ME GILBERT NOËL OUEDRAOGO, PRESIDENT DE L’ADF-RDA A PROPOS DE LA TRANSHUMANCE POLITIQUE « Il faut savoir circonscrire les délices et les poisons de la politique politicienne »

ME GILBERT NOËL OUEDRAOGO, PRESIDENT DE L’ADF-RDA A PROPOS DE LA TRANSHUMANCE POLITIQUE     « Il faut savoir circonscrire les délices et les poisons de la politique politicienne »

 

Celui-là qui était considéré pendant ses premiers pas dans l’arène politique comme un jeune loup ‘’biberonné’’ par le père (Feu Gérard Kango Ouédraogo), s’est révélé au fil du temps être une bête politique. Entre sa toge et son costume de politicien, même si Me Gilbert Noël Ouédraogo ne fait pas trop dans le mélange des genres, il aura surfé suffisamment sur ces deux tableaux pour construire sa réputation. Car il est quand même inimaginable de revisiter l’histoire socio-politique du Burkina Faso, des dernières décennies, sans évoquer son nom. D’ailleurs, l’une de ses empreintes politiques et la plus controversée et indélébile, c’est la position de son parti par rapport à la révision constitutionnelle qui, somme toute, est un des facteurs clé ayant engendré les événements de fin octobre 2014. Dans ce rendez-vous hebdomadaire avec notre rubrique ‘’Mardi Politique’’, il ‘’crache’’ sa part de vérité par rapport aux circonstances qui ont conduit à l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 sans éluder les autres grandes questions d’actualité politique nationale.

 

Le Pays : Que devient Me Gilbert Noël Ouédraogo ?

 

Me Gilbert Noël Ouédraogo (GNO) : Avant tout propos, je voudrais renouveler ma compassion et celle du parti aux familles des victimes de l'insurrection des 30 et 31 octobre 2014 et du coup d’Etat du 17 Septembre 2015 et souhaiter un prompt rétablissement aux blessés.

Me Gilbert Noël Ouédraogo est réinscrit au Barreau burkinabè et exerce son métier d’avocat. Je poursuis ma vocation première et constante qui est d’être aux côtés de la veuve et de l’orphelin. Ma vocation politique n’est que le prolongement de ce métier d’avocat que j’ai choisi dès la fleur de l’âge. Mon amour et ma fierté pour ce métier restent donc inchangés.

 

Votre parti vient d’effectuer sa rentrée politique. Quels sont vos projets immédiats ?

 

Cette rentrée politique a été marquée par une session du Bureau politique national (BPN), rencontre au cours de laquelle l’ensemble des 225 délégués venus des 45 provinces ainsi que les membres du Secrétariat exécutif national (SEN) du parti, ont passé au peigne fin la vie du parti à savoir le fonctionnement des organes, le programme d’activités, le projet de société, etc., celle de la Nation, et discuté du thème de la rentrée : «Consolidation de l’Etat de droit, Réconciliation, Paix et Sécurité». Ils ont, à l’occasion, adopté un plan de relance 2017-2020, avec comme objectif principal, la conquête du pouvoir.

Ainsi avons-nous décidé de continuer d’aller vers les populations des 45 provinces pour nous entretenir avec elles, d'instruire nos militantes et militants pour le renouvellement de nos structures au niveau provincial afin de travailler tous ensemble pour le renouveau de notre pays et d’apporter des réponses pertinentes aux aspirations profondes du peuple burkinabè. De poursuivre plus spécifiquement la formation de notre jeunesse, de la préparer à assurer la relève et de renforcer l’association des femmes dans nos activités.

 

Et comment comptez-vous rebondir après les évènements d’octobre 2014 ?

 

Il n’y a pas de miracle en la matière. Il faut communiquer, expliquer, convaincre, rétablir la vérité et restaurer la confiance. Tant de choses ont été dites mais j'ai foi que les jours et les mois passant, certaines vérités passeront de l’ombre à la lumière. De plus en plus de Burkinabè comprendront avec le temps que l’ADF/RDA a eu et a véritablement le souci du bien-être et du devenir de notre pays. Aussi, si je peux dire que le combat du parti pour la paix et la consolidation de notre démocratie, a basculé dans le cauchemar, je constate également que le combat de la jeunesse pour l'alternance tant rêvée et voulue par notre peuple, a été dévoyé sinon trahi!

