LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU BURKINA FASO : « Toutes nos luttes et nos revendications doivent intégrer le nouveau contexte », selon Jonas Hien

LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU BURKINA FASO : « Toutes nos luttes et nos revendications doivent intégrer le nouveau contexte », selon Jonas Hien

Partant de la récente attaque terroriste dont Ouagadougou à été victime, l’auteur du point de vue ci-dessous interpelle tous les Burkinabè. Pour lui, toutes nos luttes et nos revendications doivent intégrer le nouveau contexte. C’est le seul moyen, dit-il, de vaincre l’ennemi. Lisez plutôt !

La force du mal a encore frappé le Burkina Faso. C’était le 13 août 2017 à Ouagadougou, sur l’avenue Kwame N’Krumah. Un restaurant dénommé ‘‘Aziz Istanbul’’ a été attaqué par des terroristes. Dix-huit (18) personnes ont été tuées dont neuf (9) Burkinabè et de nombreux blessés. Les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Burkina Faso ont été promptes et ont pu circonscrire les dégâts. Deux (2) terroristes ont été tués. L’intervention des FDS a convaincu par leur professionnalisme. Les formations qu’elles ont reçues sur la lutte contre le terrorisme ont produit de bons résultats. Le peuple burkinabè peut encore et toujours faire confiance à son armée, pour peu que le gouvernement continue à renforcer ses capacités opérationnelles. Il convient donc de féliciter nos Forces de défense et de sécurité et leur traduire toute notre reconnaissance.
Le gouvernement a marqué des points par une bonne gestion de ce douloureux événement. Sa mobilisation était à la hauteur de la cause nationale. La communication gouvernementale a été bien maîtrisée. Il a su trouver des mots et des formules pour informer et communiquer. C’est dire que les critiques faites par des citoyens en d’autres circonstances sur la communication du gouvernement, ont été prises en compte. Il convient également de féliciter le gouvernement pour la hauteur de la responsabilité face à la menace sur le pays, sur tous les plans.
La Gendarmerie nationale et la Police nationale ont joué un rôle excellent par l’information et la communication à travers leurs pages facebook, et pour appeler à la retenue sur la publication d’informations sur les réseaux sociaux dont on n’a pas d’éléments de vérification. Cette forme d’information et de communication en pareilles circonstances, est à encourager et à renforcer. La Gendarmerie et la Police ont donc vraiment fait œuvre utile par l’information et la communication, en même temps qu’elles étaient au front.
La presse a montré aussi qu’elle avance en qualité. L’information et la communication en direction de l’opinion publique ont été impeccables. La presse est restée sur la même trajectoire que le gouvernement, si bien que les informations des médias étaient pour la plupart basées sur celles communiquées officiellement par le gouvernement. Les informations collectées directement sur le terrain ont été traitées avec professionnalisme, diffusées et publiées avec responsabilité. Un animateur d’une radio FM a dit en substance que «le Conseil supérieur de la communication nous a formés sur le traitement de l’information en pareilles circonstances et nous devons les appliquer», en réponse à un auditeur qui voulait parler dans tous les sens. Il est donc bon de féliciter également la presse dans toutes ses composantes, pour le professionnalisme avec lequel elle a couvert l’événement douloureux.
Les forces politiques et les organisations de la société civile, dans toutes leurs obédiences, ont parlé d’une même voix. L’indignation est venue de partout, avec un sens de l’unité nationale face à l’adversité. On n’a pas fait de différence entre propos de MPP, CDP, UPC, ADF/RDA, etc. On n’a pas senti non plus des « Borri banan » et des « Borri non banan » (ou « borri maban »). Personne n’est resté dans une polémique inutile. Toutes et tous ont resserré les rangs pour la cause du pays. Une fois encore, les Burkinabè ont montré qu’ils sont capables de se défaire de leurs divergences au profit du «le Faso d’abord». C’est le seul bien qui nous restera, quand on aura tout perdu et pour lequel nous devons tous nous mobiliser.
Alors, cette considération doit nous guider tous les jours, en tout temps et en tout lieu. Il ne faut pas attendre les moments très critiques pour traduire notre unité, notre cohésion. L’avenir d’un pays se trouve dans l’unité et la cohésion de ses filles et de ses fils. Certes, les petits détails de querelles ne peuvent pas manquer. Mais ces bagarres ne doivent pas être de nature à compromettre l’avenir de notre pays. Or, depuis un certain temps, nous avons montré aux yeux du monde entier que nous ne sommes pas un peuple uni. Chaque jour arrive avec son lot de débrayages. Il y a ceux qui se fâchent, ceux qui s’énervent et ceux qui sont porteurs d’ultimatums au gouvernement.

