MAHAMADI KOUANDA, ANCIEN DEPUTE CDP A PROPOS DE LA PRESIDENTIELLE DE 2020 : « Le président du parti peut ne pas être le candidat du parti»

MAHAMADI KOUANDA, ANCIEN DEPUTE CDP A PROPOS DE LA PRESIDENTIELLE DE 2020  : « Le président du parti peut ne pas être le candidat du parti»

Mahamadi Kouanda,  militant de la première heure du CDP,  ancien député à l’Assemblée nationale, n’est pas un inconnu du milieu politique et sportif burkinabè. Membre fondateur du CDP, selon ses mots, nous l’avons rencontré le 26 février 2018 en son bureau à Ouagadougou, où nous lui avons posé, entre autres, des  questions relatives à la vie du CDP que dirige Eddie Komboïgo. Dans les lignes qui suivent, nous vous proposons la substance des échanges que nous avons eus avec lui.

 

« Le Pays » : La crise de leadership est-elle désormais finie avec la réhabilitation de Eddie Komboïgo à la tête du CDP ?

 

Mahamadi Kouanda : Il n’y avait pas de crise au CDP. Il y a ceux qui avaient intérêt à ce qu’il y ait crise au sein du CDP. Il y a eu manque de patience et manque de culture politique. Il y a des gens qui passent le temps à mentir et à opposer les gens pour avoir de l’argent. Comme nous, membres fondateurs du parti et doyens, avons compris cela, nous avons dit que nous n’allions pas nous mêler de ce débat d’impatience de « petite bourgeoise » de politiciens en perte de vitesse. Ce sont des gens qui se mettent à un niveau où ils ne sont pas arrivés et ils parlent au hasard.  C’est trop facile de dire qu’Achille Tapsoba n’avait pas envie de céder sa place de président par intérim. Un homme conscient ne peut pas dire cela. Je crois qu’il faut être responsable.

Quel est, selon vous, le profil du prochain président qui sortira du congrès du parti ?

 

Je l’ai déjà dit. Pour présider le CDP, il faut être très honnête, engagé, avec un minimum de 10 à 15 ans en politique, être conciliant, respecté, être un modèle dans sa propre famille et aimer le Burkina comme sa famille. Il faut aussi que ce soit quelqu’un qui, en cas de crise majeure, sache donner des orientations et qui ait une grande capacité d’analyse, qui soit pondéré et capable de prendre des décisions quand il le faut, qui ait les moyens financiers et/ou des réseaux capables de financement et qui ait un âge compris entre 45 et 60 ans. Il ne faut pas que ce soit quelqu’un qui rase les murs quand il faut parler.

 

 

« Tous ceux qui connaissent Blaise Compaoré savent qu’il parle très peu. Il n’a pas changé sur le plan du comportement et de la morale »

 

Quel rôle joue le fondateur du parti, Blaise Compaoré, dans la perspective du congrès à venir ?

 

Tous ceux qui connaissent Blaise Compaoré savent qu’il parle très peu. Il n’a pas changé sur le plan du comportement et de la morale. Il parle peu et oriente beaucoup. Dans la lettre qu’il a envoyée au BPN, il dit par exemple : « Je vous invite à ne jamais sortir hors du cadre républicain. Je vous invite à rester soudés dans l’unité pour approfondir la démocratie. Une démocratie moins bonne est encore mieux que tout…on ne peut rien gagner de sérieux dans la bagarre et le dénigrement ». Un homme qui

n’est plus au pouvoir et qui parle comme ça, est un homme d’Etat qu’il faut respecter. Pour  nous, Blaise Compaoré est au départ et à l’arrivée du CDP. Je l’ai dit plusieurs fois, le parti, avant l’insurrection populaire, était le champ de Blaise. Maintenant, c’est notre champ à nous tous. Blaise Compaoré est le fondateur du champ qui reste, nous donne des conseils et nous demande de ne pas poser d’actes anti-démocratiques. Mon souhait est que le Congrès le reconnaisse et le propose comme président d’honneur à vie du CDP. Il mérite ce chapeau-là !

A-t-il, selon vous, un penchant pour un candidat donné pour la présidence du parti, et éventuellement pour les élections de 2020 ?

 

Non. Je pense qu’il faut dissocier le parti du futur candidat CDP en 2020. Le président du parti peut ne pas être le candidat du parti à l’élection. Ce sont les critères qui déterminent le profil du candidat.

 

Vous vous plaigniez,  dans une de vos précédentes interventions aux Editions « Le Pays », de mesures de rétorsion à votre encontre au sujet de vos biens immobiliers. Liez-vous cela à la chute du CDP ?

 

Oui, à 100% ! Le bureau de l’immeuble dans lequel on fait l’interview ne me procure pas grand-chose. L’immeuble m’appartient, mais je ne l’ai pas conçu pour en faire mon bureau. Je l’avais conçu avec un autre plan, avec l’espoir d’avoir des logements et des magasins au 4è étage avec ascenseur à côté de l’aéroport. Mon bâtiment avait été sollicité pour la police judiciaire, et j’ai les documents. J’ai la lettre signée de Simon Compaoré, ministre de la Sécurité d’alors, exprimant le besoin d’occuper le bâtiment. Mais, jusqu’à l’heure où je vous parle, le bâtiment n’est pas occupé par le ministère. Avant de quitter le ministère de la Sécurité, le ministre d’Etat, Simon Compaoré, s’est montré gentleman pour trouver une solution à la question de mon bâtiment. J’attends donc. Mais, c’est un peu dur.