Aujourd'hui, la déception est plus grande et malgré les efforts de tous, les résultats ne sont pas au rendez-vous. En effet, la vie chère, l’économie morose, l’insécurité sont le lot quotidien des Burkinabè, la corruption, les détournements en tous genres sont légion à en croire les récents rapports de l’ASCE-LC et l’avenir ne s'annonce pas sous de meilleurs auspices. De part et d'autre, nous avons tous l'impression d'un goût d'inachevé et les Burkinabè se demandent ce qui a manqué pour qu'enfin des solutions durables soient apportées à leurs préoccupations. Le diagnostic de la situation politique nationale est alarmant. En effet, il en ressort le constat général d’une précarité grandissante. Les femmes et les jeunes qui ont été à l’avant-garde de la lutte, sont toujours en attente de l’amélioration de leur situation sociale, le dispositif sécuritaire s’effrite de jour en jour, le panier de la ménagère se vide de jour en jour, etc. Bref! Tous les clignotants sont au rouge.

Aussi notre souci premier est, en tant que force de propositions, d’offrir une alternative, de répondre aux aspirations du peuple burkinabè. L’échec collectif qu’a connu la classe politique en octobre 2014, nous interpelle sur le fait que les acteurs politiques devraient être à l’écoute de ce peuple. Nous à l’ADF-RDA, nous avons une ligne de conduite et un schéma directeur auxquels nous demeurons fidèles. C’est pour cela que juste après ces évènements, nous avons effectué la tournée de demande de pardon. A la suite de cela, nous nous sommes résolument  inscrits dans la logique de la trilogie « vérité, justice et réconciliation nationale ». Voir un Burkina réconcilié avec lui-même et que ses filles et fils se mettent au travail est ce qui est le plus important pour nous. Nous sommes pleinement attachés à la non-violence et à nos valeurs libérales que sont l’Etat de droit, la liberté et l'indépendance de la Justice, la liberté d’expression et de manifestations, la liberté de la presse, la liberté du commerce et de l’industrie, le droit de propriété…

Ceci dit, chacun voit bien que l’action politique ne peut plus se mener au Burkina Faso de la même manière. S’obstiner à le faire nous enfonce dans la confusion actuelle. Nous sommes, après les bouleversements que notre pays a connus, dans une période active de mutation, où souffles d’avenir et pesanteurs du passé coexistent, soit dans l’affrontement, soit dans la dilution. Cette mutation se poursuit entre confusion et décantation. Ce processus doit nous mener à une redéfinition de nos approches et de nos pratiques. Ce processus doit créer une prospective qui travaille à garantir et à concrétiser des perspectives d’émancipation, d’épanouissement et de bien-être général. Et, surtout changer la culture. Cela ne peut être le fait d’une seule formation politique. On revient au point de départ. La réconciliation nationale est nécessaire pour un consensus national fort, socle de notre devenir et de notre vivre-ensemble.

Cela dit, il y a un acteur politique de poids qui n’est plus de ce monde, en l’occurrence Salifou Diallo, dont la disparition laisse un grand vide, notamment au Nord. Ce qui ne va pas manquer de susciter une bataille de leadership. Vous êtes un parti politique qui, d’essence, sait saisir les opportunités politiques. Comment comptez-vous vous positionner ?

 

Permettez-moi de saluer la mémoire du Dr Salifou Diallo, mon grand frère, qui a marqué l’histoire politique récente de notre pays. Puisse la terre lui être légère et son âme reposer en paix !

Revenant à votre question, je dirais plutôt que notre parti a toujours travaillé sur la durée et non sur les actions d'éclat ; ce qui fait que le temps, qui est notre meilleur allié, le réhabilite à chaque fois. Notre combat, quelles qu’aient été les perceptions, n’est pas seulement celui d’un positionnement, mais d’abord et surtout celui du bien-être de nos concitoyens. Ceci expliquant cela. Notre préoccupation est celle de pouvoir apporter des réponses adéquates et palpables aux attentes des populations dans leur intégralité, qui aspirent aujourd’hui à un Burkina Faso renouvelé et en phase avec elles toutes. Notre plus grand défi, c’est d’apporter des réponses à cette question et c'est ce combat qui a débuté dès la création du RDA par nos devanciers, le 18 octobre 1946 aux bords du Djoliba à Bamako au Mali, qui continue avec nous. Nous allons travailler inlassablement, conformément à la ligne du RDA, à rassembler tous les fils et les filles du pays afin de promouvoir son développement plein et entier.

