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MANIFS DE RUES AU SOUDAN. : Jusque quand Béchir tiendra-t-il ?

 

Jusque quand le président soudanais, Omar El Béchir, tiendra-t-il face aux manifs de rues qui, quatre mois après, ne retombent pas et ce, en dépit de l’état d’urgence en vigueur et des changements intervenus au sein de l’armée ? Jamais, en effet, l’homme fort de Khartoum n’a été autant acculé, surtout que l’armée qui constitue la charpente de son pouvoir, semble de plus en plus épouser la cause des manifestants ; en témoignent des scènes de fraternisation entre ces derniers et des soldats. C’est l’inflation du prix du pain qui est l’une des denrées les plus consommées au Soudan, qui a constitué le casus belli, et les manifestations pour s’y opposer ont fini par gagner la capitale, malgré la répression féroce de la police et le travail de filature d’agents agissant pour le compte du régime et des puissants services de renseignement qui font de Khartoum l’une des villes les plus policières d’Afrique. Les émeutiers de la faim surfent sans aucun doute sur le climat politique déjà explosif, surtout depuis qu’Omar El Béchir, aux commandes du Soudan depuis 1989, a eu la mauvaise idée de faire modifier la Constitution afin de briguer un autre mandat, en 2020, à la fin de celui en cours. Cette connexion entre le politique et le social dans cette crise, est d’autant plus ostensible que des manifestants appellent ouvertement à la chute du régime avec la bénédiction de l’armée.

Le « Raïs » se donnera tous les moyens pour s’accrocher à son fauteuil

Déjà, des dizaines de manifestants ont été tués,   et le nombre va aller malheureusement crescendo puisque les deux parties raidissent leurs positions jour après jour. D’autant qu’on sait que le président soudanais est bien conscient qu’après le pouvoir, la seule perspective qui s’offre à lui est la CPI qui a délivré le premier mandat d’arrêt contre lui depuis le 4 mars 2009 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis par sa soldatesque et ses barbouzes durant la guerre du Darfour. Entre finir ses jours dans le luxueux et imposant palais présidentiel dont il arpente les couloirs depuis 30 ans, et une cellule de 10 mètres carrés à Scheveningen, le choix est évidemment vite fait, et le « Raïs » se donnera tous les moyens pour s’accrocher à son fauteuil. Il se servira bien sûr du bâton contre ses opposants comme il sait si bien le faire, mais il proposera dans le même temps la carotte à la frange docile du peuple afin d’avoir sinon son silence, du moins sa neutralité dans cet énième combat à l’issue incertaine. Dans son allocution de début janvier dernier, il avait annoncé une augmentation substantielle des salaires et bien d’autres avantages pour les fonctionnaires, mais ce « cadeau suspect » n’a pas suffi à calmer les ardeurs de ceux qui souhaitent le voir enfin débarrasser le plancher. Cela dit, l’arme de la corruption n’ayant pas percuté, Béchir fera encore appel à ses snipers qui auront l’ordre de tirer à vue sur les manifestants depuis les toits des immeubles, exactement comme en septembre 2013 où plus de 200 personnes avaient été massacrées pour avoir dénoncé la tyrannie et la mal gouvernance du régime. Cette stratégie du chaos pourrait être contreproductive et même extrêmement dangereuse pour Béchir, car si le peuple soudanais arrivait à le déloger du palais présidentiel comme il semble en avoir l’intention, il irait dans le meilleur des cas répondre de ses actes devant la Justice internationale avec des charges encore plus lourdes du fait des dernières répressions sur lesquelles la CPI enquête déjà. Tant qu’à faire, l’inamovible président soudanais a plus à gagner en négociant sa sortie de scène avec ses compatriotes de l’opposition, qui pourraient, le cas échéant, lui indiquer le chemin de l’exil vers un pays ami comme l’Arabie Saoudite où il retrouverait l’autre victime de la rue, Zine el-Abidine Ben Ali, ex-dictateur de la Tunisie et première victime de ce qu’on a appelé le « printemps arabe ».

« Le Pays »

 

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