MAMADOU KABRE, PRESIDENT DU PRIT-LANNAYA, A PROPOS DU NON PAIEMENT PAR L’ETAT DES CREANCES DE LA PRESSE : « Soit c’est la mauvaise foi, soit ce sont des détournements

MAMADOU KABRE, PRESIDENT DU PRIT-LANNAYA, A PROPOS DU NON PAIEMENT PAR L’ETAT DES CREANCES DE LA PRESSE : « Soit c’est la mauvaise foi, soit ce sont des détournements

En dépit de son échec aux élections passées, il n’entend pas abandonner l’arène politique. PRIT-Lannaya (Parti républicain pour l’indépendance totale) est certes en période sabbatique, mais il ambitionne de renforcer ses bases avec de nouvelles adhésions. C’est, du moins, ce qu’affirme son président, El Hadj Mamadou Kabré, avec qui nous avons échangé le 15 mai dernier. Outre la vie de son parti, ce journaliste de formation dont le parti se réclame de l’opposition, a aussi abordé d’autres sujets d’actualité, notamment le procès de Blaise Compaoré et son dernier gouvernement dont il estime que les multiples reports ne visent rien d’autre qu’à enterrer ce dossier dont l’aboutissement pourrait éclabousser des dignitaires du régime actuel.  C’est avec la dernière énergie que Mamadou Kabré condamne le non-paiement par l’Etat des créances de  la presse publique et privée ; une volonté, selon lui, de tuer la démocratie en muselant la presse. Lisez plutôt.

 

« Le Pays » : Que devient Mamadou Kabré et comment se porte le PRIT-Lannaya?

 

Mamadou Kabré : Actuellement, nous sommes dans une période que je qualifierai de sabbatique.  En tout cas, nous observons une pose après les élections qui n’ont vu aucun succès du PRIT-Lannaya. Mais, nous participons aux activités du Chef de file de l’opposition politique (CFOP), à celles de la vie nationale, des sankaristes, etc.

 

Quels sont les futurs combats que vous comptez mener?

 

Les futurs combats que nous comptons mener ne sont pas de combats de grande envergure. Ce sont plutôt des combats qui ont trait à la préparation du terrain pour les prochaines élections, à la formation des militants et au renforcement des membres avec de nouveaux adhérents. Et pour cela, nous mettons l’accent sur nos vues. Aujourd’hui, nous avons des positions qui sont justes, mais qui n’ont pas été prises en compte.

 

Lesquelles ?

 

Il y a par exemple, la question de la journée continue pour laquelle nous estimons qu’il n’est pas utile d’avoir une administration qui travaille à ce rythme-là et qui est moins à la disposition des usagers parce que le temps est très court. Nous, nous avons préféré une journée à deux cohortes  où chacun travaille pendant 6 heures tout en laissant l’administration ouverte de 7 h à 18 h avec les deux cohortes.  Ce qui permet d’assurer la continuité du service sans porter préjudice à l’Etat ni aux usagers. Il y a aussi d’autres questions comme celle de la sécurité routière, pour laquelle nous estimons qu’il faille trouver d’autres moyens pour réglementer la circulation et non maintenir des policiers en armes au niveau des différents carrefours. Ce sont autant d’idées que nous proposons pour amener les gens à adhérer à PRIT-Lannaya.

 

Cela fait des années que l’Etat traîne des factures impayées de la presse privée comme publique. Qu’est-ce que cela vous inspire comme commentaire ?