 

Alors, les évènements des 30 et 31 octobre 2014 n’ont-ils pas induit une nouvelle orientation de votre parti ?

 

Dire que non, c’est nier que nous, tout comme l’ensemble de la classe politique, avions raté le coche dans un passé très récent. Sinon notre pays n’aurait pas connu cette situation d’octobre 2014. Croyez-moi, que ce soit au niveau politique et de façon plus large au niveau de la gouvernance, les événements des 30 et 31 octobre influencent, ou plutôt, dirais-je, devraient influencer notre marche actuelle. Ainsi, à l’ADF-RDA, tout en restant fidèles à nos idéaux, nous tenons compte du vent du renouveau qui a soufflé sous le ciel burkinabè. Malheureusement, les gouvernants actuels semblent n’avoir pas compris cet état de fait. Et c’est vraiment dommage, sinon d’oublier de sitôt ou du moins de réduire à néant tout ce sacrifice consenti par le peuple.

Je le répète. Il est plus que temps, pour nous hommes politiques, de repenser autrement la politique et de participer à la nouvelle donne, ici et partout ailleurs en Afrique, si nous ne voulons pas perdre durablement le peu de crédibilité qui nous reste. Je veux marteler qu’il est plus que temps d’entendre les cris de la jeunesse, qui continuent de monter en puissance, jeunesse qui se sent trahie et abandonnée par tous et de travailler à pouvoir apporter, en toute franchise, des réponses aux préoccupations des jeunes qui sont dans le désenchantement et le désespoir total. Je veux aussi dire qu’il ne suffit plus de le marteler mais qu’il faut organiser l’avenir. Les fora et les séminaires peuvent aider, mais ils ne suffisent plus. Cette répétition de réunions sans incidence réelle sur le vécu des jeunes, exacerbe parfois leurs frustrations.

Que signifie organiser l’avenir?

 

C’est une tâche gigantesque où il y a des préalables. Chacun est appelé à se remettre en cause, à pratiquer, à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la vie nationale, une gouvernance «héroïque» parce que vertueuse et porteuse de toutes les transformations et évolutions fécondes et positives. Aller vers un réarmement moral et une révolution des mentalités. Je saisis cette opportunité pour dire que nous sommes en train de vivre une occasion manquée si rien ne change. Cette période de 2016 à 2020 sous un président élu, est et devait être, au vu de ce que nous avons tous vécu, la véritable transition. Une transition qui se met au-dessus de la mêlée, identifie les contentieux du passé, indique les voies et moyens à même de les vider, trace les sillons de paix et de sécurité pour l’avenir tout en préservant la cohésion sociale et nationale. Selon notre Constitution, c’est le rôle et la charge du président du Faso. C’est dans cette orientation que s’inscrit notre parti, l’ADF-RDA.

 

Pour parler de ce qui a été votre part de responsabilité dans les péripéties qui ont abouti aux évènements d’octobre 2014, si c’était à refaire, le referiez-vous ?

 

Aujourd’hui, la question n’est pas : «Si c’était à refaire, le referiez-vous?», mais plutôt : «Qu’aurions-nous dû faire pour éviter d’en arriver là?» ou encore «Que faire pour éviter que notre pays ne soit confronté à nouveau à une telle situation?». Telles sont les questions que nous devons nous poser en tant qu’acteurs de la vie politique nationale.

