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LUTTE CONTRE L’INSECURITE : L’état d’urgence prolongé de six mois

Les députés ont adopté, à l’unanimité, le 11 janvier 2019, le projet de loi portant prorogation de l’état d’urgence à l’Assemblée nationale. Déclaré depuis le 31 décembre 2018 pour une durée de 12 jours, cet état d’urgence reste en vigueur pour une durée de six mois.  C’était en présence du ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion civique, garde des sceaux, René Bagoro, et de Fulgance Dandjinou, ministre de la Communication et des Relations avec le parlement.

 

L’état d’urgence a été prorogé de six mois.  La représentation nationale a donné son quitus au gouvernement, à l’issue de sa séance plénière spéciale de l’année, le 11 janvier 2019, à l’hémicycle.  Cette loi, une fois promulguée, permettra au gouvernement, d’avoir les coudées franches dans sa lutte contre le terrorisme et le grand banditisme, selon le ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion civique, garde des sceaux, René Bagoro.  « Nous avons saisi les députés pour demander la prorogation de l’état d’urgence qui a été décrété le 31 décembre 2018, parce que c’est une exigence légale.  Le gouvernement peut déclarer l’état d’urgence, mais pour une durée de 12 jours.  La loi de 1959 qui encadre l’état d’urgence, prévoit que si le gouvernement veut aller au-delà des 12 jours, il est tenu de demander l’autorisation de l’Assemblée nationale », a-t-il expliqué avant de relever que   les 12 jours décrétés le 31 décembre dernier, ont été insuffisants pour déployer toutes les stratégies nécessaires  en vue de    vaincre le terrorisme et le grand banditisme au pays des Hommes intègres.  Aux députés qui ont souhaité, pendant les débats, que l’état d’urgence soit étendu à d’autres localités du pays au regard de la recrudescence des actes de violence, le ministre en charge de la justice a estimé que la situation ne l’exige pas pour le moment. D’ailleurs, a-t-il indiqué, la lutte contre le terrorisme ne se milite pas à l’instauration de l’état d’urgence.

 

Mettre à la disposition des FDS les moyens matériels, logistiques  et financiers  adéquats

 

 Du reste, les Forces de défense et de sécurité sont sur le terrain pour lutter contre le fléau.  « Autant l’état d’urgence donne plus de moyens aux Forces de défense et de sécurité, autant il est attentatoire à certains droits, parce que pour le faire, on est obligé de mettre l’exercice de certains droits entre parenthèses.  C’est pour cela qu’il faut s’assurer de sa   nécessité avant de le décréter », a expliqué le ministre René Bagoro. Qu’à cela ne tienne, quand le besoin se fera sentir, l’Etat prendra les dispositions, puisqu’il suffira à ce moment, de le faire par décret. Notons que la séance plénière spéciale a été présidée par Alassane Bala Sakandé, président de l’Assemblée nationale.   Ce fut l’occasion, pour lui, d’inviter le gouvernement à prendre toutes les dispositions nécessaires pour mettre à la disposition des Forces de défense et de sécurité (FDS) les moyens matériels, logistiques  et financiers  adéquats  pour lutter contre le terrorisme et le grand banditisme. Pour lui, l’état d’urgence aura des effets, si les moyens conséquents sont mis à la disposition des FDS sur le terrain. En attendant, a promis le PAN Alassane Bala Sakandé, la représentation nationale est et restera aux côtés de l’Exécutif dans son combat pour faire du Burkina un havre de paix.  En rappel, le gouvernement avait décrété, le 31 décembre 2018, l’état d’urgence dans quatorze provinces réparties dans six régions du pays, pour un délai de douze jours.

 

Issa SIGUIRE

 

La déclaration de  Aziz Diallo, député maire de Dori

 

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion civique,

Nous nous apprêtons à autoriser la prorogation de l’état d’urgence dans 14 provinces de notre pays, suite a la demande du gouvernement. Notre Assemblée a toujours répondu présente à chaque fois qu’elle a été sollicitée  par le gouvernement sur les questions sécuritaires. En témoigne, si besoin en était encore, les énormes sacrifices consentis par le peuple entier à travers la loi de finances 2019 qui permet au gouvernement de réaliser des investissements importants au profit de nos forces de défense et de sécurité.