 

Je pense que la faute incombe aux ministres et aux DAF. Ce sont eux qui ont pris des engagements avec les organes de presse mais ils ne s’exécutent pas alors qu’ils ont de l’argent pour cela. Même si on achète 20 journaux par jour, la somme n’excédera pas 900 000 F CFA par an. Et si on me dit qu’un ministère ou une institution ne peut pas payer cette somme-là, c’est que soit c’est de la mauvaise foi, soit ce sont des détournements. Moi, je condamne avec vigueur le fait que des organes de presse ne soient pas payés alors qu’on recourt à ces outils chaque jour pour se mettre au parfum de la situation nationale et internationale. Et pendant ce temps, d’autres citoyens ont pu bénéficier du paiement de leurs services à coups de millions de F CFA alors que pour la presse, le montant annuel de certains organes ne dépasse pas 1 000 000 ou 2 000 000 de F CFA. Peut-être que ces créances sont faites à dessein pour tuer la démocratie en muselant la presse. C’est pour cela que nous condamnons avec la dernière énergie cette situation-là. Nous pensons qu’il faut même revoir à la hausse la subvention accordée à la presse afin qu’elle puisse supporter certaines charges et partant, pouvoir travailler correctement.

 

Quel commentaire faites-vous de la gestion du pouvoir actuel ?

 

On constate que tout le monde est désabusé face à la gestion du pouvoir actuel. Le conflit qui a prévalu au sein du Congrès pour la démocratie le progrès (CDP) et qui a conduit à la création du MPP, demeure toujours. On constate également que la communauté internationale n’est pas sereine à investir aisément au Burkina.  Quand on parle du Plan national de développement économique et social (PNDES), ce sont de longues procédures dont certaines mêmes ne peuvent aboutir sous le mandat de Roch Marc Christian Kaboré. Actuellement, on ne sait plus à quel saint se vouer.  Ce sont encore des années de perdues et on ne sait pas à quand le bout du tunnel. C’est vrai que c’est du Roch, ça prend difficilement, mais on devrait quand même avoir décollé.

 

Justement, selon vous, qu’est-ce qu’il faut pour décoller?

 

Pour décoller, il faut d’abord que le président lui-même s’assume et qu’il soit le numéro 1 à la tête de l’Etat. Deuxièmement, il faut qu’il accepte qu’on remette les pendules à l’heure après avoir soldé le passif des crimes économiques et crimes de sang. Même si ses camarades devraient passer à la trappe, il faudrait le faire. Sinon, on ne pourra jamais rien faire. S’il y a des gens qui narguent leurs camardes après avoir détourné des milliards de F CFA, ou après avoir mal géré des fonds publics, s’il y a des gens dont les larmes n’ont pas encore séché suite à des crimes de sang, il sera difficile de pouvoir se réconcilier, de pouvoir se pardonner et trouver le droit chemin pour aller de l’avant.

 

Ouvert le 27 avril dernier, le procès de Blaise Compaoré et son dernier gouvernement a été reporté plusieurs fois. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

 

J’ai l’impression qu’on n’a pas eu suffisamment de temps pour préparer ce procès. On a le sentiment que cela est fait pour enterrer le dossier. Sinon, depuis la Transition, on a parlé de cette affaire, de qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants. Deux à trois ans après, si avec  la présence de tous ces juges avertis en la matière, on n’est pas en mesure de juger ce dossier-là de façon conséquente, c’est que c’est une manière d’enterrer ce dossier et par ricochet, les autres dossiers liés à la gestion de Blaise Compaoré. Cela est d’autant plus vrai qu’il pourrait y avoir des répercussions, étant donné que certains acteurs de l’ancien régime sont aux premiers postes dans la gouvernance de Roch Marc Christian Kaboré.

 

A qui pensez-vous ?

 

Ils sont nombreux, presqu’eux tous. Si on avait le courage de dire les choses crûment comme Thomas Sankara, on serait obligé d’aller à de nouvelles élections, parce que 95% des membres de la classe dirigeante actuelle, étaient impliqués dans des affaires sombres sous le régime Compaoré.

 

Que pensez-vous de la récente démission de 4 partis politiques du CFOP ?