Rappelons un peu le contexte. L’ADF-RDA n’a jamais demandé la modification de l’article 37. Bien qu’étant de la majorité présidentielle, nous avons été le seul parti en son sein à nous opposer à la volonté du parti dominant de modifier l’article 37 de la Constitution par la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Nous l’avons porté à la connaissance de tous au Conseil consultatif pour les réformes politiques (CCRP). Il en est résulté une invitation-exclusion à participer au gouvernement, au lendemain des élections de 2012. Contre vents et marées, nous avons maintenu et protégé le principe et la position. Nous avons été indexés par ceux-là qui ont introduit la modification de l’article 37. Ce sont ceux-là qui se présentent aujourd’hui comme les chantres de la lutte pour la non modification de l’article 37. L’ADF-RDA, bien que de la majorité présidentielle, a voté contre la loi sur le Sénat. L’ADF-RDA a boycotté les élections sénatoriales pendant que plusieurs se faisaient élire sénateurs. L’ADF-RDA, bien que de la majorité présidentielle, a refusé d’être membre du Front Républicain. L’ADF-RDA a refusé de participer aux marches et aux meetings recto-verso. Tout ce qui précède au nom de notre profond attachement à la paix porté par notre devise qui est : ‘’Paix - Liberté – Justice’’. L’affrontement et la radicalisation des deux camps en présence, se dessinaient et se matérialisaient de plus en plus. En raison de notre volonté de mettre l’intérêt national au-dessus de tous nos calculs et intérêts partisans, nous avons été ardents défenseurs et avocats du dialogue et des médiations. Les médiations n’ont pas porté fruit, accroissant de ce fait les risques de violence généralisée sur l’ensemble du territoire. Vous vous souviendrez. C'est l’époque où il était dit qu’il n’y aurait pas un seul endroit dans ce pays où l’on pourrait poser une urne pour le référendum.

Voyez-vous, il y a des décisions qu’on prend toujours dans la douleur en espérant qu’elles nous permettront d'éviter le chaos : tel est le sentiment qui nous a inspiré, lors des faits. Ce n’est pas une décision qui a été prise à la légère, encore moins motivée par la recherche du gain facile. Il y eut des nuits sans sommeil et de larges consultations avant d’aboutir à cette décision. En effet, nous avons consulté des personnes-ressources, nos 18 députés, les comités nationaux des femmes, des jeunes, des cadres et le conseil national des anciens, sans oublier le secrétariat exécutif national et enfin nous avons tenu une session du bureau politique national, le 25 octobre 2014. C'est ce bureau politique qui a pris la décision à l'unanimité d’accepter le recours au référendum, décision motivée par le fait que nous étions persuadés qu'un mauvais arrangement valait mieux qu’un affrontement dont personne ne pouvait prévoir les conséquences sur la Nation burkinabè. En vérité, la solution retenue, pas forcément celle que nous souhaitions, constituait un sacrifice que nous étions prêts à consentir pour éviter à notre pays de sombrer dans le chaos. Nous étions animés d'une volonté de contenir le risque de guerre civile qui se présentait à notre pays. C'est ainsi que le compromis trouvé portait sur trois points à savoir, la possibilité du recours au référendum pour passer de deux mandats de cinq ans à trois mandats de cinq ans avec effet rétroactif, le verrouillage de la Constitution quant à tout changement portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels, et la décision de l'ADF-RDA de présenter un candidat quelle que soit l’issue du référendum, et les candidats au départ de la course y compris le président sortant. Il est bon de noter que dans notre entendement, la probabilité d'un mandat n'équivalait pas à l'obtention d'un mandat que seul le peuple pouvait octroyer. Le compromis que nous avons proposé, est apparu insuffisant, tant les positions étaient exacerbées. Cette position que nous croyions être bonne, s’est malheureusement révélée à contre-courant des aspirations profondes de notre jeunesse dont la déception, la colère et la révolte étaient à leur paroxysme. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité un seul instant à demander pardon pour cette erreur d’appréciation que nous avions commise. En réalité, notre parti a pris une position de bonne foi, pensant qu'il était encore possible dans notre pays de résoudre nos divergences politiques sans faire appel à la violence. Mais hélas, le ver était déjà dans le fruit. Car, quoi qu’on dise, la survenue des événements des 30 et 31 octobre 2014 est la résultante de l’échec de toute la classe politique burkinabè. En effet, si l’ADF-RDA reconnaît et assume sa part de responsabilité, il faut reconnaître que ce qui s'est passé, est de la responsabilité de toute la classe politique nationale qui ne s'est pas assumée. Cette classe ne s'est pas mise au-dessus de ses intérêts partisans, et est restée arc-boutée sur une volonté féroce d'en découdre avec l'adversaire et d'arriver à ravir sa place, quels qu’en soient le procédé et le prix pour la Nation.

C’est pour cela que nous invitons les uns et les autres aujourd'hui à accepter de reconnaître leur part de responsabilité, à savoir raison garder, à éviter de jouer les parangons de vertu et à accepter avec humilité que tous, autant que nous sommes, par action ou par omission, à un niveau ou à un autre, nous avons failli et sommes certainement à des degrés divers responsables de la situation vécue par notre pays  et du climat délétère dans lequel il se trouve de nos jours. Une fois que chacun aura reconnu, humblement, honnêtement et sincèrement sa part de responsabilité, une fois que chacun cessera de pointer d’un doigt accusateur l’autre tout en s'exonérant de toute responsabilité, nous pourrons alors nous asseoir et agir dans le sens de l'intérêt de la Nation.