« J’ai connu le colonel Sita Sangaré alors qu’il était commandant, dans le bureau du Colonel Yacouba  Ouédraogo, l’ancien ministre des Sports »

 

 

Ce n’était apparemment pas le parfait amour  entre vous et le ministre des Sports et des loisirs sortant ? Comment avez-vous accueilli son départ ?

 

Pour être honnête, j’ai accueilli son départ avec joie. Il y va de l’intérêt de mon pays. Je n’ai rien contre l’individu, Taïrou Bangré. Mais vous voyez que tous les clubs burkinabè ont été éliminés dans les compétitions africaines de clubs. Plus le ministre durait (à son poste), plus le sport mourait. Je profite de votre journal pour dire aussi au président Sangaré de la FBF, de s’inspirer des erreurs de l’ancien ministre des Sports pour changer. Le sport est trop fermé aujourd’hui, c’est comme une affaire familiale. Nous qui avons passé notre vie dans le football, on est écarté, humilié et combattu. Si le président Sangaré a été élu à la CAF, il le doit à ceux qui étaient présidents de clubs, ramasseurs de balles, ceux qui étaient à la Ligue, ceux qui ont joué, ceux qui ont organisé la CAN 98, ceux

qui sont allés à la CAN 2013.  C’est pour tout cela qu’il est aujourd’hui membre du Comité exécutif de la CAF. Par exemple, en fin d’année, à la nuit des sportifs où il y a remise des prix, Sangaré se choisit des gens qu’il a invités

et les gens comme nous, avons été écartés et combattus. Pourtant, s’il y a quelqu’un qui a œuvré pour que ce monsieur  et moi puissions nous retrouver après l’insurrection et soutenir sa candidature, c’est Topan Sanné. J’ai connu le colonel Sita Sangaré alors qu’il était commandant, dans le bureau du Colonel Yacouba  Ouédraogo, l’ancien ministre des Sports. Il a de l’énergie, il est jeune, il peut encore faire beaucoup pour le football, mais le conseil que je lui donne, à travers vos colonnes, c’est qu’il comprenne que le football ne peut pas être  son champ personnel, avec tous ceux qui lui disent « oui, mon colonel, oui mon colonel » ! Il faut aussi que ceux qui lui disent « non », trouvent leur place.

 

 Il semble que depuis la chute de Blaise Compaoré, vous avez fréquemment eu des soucis avec les ministres des Sports et des loisirs. Est-ce la personne de Mahamadi Kouanda qui pose problème ou bien ce sont les ministres ?

 

Je ne crois pas qu’il y ait eu des problèmes depuis le ministre des Sports, Colonel David Kabré, sous la Transition. J’ai appris qu’il disait que les gens du CDP n’iraient pas à la CAN 2015. J’ai dit que ce sont des gens qui ont profité du pouvoir de Blaise, et si aujourd’hui (en son temps) il ne veut pas que les gens du CDP aillent à la CAN, c’est son problème. Sinon, je n’ai pas eu de

problème particulier avec le ministre David Kabré. Et je

vous dis que je suis allé à la CAN Gabon 2017,  à  mes propres frais. En fait, il y a des principes, et c’est parce qu’on a écarté mon groupe. J’ai connu Taïrou Bangré comme joueur. Quand il a été nommé, je lui ai apporté mes écharpes dont l’unité fait 25 000 CFA. Dans le temps, je les vendais à Blaise Compaoré, au président de l’Assemblée nationale, au Premier ministre, à mon prix. J’ai donné 4 écharpes au ministre Bangré dont 2 pour le Premier ministre de ma part et 2 pour lui-même et sa femme.  Et je lui ai dit ceci : « Si vous êtes coincé financièrement, je peux prendre à mon compte cinq animateurs supporters, mais il faut réparer ce que Kabré a fait ». Il a dit qu’il allait travailler avec tous les présidents d’honneur pour qu’on puisse jouer et gagner pour faire honneur au peuple. Il m’a dit qu’il n’était pas politique et ne se mêlait pas des questions politiques. Mais j’étais étonné de le voir au congrès du MPP. J’ai appris qu’il a fait fabriquer des écharpes qu’il faisait vendre entre son cabinet et le président Ablassé Yaméogo de l’Union nationale des supporters des Etalons. Et je me suis plaint auprès du directeur de cabinet du président du Faso, Seydou Zagré,  à cet effet, parce que cette affaire d’écharpes autour du cabinet du ministre, était anormale. Pour les écharpes que j’ai données, il m’a dit que le président Roch avait payé pour 2 000 000 de F CFA. J’ai dit que si j’avais su, je n’aurais pas donné  mes écharpes. Quand Roch était Premier ministre, il payait les maillots de 20 millions de F CFA pour le RCK et l’EFO. Pourquoi paye-t-il mes écharpes pour 2 000 000 de F CFA ? J’étais obligé d’accepter ce mot du ministre, comme j’étais dans son bureau. Mais après, j’ai appris que le président a payé mes écharpes pour 10 000 000 de F CFA. On l’a enlevé, moi je suis à ma place et j’aime mon pays, j’aime le football, j’aime les Etalons.  Je n’ai rien contre lui, mais son passage a été sombre pour le football burkinabè.

Propos recueillis par Lonsani SANOGO

 

 

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