LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU BURKINA : Dr Ra-Sablaga pour la délocalisation de certains camps militaires

LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU BURKINA : Dr Ra-Sablaga pour la délocalisation de certains camps militaires

Débutées le 1er mai dernier, les activités entrant dans le cadre de la commémoration de la Journée mondiale de la liberté de la presse ont connu leur épilogue le 3 mai dernier, avec la cérémonie commémorative qui a été suivie d’un panel animé par d’éminentes personnalités du monde des médias, de la sécurité et de l’économie. C’était dans la salle de conférences de la Direction générale de la coopération (DGCOOP) à Ouagadougou, en présence de hautes personnalités dont le Haut représentant du chef de l’Etat, le directeur de cabinet et la secrétaire générale du ministère de la Communication et des relations avec le parlement, de responsables d’organisations professionnelles des médias et de l’ancienne présidente du Conseil supérieur de la communication.

 

Comme chaque 3 mai, la presse burkinabè a marqué une halte hier, 3 mai 2017, pour évaluer et magnifier la liberté de la presse. Pour mieux réussir cet exercice, un panel a été animé sur le thème national de la 25e Journée mondiale de la liberté de la presse à savoir : « Défis sécuritaires au Burkina Faso : Rôle et responsabilité des médias ».  Dès l’entame de sa communication, Dr Seydou Ouédraogo dit Ra-Sablaga, économiste-chercheur et coordonnateur de l’institut Free Afrik, a qualifié la situation qu’a vécue le Burkina, notamment l’attaque terroriste contre le camp de Nassoumbou et la timide réaction des Forces de défense et de sécurité (FDS) mais aussi des populations, d’inédite. Pour lui, le Burkina est entré dans une nouvelle ère, avec les attaques terroristes du 15 janvier 2016.  Et de dresser un constat alarmant en affirmant qu’au même moment, on assiste à une désorganisation de nos FDS, une crise de commandement même si elle est factuelle, une montée  en puissance des Koglwéogo qui exercent des violences inouïes contre des citoyens. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? C’est parce qu’il y a un affaissement de l’Etat, a confié Dr Ra-Sablaga selon qui l’implantation géographique des FDS est inappropriée. Les FDS sont là où on a le moins besoin d’elles, a-t-il dit avant de demander la délocalisation de certains camps militaires, notamment dans le Nord, en l’occurrence le camp Lamizana. Selon Dr Ouédraogo, les trafics de tout genre dans le Sahel, rapportent chaque année aux trafiquants 700 millions de dollars. Si les terroristes y font la pluie et le beau temps, c’est parce que l’Etat n’a pas œuvré véritablement au développement de cette région où on a 1 médecin spécialiste pour 400 000 habitants tandis qu’au centre, ce ratio est de 1 médecin pour 10 000 habitants. A son avis, le terrorisme prospère parce qu’il y a des idéologues qui endoctrinent des esprits faibles, des désœuvrés, etc. C’est aussi parce qu’il y a des acteurs comme les mercenaires. Selon Dr Ouédraogo, avec l’émergence actuelle du terrorisme, on a le sentiment d’assister à un marché de violences. Et les motivations sont d’ordre divers. Certains s’y engagent à cause de l’argent, parce que le terrorisme rapporte beaucoup. D’autres, par conviction. Entre autres solutions proposées par Seydou Ouédraogo pour faire face au terrorisme, la refondation  de l’armée et ses missions, la lutte contre la corruption de certaines élites militaires, la résolution des inégalités sécuritaire et de développement, l’assèchement des finances des terroristes, le renforcement des capacités d’analyse des Hommes de médias et le développement du sens critique d’analyse des intellectuels.  De son point de vue, il faut une gouvernance civilo-militaire pour mieux faire face au terrorisme.  Il a révélé que le budget de l’armée souffre de contrôle, ce qui, à ses yeux, ne participe pas à sa saine gestion.  Intervenant  à son tour, le capitaine Guy Hervé Yé, chargé de communication de la gendarmerie, a relativisé certains propos du Dr Ra-Sablaga. Selon lui, contrairement à ce que d’aucuns pensent, le Burkina connaît un faible taux de criminalité. Et cela est dû au travail quotidien qu’abattent les FDS. Il y a un travail qui est fait et qui permet à la femme, au plus profond des contrées du Burkina, d’enfourcher son vélo pour aller chercher de l’eau le matin et revenir chez elle à n’importe quelle heure sans être inquiétée, a-t-il dit. Pour le capitaine Yé, les FDS ne sont pas désorganisées comme on veut le faire croire. Des efforts sont faits par l’ensemble des FDS. La gendarmerie, à elle seule, a fait 30 000 heures de patrouilles en parcourant 300 000 km, a-t-il dit. Selon le capitaine Yé, les Burkinabè ont un sentiment imaginaire d’insécurité. Concernant la délocalisation de certains camps dont le camp Lamizana, il a révélé que ce camp ne dispose pas de troupes combattantes mais d’autres services comme le génie, l’infirmerie, la MACA, etc. Et de souligner que la menace terroriste ne concerne pas seulement le Nord. Du reste, l’objectif des terroristes, a-t-il fait comprendre, n’est pas d’attaquer les postes avancés des FDS mais de frapper la capitale. D’où l’intérêt de ne pas la vider des FDS. Il a confié que le fait que le Burkina soit un pays carrefour favorise la circulation d’armes et par conséquent, rend les rues moins sécurisées. Le capitaine a d’ailleurs fait savoir que les FDS, à elles seules, ne peuvent pas venir à bout du terrorisme. Les populations doivent aussi jouer leur partition. Il s’est d’ailleurs dit surpris de constater qu’après les attaques que le pays a subies, les populations n’aient pas pris conscience de la nécessité de changer leurs habitudes.  « Avez-vous donné des consignes à vos enfants après les avoir déposées à l’école ? « En venant dans cette salle ce matin, avez-vous regardé différemment le paysage », a-t-il lancé à l’assistance ? Il a interpellé chacun sur la nécessité de développer de nouveaux réflexes pour mieux assurer sa propre sécurité. Abordant le volet collaboration entre FDS et Hommes de médias, il a  confié que les FDS sont conscientes du rôle des journalistes, celui d’informer le public.

