LONGUE ABSENCE DE BUHARI POUR RAISON DE SANTE : On est Africains, mais tout de même…

LONGUE ABSENCE DE BUHARI POUR RAISON DE SANTE : On est Africains, mais tout de même…

Sans doute que sous l’arbre à palabres dans certaines de nos contrées, des sages regardent, avec un brin de pincement au cœur, les manifestations ces temps-ci au Nigeria, autour de la santé du président Muhammadu Buhari pour, notamment, demander son retour au pays ou sa démission. Cela, parce qu’en Afrique, il apparaît non seulement un peu indécent de charger un malade, mais aussi et surtout de parler au grand jour de la maladie du « chef ». Nombre de mythologies sont édifiantes sur la question. Certes, on est Africains, mais tout de même…Ici, pour ne pas dire que dans le cas du Nigeria et de bien d’autres pays, on n’est pas dans le contexte des royaumes, des tribus ou des monarchies où le pouvoir politique est, généralement, entièrement incarné par la personne du chef. Le Nigeria, c’est un Etat de droit démocratique, avec un système partisan. Et si le président Buhari a remporté la présidentielle en mars 2015, c’est parce qu’il avait su convaincre ses compatriotes sur ses compétences intellectuelles et physiques pour diriger ce grand pays d’Afrique. Voilà qu’après à peine deux ans d’exercice du pouvoir, sa santé l’éloigne de sa mission essentielle qui est de gouverner l’une des plus grandes économies du continent africain. Depuis maintenant trois mois, le Nigeria a de plus en plus mal à son président, grabataire dans un hôpital londonien et son entourage tente d’étouffer, avec une stratégie de communication souvent mal ficelée, les rumeurs, les spéculations et les supputations de tout genre.

La légitime revendication des populations

Si l’entourage de Buhari s’efforce de donner l’espoir, il y a des Nigérians qui sont, eux, à bout de patience de cette longue absence de leur président qui, quoi qu’on dise, porte préjudice au bon fonctionnement de la République. Il faut donc comprendre la revendication des populations, somme toute légitime, qui, depuis un certain temps, battent le pavé pour exiger son retour ou sa démission. Certes, les chefs d’Etat sont des êtres humains comme tout le monde, susceptibles de tomber malades. Mais le cas de Muhammadu Buhari est plus qu’inquiétant, au point que l’on peut s’interroger sur ses capacités physiques à encore diriger le Nigeria. C’est vrai que le cas Buhari n’est pas unique en Afrique, en comparaison de l’Algérien Abdel Aziz Bouteflika, contraint de se déplacer en fauteuil roulant depuis sa crise cardio-vasculaire. Mais à la différence des deux, c’est que dans le pays du premier cité, il y a un vice-président constitutionnellement apte à continuer le mandat en cas de démission ou de décès. Seulement, il faut dire que la survenue du premier cas relèverait presque du miracle, eu égard à la boulimie du pouvoir de nos dirigeants. En Afrique, le rapport au pouvoir repose tellement sur l’irrationnel et la déraison que la culture de la démission est la chose la moins partagée. Même si les scandales n’arrivent pas à amener des chefs d’Etat africains à débarrasser le plancher, les présidents valétudinaires, eux au moins, devraient avoir la sagesse de rendre le tablier, ne serait-ce que pour le bien de leur peuple. Surtout que la fonction de chef de l’Etat n’est pas de tout repos, particulièrement sous nos tropiques où les priorités sont nombreuses et les ressources limitées. Il y a donc de quoi s’inquiéter, si le destin de tout une nation devrait être confié à un président valétudinaire. C’est pourquoi les examens de santé exigés lors des élections présidentielles aux candidats, ne devraient pas être une simple formalité, mais une étape importante voire éliminatoire, que le peuple devrait suivre avec intérêt. Car, il ne s’agit pas de porter à la tête de l’Etat, un malade qui viendra siphonner les caisses de l’Etat pour aller se soigner. Et de surcroît, de l’autre côté de la Méditerranée, alors qu’ils auraient pu développer les plateaux techniques des hôpitaux de leur pays.

Drissa TRAORE

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