 

Ils sont libres de démissionner, mais je pense qu’en politique, les gens doivent avoir des principes. Moi, je suis militant du PRIT-Lannaya qui a soutenu la candidature de Zéphirin Diabré, et nous sommes restés dans l’opposition, parce que nous nous sommes dit que pour l’avoir soutenu, c’est pour 5 ans, qu’il perde ou qu’il gagne.

 

« Pour des questions économiques, des gens démissionnent sans principes »

 

Mais pour des questions économiques, des gens démissionnent sans principes. Or, quand on fait la politique sans principes, ce n’est pas bon.  Vous ne pouvez pas arguer du fait que des gens se préparent pour des élections pour démissionner. Pourquoi crée-t-on un parti politique?  Le paysan ne prépare-t-il pas son champ avant l’hivernage ou doit-il attendre après l’hivernage pour préparer son champ? Donc, ce sont des arguments qui ne tiennent pas la route. On a entendu que la majorité veut débaucher des gens, mais ce ne sont que les maillons faibles qu’elle peut débaucher. Nous, nous sommes dans l’opposition et nous estimons que si quelqu’un trouve que l’insurrection populaire était la bienvenue, visait à mettre fin au régime de Blaise Compaoré, qui a été gabegique, criminel et incompétent, il doit savoir que tous ceux qui ont été acteurs de ce régime bénéficient des mêmes qualificatifs. Donc, nous, nous sommes constants dans notre position. Les démissionnaires sont nos camarades. Leur départ réduit naturellement le nombre des partis du CFOP, mais pas autant la qualité. Il convient aussi de faire remarquer que ce sont des gens qui étaient, la plupart du temps, inconstants et inconsistants. Je ne voudrais pas me mettre à dénigrer des camarades chefs de partis. Si c’était un débat face à face, on pourrait dire à chacun les tares qu’il traîne. Je pense que leur démission nous a permis d’avoir moins de lourdeur pour aller vers des horizons qui nous sont propres. Alors que leur présence aurait peut-être constitué un boulet à nos pieds.

 

Un  mot pour clore cet entretien ?

 

Je voudrais que le peuple accepte une chose : la politique, c’est l’art de gouverner mais aussi de choisir ceux qui vont gouverner. Je suis au regret de constater qu’il y a des gens qui ne s’intéressent pas à la politique. On peut ne pas être dans un organe politique, mais on ne peut pas ne pas avoir une conscience politique, ne pas s’intéresser à la vie des partis politiques.

 

« Ce que nous attendons de nouveau de la nouvelle Constitution risque d’être renvoyé aux calendes grecques »

 

On constate que la Constitution qui est en élaboration depuis septembre 2016, tarde à livrer un document final. Ce qui veut dire que ce que nous attendons de nouveau de cette Constitution, risque d’être renvoyé aux calendes grecques. Donc, il appartient à tout le monde de donner son point de vue sur la Constitution et de se lever afin qu’on ponde soit un document consensuel, soit qu’on se réfère à l’actuelle Constitution qui a été élaguée par le Conseil national de la Transition (CNT) et qui est déjà une bonne direction pour la gouvernance.  Mais d’ores et déjà, PRIT-Lannaya n’est pas en harmonie avec certains éléments qui ont été introduits dans la future Constitution, notamment l’abrogation de la peine de mort. Il y a également les questions de la laïcité avec une neutralité de l’Etat qui n’est pas affirmée, de l’obligation de vote pour tous les Burkinabè, etc. Au regard de tout cela, nous estimons qu’on risque de se retrouver avec une Constitution, je ne dirai pas minable mais mineure.

 

Propos recueillis par Dabadi ZOUMBARA

 

 

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1 Commentaire

  1. BOD

    Oui, il faut avoir des principes en politique. quand on sort d’une élection bredouille (sans élu), le principe politique élémentaire veut qu’ on reste le plus avare possible en critique ! Dans l’ombre, on se prépare pour les prochaines batailles, puisque le peuple ne vous pas confiance pour le moment. courage !

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