MARCHES AUX ESCLAVES EN LIBYE : Le silence coupable des Occidentaux

MARCHES AUX ESCLAVES EN LIBYE : Le silence coupable des Occidentaux

Alors que les images de la chaîne de télévision américaine CNN révélant l’existence d’un marché aux esclaves près de Tripoli en Libye, continuent de faire des vagues dans les capitales africaines dont certaines ont même rappelé pour consultation leurs ambassadeurs, les puissances occidentales brillent par leur silence. Ce mutisme est des plus surprenants, quand on sait que les Occidentaux sont très souvent les premiers à se prévaloir de la conscience universelle et sont à cheval sur les questions des droits de l’Homme. Leurs réactions étaient d’ailleurs des plus attendues, d’autant que c’est l’intervention occidentale sans service après-vente en Libye qui est à l’origine du chaos dans ce pays. L’intervention militaire en Libye leur a servi de prétexte pour mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi et l’on ne comprend pas leur inertie face à un fait hautement grave qu’est le trafic d’êtres humains. La question que l’on est alors en droit de se poser, est la suivante : « Qu’est-ce qui explique cette subite aphonie des dirigeants occidentaux » ? Le silence des dirigeants en Occident face à la tragédie qui se joue en Libye, pourrait  s’expliquer par plusieurs raisons. Primo, il est révélateur de la mauvaise conscience du monde occidental qui, lui-même, traîne un passé esclavagiste.

On ne demande pas aux Occidentaux de venir résoudre les problèmes des Africains à leur place

En effet, pendant près de trois siècles, l’Occident a bâti sa fortune sur le capital du nègre-travailleur et c’est ce capital qui a servi à financer la révolution industrielle dont l’Europe d’aujourd’hui est l’héritière. Les Occidentaux sont donc mal placés pour donner des leçons aux Arabes avec lesquels ils partagent assez largement le mépris du Noir. Secundo, on le sait, la question de l’immigration constitue aujourd’hui la plus grande hantise des pays du Nord. C’est dire donc que le sort dramatique des migrants n’émeut guère les dirigeants européens. Enfin, l’on peut expliquer le mutisme des Occidentaux par le fait que les pratiques aujourd’hui décriées, existaient de par le passé et tendent à devenir normales dans le subconscient de certaines personnes. En effet, nonobstant l’esclavage résiduel dans certains pays comme la Mauritanie ou le Soudan, les récits de nombreux migrants évadés de l’enfer libyen ont régulièrement défrayé la chronique et ont contribué à la banalisation du phénomène. Cela dit, l’on ne demande pas aux Occidentaux de venir résoudre les problèmes des Africains à leur place, mais force est d’admettre qu’il y a des voix qui portent plus que d’autres. Tirant les ficelles du système-monde, ils disposent de moyens de coercition nécessaires pour contraindre les autorités libyennes à démasquer et punir ces négriers des temps modernes. Mieux, en faisant fi de leurs intérêts, les Occidentaux peuvent œuvrer à un retour rapide de l’Etat en Libye, dont l’absence sert de couverture à cet abject trafic d’êtres humains. Toutefois, si l’on déplore le silence des dirigeants européens, l’on peut se féliciter de la réaction de la Cour pénale internationale ; elle qui, en effet, dit « examiner soigneusement la possibilité d’ouvrir une enquête sur les crimes liés aux migrants en Libye ». Elle a d’ailleurs été la première à se préoccuper des crimes et autres mauvais traitements subis par des milliers de migrants, hommes, femmes et enfants retenus dans les centres de détention en Libye. Il faut donc souhaiter que la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, aille au-delà des déclarations d’intention pour poser des actes forts en mesure de dissuader les marchands d’esclaves et autres auteurs de crimes sur les exilés en Libye.

Le mieux, c’est de rester parfois chez soi

Cela dit, les Africains ne doivent pas croiser les bras en ayant le regard tourné vers l’Occident. Ils sont les premiers concernés et il leur appartient, surtout qu’ils ne sont pas blancs comme neige dans cette affaire, d’assumer pleinement leurs responsabilités. L’on ne soulignera jamais assez la responsabilité  de la faillite de la gouvernance politique et économique en Afrique dans l’exode de la jeunesse sur les rives de la Méditerranée. Il faut donc aller au-delà des réactions d’indignation et que les gouvernants s’engagent réellement à fixer  les jeunes dans leurs pays. C’est en cela qu’il faut se réjouir de la sortie du président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui a demandé que le sujet soit mis à l’ordre du jour du sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne, prévu les 29 et 30 novembre prochains à Abidjan. Au-delà des condamnations de principe, l’on s’attend à ce que soient prises des décisions fortes, qui ne seront pas rangées dans les oubliettes dès que l’émotion sera retombée.

En attendant que les têtes couronnées du continent se décident, il faut en appeler à la prise de conscience individuelle de ces jeunes Africains qui, malgré les témoignages sur le film d’horreur qui se déroule en Libye, continuent d’emprunter les périlleux sentier de l’aventure. Les marchands d’esclaves ont au moins l’excuse d’être chez eux et de ne pas opérer des razzias en Afrique subsaharienne pour capturer des « marchandises humaines ». Il est temps que les jeunes Africains, tentés par l’aventure, se disent que « ça n’arrive pas qu’aux autres » et que dans un monde aussi incertain, le mieux, c’est de rester parfois chez soi.

 

« Le Pays »

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