 

Ne pas prendre de risques inconsidérés

 

Il a d’ailleurs traduit l’engagement des FDS à travailler à ce que le Burkina qui occupe le 1er rang en Afrique francophone en matière de liberté de la presse, puisse enregistrer encore des progrès. Mais, a-t-il prévenu, le journaliste, sachant que la situation a évolué, ne doit pas prendre de risques inconsidérés. Il ne doit pas non plus compromettre les actions des FDS ni mettre ces dernières en danger. Il a conseillé aux journalistes de toujours se renseigner avant de se rendre en certains endroits et leur a déconseillé de se rendre dans des zones très sensibles sans être accompagnés. Il les a aussi rassurés de la disponibilité des FDS à les accompagner dans leurs missions s’ils le désirent, pour mieux assurer leur sécurité. L’objectif étant de parvenir à une coproduction de la sécurité, le capitaine Yé s’est dit favorable à l’élaboration d’un livre blanc qui permettrait aux FDS et aux Hommes de médias de pouvoir travailler en bonne intelligence au profit des populations.  Quant au Directeur de publication du journal l’Evénement, Bitiou Germain Nama, sa communication a porté sur le rôle du journaliste face aux défis sécuritaires. Pour ce dernier, le rôle du journaliste en temps de paix comme en temps de crise est le même : celui d’informer le public. Le terrorisme, a-t-il dit, met à rude épreuve l’indépendance du journaliste à informer convenablement le public. Il a souligné la nécessité pour le journaliste de connaître le sujet dont il parle. En temps de crise, le journaliste doit, a-t-il dit, rester collé aux principes qui régissent sa profession. A  son avis, le terme responsabilité sociale du journaliste que certains avancent souvent en temps de crise, est une manière de faire taire les journalistes.  Le journaliste n’est pas un auxiliaire de l’Etat. Par conséquent, il ne doit pas se laisser intimider par l’honneur et se taire.  Car, comme il est dit, la fonction naturelle du journaliste, c’est d’être au service du peuple et non du pouvoir.  Pour M. Nama, les relations entre FDS et Hommes de médias doivent être balisées. Le panel qui avait pour modérateur le professeur Théophile Balima, a été précédé de la cérémonie d’ouverture.