Le 1er  janvier dernier, à la suite de l’assassinat odieux du chef de village de Yirgou et de 6 autres personnes par des terroristes non identifiés, d’autres terroristes, bien identifiés par contre, les Koglwéogo, se livraient à des exactions crapuleuses, ôtant la vie à près d’une centaine de Burkinabè, qui ignoraient même que le chef du village avait été tué.

En novembre dernier, à Tanghin, dans notre capitale, à la suite d’affrontements entre Koglwéogo et bouchers, on a déploré 2 décès et un blessé grave.

Le 12 Septembre 2018, dans la commune de Karangasso-Vigué, des affrontements entre Koglwéogo et populations ont fait 3 morts et de nombreux blessés.

En mai 2017, à Tialgo, après que les Koglwéogo ont réclamé plus de 800 000 F CFA d’amende à un individu, les populations se sont révoltées et les affrontements qui s’en ont suivi, ont causé la mort d’au moins 5 personnes.

Je ne vais pas poursuivre ce décompte macabre qui n’honore pas notre pays.

Peut-on concevoir qu’au même moment où nous nous évertuons à donner à nos forces de défense et de sécurité les moyens nécessaires pour assumer pleinement leur rôle, un groupe d’individus s’adonne à pareilles exactions au nez et à la barbe des institutions de notre pays ?

Le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et le Comité des droits de l’homme lors de la présentation de leur rapport sur notre pays, en mai dernier, ont dit être «préoccupés par l’apparition de milices d’autodéfense, notamment les « Koglwéogo», dont certaines se livreraient à des extorsions de fonds, arrêteraient ou retiendraient illégalement des personnes et commettraient des exactions et des meurtres».

A ces propos, Monsieur le ministre de la Justice a répondu : « Si les actions de ces groupes ont souvent été saluées par les populations locales qui y voient un moyen efficace de lutte contre l’insécurité, il convient, cependant, de regretter les atteintes graves aux droits et libertés fondamentales et aux principes de l’Etat de droit dont ils se rendent coupables».

Monsieur le Ministre, la centaine de victimes des villages de Yirgou, Foulbe, Toékédogo, Bangrin, Kassaye, Bolle, Guiendbila, Binguele et ailleurs, n’ont plus de libertés fondamentales.

En leur nom, au nom de ce jeune homme couché sur un lit à l’hôpital de Kaya entre la vie et la mort après avoir reçu 32 balles de calibre 12 au niveau de son bassin, au nom de ce vieux couché dans le même hôpital avec la gorge scindée et qui n’est en vie que par onction divine, au nom de ce jeune d’à peine 30 ans qui a vu tous les autres membres de sa famille froidement assassinés devant lui et qui est couché dans le même hôpital avec des blessures par balles, au nom des populations de ce village peuplé essentiellement de Mossé qui ont hébergé et nourri plus de 230 déplacés en attendant qu’ils rejoignent la mairie de Barsalogho, au nom de ce jeune Burkinabè d’ethnie mossi qui a caché son ami peulh pour lui permettre d’échapper à la folie meurtrière, au nom de l’Etat de droit, nous avons le devoir d’exiger le désarmement et la dissolution pure et simple des Koglwéogo. Nous ne souhaitons pas une prolifération des groupes armés dans notre pays. Pour cela, il est important que seul l’Etat assume le monopole de la violence comme le dit notre Constitution. Seul l’Etat.Notre Assemblée a rendez- vous avec l’Histoire, car un des actes les plus attentatoires à la cohésion sociale et à l’unité nationale, a été commis sous notre législature. Monsieur le Président, en notre nom, vous avez prononcé un discours remarquable de courage lors de l’ouverture de la session spéciale mardi dernier. Nous avons maintenant l’obligation de joindre l’acte à la parole.

Je vous remercie.

 

Aziz Diallo

 

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