LUTTE CONTRE LA CORRUPTION : L’exemple du Nigeria inspirera-t-il le Burkina ?

LUTTE CONTRE LA CORRUPTION :  L’exemple du Nigeria inspirera-t-il le Burkina ?

 

Au Nigeria, le chef de l’Etat, Muhammadu Buhari, vient de prendre de nouvelles mesures contre la corruption. Dans ce cadre, une cinquante de personnalités soupçonnées corrompues, ont été placées sur une liste de suspects à surveiller. Et ce n’est pas tout. Ces suspects seront également empêchés de quitter le pays tant que leurs cas n’auront pas été élucidés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Buhari persiste et signe dans sa croisade contre ce fléau qui a beaucoup fait du mal au Nigeria. Déjà en 2014, alors qu’il était en campagne, il avait fait de la lutte contre le phénomène un thème central et s’était engagé à le traduire dans les faits, au cas où ses compatriotes lui accorderaient leur confiance. Devenu président, il est passé aux actes. Ainsi, il a réussi le tour de force de rapatrier au Nigeria d’énormes sommes qui avaient été détournées par Feu Sani Abacha. A cela, il faut ajouter le fait qu’il a nettoyé l’armée en faisant rendre gorge à certains militaires de haut rang, qui n’avaient eu aucun scrupule à détourner les fonds alloués à l’armée dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Même si beaucoup reste à faire pour débarrasser le Nigeria de la corruption, il faut reconnaître que Buhari n’a pas été complaisant vis-à-vis de ce fléau. Et dans l’histoire politique du Nigeria, il passe pour être le président qui s’est le plus illustré dans la traque aux corrupteurs. Et pour qui connaît ce pays, cet engagement n’est pas sans danger pour lui, tant la corruption semble inscrite dans l’ADN du Nigeria. Et tout le monde semble s’en accommoder au point que bien des observateurs étaient arrivés à la conclusion qu’aucun régime ne peut inscrire dans son programme la lutte contre la corruption. Mais c’était compter sans le frêle et austère Buhari. L’on peut donc lui rendre hommage tout en posant la question de savoir si le Nigeria sous son magistère peut inspirer le Burkina.

Il faut que Roch ait le courage de donner un grand coup de pied dans la fourmilière

Cette question est d’autant plus pertinente que l’on peut avoir l’impression qu’au pays des hommes intègres, les autorités ont purement et simplement démissionné face aux cas de corruption et de détournements. Et cela, malgré les révélations récurrentes de la presse. Sous Blaise Compaoré, cette attitude de démission pouvait être observée. A ce propos, au lendemain de la rectification, l’on se souvient que le professeur Etienne Traoré avait occupé une fonction où il était chargé de donner plus de vertus à la République en traquant les cas de détournements et de corruption. S’étant rendu vite compte que la nature du régime ne lui permettait pas de remplir son contrat, le professeur de philosophie politique et morale avait eu l’honnêteté intellectuelle et politique de rendre le tablier. C’est un mérite qu’il faut lui reconnaître. Et le Burkina de Roch ne semble pas avoir tiré leçon de l’attitude de démission du régime qu’il a servi pendant un quart de siècle. En tout cas, les faits sous son magistère en matière de corruption tendent à valider cette thèse. Pire, l’on peut même dire que les choses vont de mal en pis. En effet, depuis que Roch est aux affaires, l’on enregistre de façon récurrente, des cas de corruption et de détournements. Et aucune volonté politique ne se manifeste pour faire rendre gorge à leurs auteurs. Le comble, c’est que certains de ces derniers se recrutent même dans l’entourage du président. Il faut qu’il ait le courage de donner un grand coup de pied dans la fourmilière si tant est qu’il veuille inverser la tendance. Mais Roch n’est pas le seul que l’on doit pointer du doigt dans cette situation. L’on peut aussi pointer la responsabilité de l’ASCE-LC (Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption). Cette structure abat un travail immense certes, mais rares sont ses dossiers qui ont connu une suite judiciaire. Dans ces conditions, les membres de cette structure doivent avoir le courage de démissionner ou du moins, de donner de la voix pour que les choses changent. Ils doivent d’autant plus le faire que le fonctionnement de leur structure coûte très cher aux contribuables. Si l’ASCE-LC a uniquement pour vocation de produire des rapports qui seront invariablement enterrés dans des tiroirs, le bon sens commande simplement que ses membres mettent fin eux-mêmes à leur mission, car c’est du gâchis et c’est ridicule. La deuxième institution que l’on peut égratigner, c’est la Justice. En effet, à en croire l’ASCE-LC, 55 dossiers de corruption ont été transmis à la Justice depuis 2009. Jusqu’en 2015, aucun d’eux n’a abouti. A la question de savoir pourquoi une telle lenteur, le contrôleur général d’Etat dit ceci : « le constat est qu’il y a une certaine lenteur au niveau de leur traitement. Cette situation est due au fait que les dossiers de crimes économiques ne sont pas prioritaires au niveau de la Justice ». De ce point de vue, l’on peut suggérer à la Justice de faire bouger les lignes de manière à donner un signal fort à la lutte contre la corruption. Ce qui est curieux, c’est que dans le même temps, l’on a vu la Justice faire diligence dans certains cas de détournement. C’est le cas par exemple de l’ancienne patronne du Conseil supérieur de la communication. Cette façon de traiter les choses selon la tête du client, donne l’impression d’une justice à deux vitesses. Et cela ne rassure guère le justiciable. L’on peut finir par interpeller l’Assemblée nationale pour qu’elle produise des lois et des textes règlementaires qui facilitent le travail des juges. Mais tout cela ne peut être envisagé sans une volonté ferme et affichée du premier magistrat de ce pays, c’est-à-dire Roch Marc Christian Kaboré.

Sidzabda

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