MARCHE CONTRE L’IMPUNITE AU BURKINA FASO : Premier vrai coup de semonce contre Roch  

MARCHE CONTRE L’IMPUNITE AU BURKINA FASO : Premier vrai coup de semonce contre Roch   

 

A l’appel d’une dizaine d’organisations et d’associations de la société civile, des milliers de Burkinabè ont battu le macadam le 4 novembre dernier pour dénoncer globalement les lenteurs dans les procédures judiciaires sur les crimes économiques et de sang, malgré les moyens mis à la disposition de la Justice pour vider les nombreux dossiers qui dorment depuis plusieurs années, pour certains d’entre eux. Il faut dire que comme les organisateurs de cette manifestation l’ont rappelé, une bonne partie des Burkinabè estiment que trois ans après le renversement de l’ancien régime, les résultats atteints semblent s'éloigner de plus en plus de l'immense espoir et des attentes placées dans l'alternance obtenue à la faveur de l’insurrection populaire. Le sentiment général qui se dégage est que le Burkina Faso post-insurrection ne se porte pas économiquement mieux, certains allant jusqu’à dire que le principal défi du régime en place ne semble même plus être celui de faire disparaître la pauvreté, mais plutôt de tenter de stopper la paupérisation croissante des populations. Si pendant ce temps, certains barons du pouvoir ou leurs proches sont suspectés de se goberger au caviar et au champagne, on peut comprendre la lourdeur des charges et le ton particulièrement acerbe du porte-parole des OSC et ci-devant président du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), Chrysogone Zougmoré. Mais le plus grave, pour ne pas dire le plus inacceptable dans tout ça, c’est la non-élucidation des crimes économiques et de sang perpétrés au Burkina Faso depuis au moins une trentaine d’années, alors que promesse avait été faite au peuple insurgé que tous les dossiers sales de la IVe République seraient jugés dans les plus brefs délais et les torts réparés. Malheureusement, trois ans après la chute de Blaise Compaoré qui s’appuyait, disait-on, sur la force des uns et la peur des autres pour tenir le peuple en laisse, aucun des dossiers emblématiques n’est encore passé à la barre, et c’est ce qui explique en partie le désenchantement général et la colère de plus en plus grande de ceux qui ont poussé les dignitaires de l’ancien régime vers la sortie.

Le président Roch devra en tenir compte

Certes, l’essentiel des crimes de sang qui ont défrayé la chronique sont tous aujourd’hui en instruction, le dossier relatif au putsch étant même en phase de bouclage, mais on est littéralement pris de stupéfaction quand on constate le silence radio, pour ne pas dire coupable des autorités politiques et judiciaires actuelles de notre pays sur les crimes économiques dont on parle depuis le début des années 90, mais dont les présumés auteurs n’ont jamais fait l’objet de la moindre audition. Alors, « Justice où es-tu ? » est-on tenté de s’interroger. L’indépendance du troisième pouvoir ayant été actée, on s’attendait à beaucoup plus de diligence dans l’instruction des dossiers ultra-sensibles comme ceux de Thomas Sankara, de Norbert Zongo, de Dabo Boukari, de l’insurrection populaire et du putsch manqué de septembre 2015. On n’oublie pas évidemment le comportement capitalistique de certains de nos dirigeants qui ont fait main basse sur nos maigres ressources à des fins personnelles ou familiales et qui, en guise de sanction, ont été simplement enlevés de leurs postes et des regards des citoyens, puis placés à d’autres fonctions autant ou plus juteux quelque temps après.  Certes, le temps de la justice n’est pas celui des hommes, mais la « lifofilie » (last in, first out) dans nos palais de justice qui consiste à entasser les dossiers puis à commencer l’instruction par le plus récent, est telle que le citoyen lambda se pose  aujourd’hui bien des questions. On aurait sans doute pu faire les choses autrement de sorte à aller vite à la réconciliation nationale, tout comme on aurait pu stopper ou à tout le moins ralentir l’inexorable baisse du niveau de vie des Burkinabè en rapatriant les milliards de F CFA indûment amassés et placés dans des paradis fiscaux, pour aider à créer des emplois et à satisfaire les besoins existentiels de nos compatriotes. C’est donc pour toutes ces raisons que les OSC et apparentés comme le MBDHP, le RENLAC, l’UGEB et l’UAS, pour ne citer que les plus représentatives d’entre elles, ont encore une fois donné de la voix, après leur sortie du 20 mai dernier, pour dire au pouvoir en place de ne pas se montrer amnésique car, en politique aussi, pardon, en politique surtout, « les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ». Pour un coup de semonce, en tout cas, c’en est un, et le président Roch Marc Christian Kaboré qui, sauf extraordinaire retournement de situation, sera dans les starting-blocks pour la présidentielle de 2020, devra en tenir compte s’il ne veut pas donner à son opposition, une kyrielle d’éléments à charge qui pourraient faire mouche au sein de l’électorat, notamment le plus clairvoyant et avisé. C’est également l’occasion pour tous les dignitaires actuels dont on dit que certains ne sortiraient pas indemnes en cas de jugement des crimes économiques parce qu’ayant trempé leur barbichette dans la soupe fétide de l’enrichissement illicite, des passe-droits et des retours d’ascenseur, de prouver que tout cela procède de l’affabulation et de grossiers mensonges de certains « petits mangeurs de haricot » revanchards et nostalgiques d’une époque révolue.

Hamadou GADIAGA

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1 Commentaire

  1. Franck Roger T

    Comme on peut le constater, des acteurs de la société civile (MBDHP,syndicats) ont tenu leur marche meeting à Ouagadougou le samedi 4 novembre 2017 sans problème de troubles à l’ordre public. Ceux qui pensaient que le gouvernement ou la Mairie allaient interdire cette manifestation à l’instar de celle de Pascal Zaida et alliés, ont fait une mauvaise comparaison. Le MBDHP et les organisations syndicales du Burkina ont souvent fait preuve de maturité et de responsabilité républicaine dans l’organisation de leurs manifestations. Par contre Zaîda et sa bande d’anarchistes ont opté de défier l’autorité de l’Etat et visait à encourager l’impunité par la demande de libération de généraux qui ont causé trop de tort au peuple burkinabè.

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