MANIFS POUR L’ALTERNANCE AU TOGO : Les Togolais réussiront-ils à transformer l’essai de 1990 ?

MANIFS POUR L’ALTERNANCE AU TOGO : Les Togolais réussiront-ils à transformer l’essai de 1990 ?

 

Pour la deuxième journée consécutive, les militants et sympathisants de la cause de l’opposition togolaise étaient dans la rue, avec toujours le même objectif : exiger du régime de Faure Gnassingbé le retour à la Constitution de 1992.  Cette manif dite « journée de la colère », coïncide avec le 27e anniversaire du  soulèvement populaire du 05 octobre 1990. L’on se souvient qu’à cette date, dans l’atmosphère du sommet franco-africain de la Baule de 1990, face au martyr du peuple togolais depuis l’assassinat de Sylvanus Olympio, la jeunesse togolaise avait pris d’assaut le palais de Justice de Lomé pour exiger non seulement la relaxe de militants de l’opposition jugés pour distribution de tracts séditieux, mais aussi pour réclamer l’alternance. Les forces répressives du président Gnassingbé Eyadema étaient alors intervenues, déclenchant en réaction une véritable émeute populaire au cours de laquelle les manifestants s’en sont pris à des symboles du pouvoir (incendies de véhicules de l’Administration et des forces de l’ordre,  destruction de commissariats et des photos officielles du chef de l’Etat). Le bilan a fait état d’au moins 3 morts et de nombreux blessés. Dans l’histoire du Togo, cette journée du 05 octobre reste comme une ligne de démarcation entre un avant et un après. L’opposition togolaise, en plaçant les manifestations sous le symbolisme de cette journée du 05 octobre 1990, entend exploiter non seulement la charge émotionnelle de ces évènements pour galvaniser l’ardeur de ses militants et des partisans de l’alternance, mais aussi en user comme rampe de lancement pour parachever le travail que ses devanciers avaient commencé. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si les jeunes togolais réussiront là où leurs pères avaient échoué en 1990. Si l’on ne peut pas formellement répondre par l’affirmative, tout laisse croire, au regard de l’impasse actuelle et de l’environnement sous- régional et international, que le Togo se présente devant la porte du non-retour.

Le référendum est le mouroir du rêve d’alternance sous nos cieux

Faure Gnassingbé doit donc savoir lire les signes des temps et saisir les dernières opportunités qui lui restent pour quitter les choses avant qu’elles ne le quittent. Dans cette perspective, le retour à la Constitution de 1992 réclamé à cor et à cri par l’opposition, est une perche à lui tendue pour quitter en toute dignité le navire Togo. Toute autre attitude ne laissera d’autre choix au peuple togolais que l’option de l’insurrection. Et tout porte à croire que si pendant 27 ans les Togolais n’ont pas abdiqué dans leur quête de l’alternance, ce n’est pas maintenant qu’ils   renonceront à ce rêve, quitte à en payer le prix  fort. Mais, à regarder les publications sur le portail internet de la présidence togolaise tendant à minimiser l’ampleur des manifestations, l’on peut se permettre de douter que le régime ait pris la mesure de cette soif d’alternance au Togo. L’on a l’impression qu’il porte des œillères pour observer la réalité et cela amène à se poser cette question : « qui veut-il tromper ? ». Cela dit, alors que le bras de fer se durcit entre le pouvoir et l’opposition, l’union africaine (UA) et la CEDEAO sont sorties de leur mutisme pour encourager les deux protagonistes au dialogue et inviter surtout l’opposition à saisir l’opportunité du référendum pour réaliser son rêve d’alternance. Si l’on peut comprendre le souci de  légalité des deux organisations de regroupement africaines, l’on peut déplorer leur manque de courage à appeler le président Faure à écouter la soif d’alternance de son peuple telle que l’avait formalisée le constituant originel. L’on peut même se demander si cette sortie ne constitue pas une forme de soutien au régime, quand on sait qu’avec la sulfureuse réputation d’organisateur d’élections chaotiques que traîne le pouvoir togolais, les résultats ne peuvent que lui être favorables. L’on a tous encore en mémoire ces images choquantes de militaires trimbalant des urnes électorales en plein Lomé. Et puis, l’expérience congolaise avec Denis Sassou Nguesso est là pour rappeler que le référendum est le mouroir du rêve d’alternance sous nos cieux. Le référendum n’est donc pas la panacée au problème togolais et si l’on n’y prend garde, il risque d’être  le détonateur de l’insurrection qui va emporter Faure.

SAHO

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+