Dans son allocution, le Directeur de publication du Journal « le Reporter », Boureima Ouédraogo, s’est, au nom du comité de pilotage du Centre national de presse Norbert Zongo (CNP/NZ), réjoui de la célébration de la journée qui est dédiée aux Hommes de médias.  Il n’a pas passé sous silence le dernier classement de Reporters sans frontières qui place le Burkina au 1er rang en Afrique francophone et au 42e rang au plan mondial,  en matière de liberté de la presse.  Il a estimé que le pays n’a pas progressé car, il occupait déjà, l’année dernière,  le même rang. A son avis, l’on pourrait même parler de petite baisse, eu égard à la suspension du journal L’Evénement en février 2016, suite à une décision du Conseil supérieur de la communication (CSC) pour publication d’informations relevant du secret militaire. Qu’à cela ne tienne, pour M. Ouédraogo, le positionnement actuel du Burkina exige de la presse des efforts soutenus, pour  plus de progression sur la liste des meilleurs. Boureima Ouédraogo n’a pas manqué de relever l’environnement économique précaire dans lequel évoluent actuellement les médias burkinabè, avec son corollaire de suspension d’activités de certains organes. Une situation due, entre autres, a-t-il dit, à la dette intérieure, notamment les impayées de l’Etat et la faiblesse de l’assiette publicitaire. Il a surtout déploré cet état de fait car, a-t-il soutenu, quand des médias ferment, ce  sont des espaces de liberté qui se restreignent. Pour M. Ouédraogo, le thème retenu par l’UNESCO pour commémorer la 25e Journée mondiale de la liberté de la presse: « Des esprits critiques pour des temps critiques : Le rôle des médias dans la promotion des sociétés pacifiques, justes et inclusives », répond à une préoccupation mondiale. Quant au thème national, « Défis sécuritaires au Burkina Faso : Rôle et responsabilité des médias », il pose la problématique de la protection du journaliste. Mais aussi la responsabilité de celui-ci sur les questions sécuritaires, sa contribution dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. C’est pourquoi le CNP /NZ pense qu’il  est important d’ouvrir une réflexion sur ces questions de sécurité en lien avec les médias, afin de créer des conditions de collaboration entre tous les acteurs, notamment entre FDS, Hommes de médias et populations, a indiqué le DP de Le Reporter. Pour lui, l’amélioration de la collaboration entre les FDS, les Hommes de médias et les autorités en charge de la sécurité pourrait contribuer à une mobilisation citoyenne contre le terrorisme, mais aussi à un sursaut national pour résister à la menace terroriste.  De son point de vue, la réflexion est d’autant plus importante qu’on doit faire face aux réseaux sociaux qui ne connaissent pas forcément de limites d’éthique et de déontologie. Pour sa part, la secrétaire générale du ministère de la Communication et des relations avec le parlement, Hortense Zida, représentant son ministre, a marqué la solidarité de son département avec les Hommes de médias. Elle a aussi loué le rang qu’occupe le Burkina en matière de liberté de presse dans le dernier classement de Reporters sans frontières. Pour elle, ce positionnement permet de croire que la presse burkinabè brille de mille feux et  il faut travailler  à maintenir le cap. Elle a rassuré que le gouvernement œuvre et œuvrera au renforcement du cadre règlementaire des médias et au renforcement des capacités économiques et organisationnelles des entreprises de presse.

Au cours de la cérémonie, le prix Norbert Zongo du journalisme d’investigation et celui de la meilleure journaliste burkinabè 2017 ont été lancés.  La date limite de réception des candidatures est fixée respectivement au 30 août et au 30 septembre 2017.

 

Dabadi ZOUMBARA

 

 

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