A cela, il faut ajouter l’incivisme qui est devenu la règle de comportement. Chacun exige un changement, mais refuse lui-même de changer. Le slogan de « guerre » est tout trouvé: «si l’on a chassé Blaise, qui on ne peut pas chasser!». On a donné l’image d’un chasseur qui, revenu de la brousse avec un gibier, se pavane chaque jour dans le village, son fusil de chasse au dos, pour montrer qu’il n’est pas n’importe qui. Quand il va en brousse, il ramène du gibier. Il n’attend pas d’être apprécié des autres.
Et ce n’est pas tout. J’ai sursauté. J’ai voulu attrapé ma bouche, je l’ai ratée pour tomber sur le menton en lisant un communiqué du Syndicat des policiers (UNAPOL), qui informait le monde entier qu’au Burkina Faso, ça ne va pas au niveau de la sécurité présidentielle. C’était trop gros, même dans un contexte de luttes et de revendications. Ainsi, on a versé sur la place publique et aux yeux du monde entier, qu’il y a des failles au niveau de la sécurité du Président de la République au Burkina Faso. J’étais triste en lisant ce communiqué, surtout qu’il venait de policiers qui sont censés savoir la sensibilité des questions sécuritaires, et encore plus sensibles quand elles touchent l’institution présidence. Certes, «plus rien n’est comme avant », mais avouons que ça a été très surprenant, car de telles situations peuvent se régler aux sommets des états-majors des forces de sécurité, loin des oreilles des populations.
Nos comportements individuels et collectifs ont fini alors par convaincre l’ennemi que le terrain est encore propice pour revenir et frapper mortellement. Et il a encore réussi. Il a su en profiter. Il était aux aguets et attendait que des situations lui facilitent la tâche. Nous en sommes sortis tous perdants. Il en sera toujours ainsi, dès lors que l’ennemi saura que vous n’êtes pas unis dans votre famille. Nous devons alors nous convaincre que les contextes ont changé. Toutes nos luttes et nos revendications doivent intégrer le nouveau contexte.
Avec cette énième attaque terroriste, nous devons donc nous ressaisir en manifestant nos mécontentements, mais avec un esprit nouveau. De même, l’attaque que nous venons de subir interpelle en premier lieu le gouvernement à prendre des mesures pour renforcer davantage les renseignements. Les fusils en bandoulière sur les routes, c’est bien. Ça peut dissuader, mais ne peuvent point nous épargner de nouvelles attaques. Visiblement, le Burkina Faso est devenu une cible sérieuse. Selon certaines indiscrétions, «ce n’est pas encore fini. Ça va se poursuivre jusqu’à ce que ce régime laisse le pouvoir et fuir avant 2020». Il ne faut donc rien négliger, ni minimiser les informations. Nous avons beaucoup d’ennemis à l’extérieur, avec des complices à l’intérieur. Le Président Roch Marc Christian Kaboré doit investir davantage dans les renseignements. Cet argent, il faut le trouver, et nous devons tous lui faciliter la tâche.
Une telle œuvre suppose également qu’il y a une confiance totale entre les corps habillés et les populations civiles, aussi bien dans les centres urbains qu’en milieu rural. Le domaine des renseignements est sensible et risqué. On ne donne pas des renseignements à n’importe qui. Or, il continue d’exister au Burkina Faso, des comportements post- coloniaux. Il existe encore dans nos villages, des lois qui n’existent pas à Ouagadougou. Des individus issus de corps de gendarmerie et de police continuent à salir ces deux corps par des comportements qui éloignent l’intégration populations-forces de sécurité. Des affaires civiles sont transformées en affaires pénales, juste pour intimider des populations qu’on sait analphabètes et on devient des agents de recouvrement, au mépris des lois. Une population traumatisée du fait d’abus d’autorité, ne peut fournir des renseignements.
Le cas récent à Fada N’Gourma, relaté par le journal Le Courrier confidentiel dans sa parution N° 137 du 10 août 2017 sur la police judiciaire, illustre bien la nécessité et l’urgence de régler les affaires dans le respect des droits humains et de la loi, pour plus de cohésion et de confiance entre les forces de sécurité et les populations. Les rackets sur les routes qui sont aussi connus de tous et qui n’ont rien à voir avec la lutte contre le terrorisme, ne favorisent pas non plus la disposition des populations à participer aux renseignements. L’Autorité gagnerait donc à créer les conditions pour une véritable intégration populations-forces de sécurité, afin de multiplier les chances de succès dans la lutte contre le terroriste par des actions d’anticipation sur les attaques.
Le terroriste est bien organisé. Il sait infiltrer. Il prend son temps. Il étudie les terrains. Il est en mesure de vous dire le nombre d’hommes de sécurité sur tel ou tel axe routier tel ou tel jour. Il a lui aussi ses agents de renseignement. Il ne se fera donc pas attraper facilement sur un axe routier. Il sait à quel moment et comment rentrer sur le territoire sans se faire prendre.
Faisons la même chose. Ça coûte de l’argent. Mais la vie d’un peuple n’a pas de prix. Il suffit de réunir une seule condition: l’unité nationale, la cohésion sociale.

Jonas HIEN

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