LUTTE CONTRE LE SIDA EN AFRIQUE : La guerre est loin d’être gagnée

LUTTE CONTRE LE SIDA EN AFRIQUE : La guerre est loin d’être gagnée

Du 4 au 9 décembre 2017, Abidjan, la capitale économique ivoirienne, accueille la Conférence internationale de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (ICASA), sous le thème : « l’Afrique : une approche différente vers la fin du sida ». Pas moins de 10 000 délégués parmi lesquels des personnalités comme le directeur exécutif de l’ONUSIDA ou encore la directeur de la branche africaine de l’OMS, prennent part à cette rencontre dont l’objectif est de faire reculer la maladie sur le continent. Cela est de bonne guerre. Et l’importance d’une telle réunion n’est plus à démontrer, tant la situation sur le terrain montre que la guerre contre le sida est loin d’être gagnée en Afrique. Certes, de nombreuses batailles ont été remportées, notamment sur le plan de la sensibilisation et de l’accès à certains types de traitements comme les antirétroviraux, mais beaucoup reste encore à faire pour éviter une remontée en flèche des cas d’infections. Toute chose qui tendrait à annihiler tous les efforts déployés pour faire reculer la maladie.

Il est impératif de ne pas baisser la garde

Et le choix d’Abidjan ne pouvait pas mieux tomber, au moment où le pays présente le taux de prévalence le plus important de la sous–région ouest-africaine, estimé à 4%. A l’heure où la lutte contre le terrorisme est en passe de reléguer toutes les autres questions au second plan, il est important de toujours garder l’arme au pied dans la lutte contre le sida car, cette maladie qui était jusqu’à une époque récente considérée comme la pandémie du siècle, est loin d’avoir dit son dernier mot, malgré les progrès significatifs enregistrés dans la lutte. Déjà, l’on peut se féliciter que le sujet ne soit plus aussi tabou, et que la gêne et le rejet qui entouraient l’évocation de cette  maladie dite « de la honte », soient aujourd’hui en net recul au point que les gens n’ont plus véritablement peur de connaître leur sérologie. Au contraire, certaines sources médicales indiquent que de plus en plus,  les populations, surtout des villes, sont portées vers le dépistage volontaire. Cela est une bonne chose, car contribuant considérablement à la maîtrise des chiffres sur l’étendue de la maladie au sein des populations. C’est dire tout le chemin parcouru dans la lutte contre ce fléau qui n’a cependant pas encore fini de faire parler de lui, eu égard aux ravages qu’il continue de faire au sein des populations, surtout jeunes. C’est en cela que des rencontres comme celle d’Abidjan revêtent toute leur importance, car il est impératif de ne pas baisser la garde. D’autant plus que le continent africain, qui est déjà l’un des plus touchés de la planète, demeure malheureusement encore l’un des plus vulnérables. En effet, l’Afrique n’est pas totalement à l’abri d’une recrudescence de la maladie du sida, eu égard à l’assèchement des sources de financement en amont, entraînant une raréfaction des ressources financières en aval. Dans le même temps, certains groupes à risque comme les homosexuels, en pleine expansion, constituent l’un des Talon d’Achille de la lutte contre le sida, dans un continent où ces derniers ont toutes les peines du monde à se faire accepter et à assumer entièrement leur homosexualité. Conséquence, beaucoup de LGBT préfèrent vivre leur mal dans le silence, avec tous les risques et toutes les conséquences que cela pourrait avoir.

La recherche  reste l’objet de tous les espoirs

En tout état de cause, quelque trois décennies après l’apparition de la maladie qui a connu sa phase épidémique dans les années 90, trois grands défis majeurs semblent se poser au continent africain dans la lutte contre le sida. Celui de la sensibilisation, celui du financement et celui de la recherche. Concernant le premier de ces défis c’est-à-dire la sensibilisation, il est important de la continuer car celle-ci a déjà fait ses preuves sur le terrain. Contribuant en grande partie à une prise de conscience individuelle et collective face à la menace du fléau ; toute chose qui a contribué à un recul significatif de la maladie. Mais aujourd’hui plus que jamais, il est impératif de continuer la sensibilisation pour éviter que les populations ne retombent dans les mauvaises pratiques et les travers des comportements à risques. Sur la question du financement, le problème de la mobilisation des ressources financières se pose aujourd’hui avec acuité, avec le désengagement de plus en plus croissant des traditionnels bailleurs de fonds des projets et programmes de lutte contre le sida en Afrique. Et la politique du « America first » du nouveau président américain, Donald Trump, n’est pas pour faciliter les choses. Car, le manque à gagner en provenance du pays de l’Oncle Sam, est énorme. Quant au troisième volet, celui de la recherche, il reste l’objet de tous les espoirs de voir enfin un vaccin et un traitement efficace contre la maladie. Mais entre le manque criard de moyens financiers pour les pays africains et la guerre des intérêts des grandes firmes pharmaceutiques européennes, ce n’est pas demain la veille que ce défi sera relevé.

En tout état de cause, nul ne peut contester aujourd’hui, l’importance de la lutte contre le sida. Mais il y a lieu de ne pas oublier que sur le continent africain, il y a des maladies  comme le paludisme qui tuent beaucoup plus que le sida. Il faudrait aussi songer à résoudre cette équation.

« Le Pays »

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