au pouvoir de Joseph Kabila ». Toutes les bavures policières de la capitale portaient invariablement sa signature. Toutes ses dérives meurtrières avaient pour ambition de sauver un homme, Joseph Kabila. Eh bien, depuis ce lundi 17 avril, ce dernier a limogé son serviteur dont le zèle n’avait d’égal que son mépris pour la vie humaine, de son poste de chef de la police de Kinshasa.

C’est tant pis pour lui

Il a été immédiatement remplacé par le colonel Elvis Palanga Nawej. Cette disgrâce, qui ne manquera pas d’être acclamée par tous les mouvements des droits humains, peut être décryptée comme une belle leçon pour l’ensemble des serviteurs zélés des dictateurs. Car, ce que ces sicaires oublient, c’est que leurs mentors n’ont pas d’amis définitivement acquis. Ils n’ont que des intérêts. Dès lors que ceux qui les ont servis comme des demi-dieux commencent à être encombrants pour eux, ils n’hésitent pas à s’en débarrasser. Ils le feront d’autant plus sans sourciller, si cela peut contribuer à décrisper la tension ambiante et à apaiser la colère de la communauté internationale. Le limogeage du chef de la police de Kinshasa, le Général Célestin Kanyama, pourrait répondre à cette logique. Et c’est tant pis pour lui. Et le pire pourrait être à venir. En effet, dans l’hypothèse où Joseph Kabila quitterait le pouvoir, et dans celle où la première alternance démocratique se réaliserait, la probabilité est forte que Célestin Kanyama rende gorge devant les tribunaux congolais voire devant la Cour pénale internationale (CPI), pour l’ensemble de ses basses œuvres posées en toute conscience pour sécuriser la satrapie. Et il n’aura que ses yeux pour pleurer. Pendant ce temps, Kabila pourrait être en train de se la couler douce. En tout cas, les dictateurs, ce n’est pas ce qui manque dans cette partie de l’Afrique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont solidaires. De ce point de vue, l’on pourrait s’attendre, au cas où Joseph Kabila perdrait le pouvoir et que l’étau se resserrerait autour de lui à Kinshasa, à ce qu’il traverse simplement le fleuve Congo pour se retrouver à Brazzaville, chez Sassou Nguesso qui pourrait lui garantir une retraite dorée. L’illustration de cette solidarité active entre dictateurs nous a été donnée à propos de l’exil offert par Théodoro Obiang Mbasogo à Yahya Jammeh qui a été obligé de fuir son pays en pleine nuit. Et les Gambiens n’ont pas attendu une éternité pour commencer à demander des comptes à certains de ses collaborateurs dont le sport favori sous le dictateur, était de torturer, d’égorger et de faire disparaître tous les Gambiens qui refusaient de capituler face aux excès de l’ex- mégalomane de Banjul.

Après avoir pressé le citron, l’étape qui suit est de le jeter

 

Mais les dictateurs encore en activité, de même que tous ceux qui tiennent leurs étriers, sont ainsi constitués qu’ils pensent qu’ils sont sortis de la cuisse de Jupiter et que de ce fait, rien ne peut leur arriver de fâcheux. Cette conviction est leur marque de fabrique, jusqu’à ce que le ciel leur tombe sur la tête. C’est pourquoi l’on peut suggérer aux hommes et aux femmes qui mettent leur intelligence avec zèle au service des dictateurs, de se soumettre à une sublimation pendant qu’ils ont encore la possibilité de le faire. Le bon exemple nous a été donné par les forces de défense et de sécurité d’Egypte, vers la fin du règne de Hosni Moubarak. On se souvient, en effet, que dans ce pays, des franges entières de l’armée avaient refusé de massacrer les populations, dans l’intérêt supérieur de la nation. Cet exemple de patriotisme devrait inspirer la police congolaise connue pour avoir la gâchette facile, à chaque fois que le peuple congolais bat le macadam pour signifier sa colère, ô combien légitime, à Kabila. Avant Célestin Kanyama, c’était le général John Numbi qui traînait la sulfureuse réputation de tirer sur les Congolais comme des lapins. On se souvient qu’en 2010, ce sicaire s’était tristement illustré dans l’affaire Floribert Chebeya, du nom du directeur de l’ONG de défense des droits de l’homme, « la voix des sans voix », dont le corps avait été découvert dans sa voiture à Kinshasa tandis que son chauffeur, Fidèle Bazana, était porté disparu. Depuis lors, Kabila a tout fait pour soustraire le tortionnaire et sicaire à la justice. Certainement qu’il en fera de même en ce qui concerne Célestin Kanyama dont les mains sont encore rouges du sang des Congolais. Mais celui que l’on appelle aujourd’hui à Kinshasa « esprit de la mort » tant son nom rime avec barbarie et mépris souverain de la vie humaine, a intérêt à intégrer dans son comportement la vérité suivante. Aujourd’hui, Kabila l’a limogé pour sauver les apparences. Demain, s’il le faut, il pourra l’expédier sous forme de colis à la CPI, au cas où celle-ci en exprimerait le besoin. Et la raison est bien simple. Après avoir pressé le citron, l’étape qui suit est de le jeter.

« Le Pays »

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