 

Vous êtes-vous personnellement remis de ces évènements malheureux que vous avez subis ?

 

Par la grâce de Dieu, tout en les ayant en mémoire, je souhaiterais que ces événements douloureux soient derrière nous désormais, afin que se prépare un avenir de concorde et de prospérité.

 

Est-ce possible sans un temps raisonnable d’apaisement pour tous?

 

Cela est une souffrance lancinante pour ceux qui sont endeuillés, pour ceux qui portent et traînent les traces et les séquelles de ces événements, de quelque bord qu'ils soient. Pour eux, aussi importants que soient les soins de toute nature prodigués, il leur fallait continuer de sentir que l’élan de tout un peuple et de ses autorités continue de les accompagner et de les assister. Voyons-nous cela? En ce qui me concerne, j’aime mon pays, j’aime mon peuple et comme tout bon Burkinabè, nous devrions être prêts à tout donner pour notre peuple et notre patrie. Une collectivité ne sort pas indemne d’une telle épreuve si ce n’est par la rédemption. Il est finalement triste que ce pur élan du peuple ait été parasité par une instrumentalisation dévoilée jour après jour.

Avez-vous les nouvelles de Blaise Compaoré ? Et à quand remonte votre dernier contact ?

 

Nous avons rencontré le Président Blaise Compaoré à Abidjan, lors de la tournée de la réconciliation initiée par la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER). Rencontre à laquelle étaient présents plusieurs présidents de partis politiques.

 

Comment avez-vous réagi à l’interpellation suivie de la mise sous contrôle judiciaire de François Compaoré à Paris ?

 

Ma réaction fut égale à celle d’un homme de droit, étant avocat de profession. Je pense et mon espoir est que le droit soit dit en toute indépendance et impartialité.

 

Seriez-vous favorable à son éventuelle extradition au nom de la manifestation de la vérité, de la paix et de la réconciliation nationale ?

 

Cette question relève de la justice et en tant qu’avocat et homme politique à la fois, nous ne pouvons que souhaiter que la justice fasse son travail et que le droit soit dit dans toute sa rigueur, en toute bonne foi, impartialité et indépendance. En tous les cas, on ne peut pas réconcilier des absents! Croyez-moi, tous, sinon la plupart des Burkinabè exilés depuis l’insurrection, ont soif de leur pays. Ils seront certainement prêts à rentrer au bercail si toutes les garanties d'un procès équitable respectant  les standards nationaux et internationaux, leur sont données en vue de leur contribution à la vérité, à la justice et à la paix. Néanmoins, il est bon de comprendre que, selon notre entendement, la réconciliation nationale ne concerne pas uniquement le volet de la justice. En effet, nos problèmes ne se rapportent pas uniquement aux crimes de sang et aux crimes économiques. Ils sont plus larges et plus profonds que cela.

Toutefois, il ne s'agit point d'enjamber des cadavres, ni de faire l'économie de la vérité et de la justice. Il reste bien entendu que la réconciliation dont on parle doit se faire entre Burkinabè. Il s'agit de faire une réconciliation, une vraie réconciliation dans l'intérêt suprême du peuple burkinabè. Au-delà des crimes qui doivent être élucidés, il y a, entre autres, le chômage des jeunes, l'absence de perspectives pour notre jeunesse, la faillite de notre système éducatif, l'insécurité ambiante, les questions touchant au genre, aux minorités ethniques, au foncier, aux zones de pâturage et d'élevage, aux langues, aux rapports entre autochtones et allogènes, aux disparités régionales, à la laïcité de l'Etat, à la gouvernance, à la contribution de la diaspora à l'émergence de notre nation. Toutes ces questions, qui ne relèvent pas forcément du juge, si elles sont prises en compte et débattues lors des assises nationales sur la réconciliation qui seront convoquées par le président du Faso, conduiront certainement à un renforcement de la cohésion nationale et de notre vouloir vivre-ensemble.

 

Sur la même lancée, quelle lecture faites-vous de la gestion judiciaire des dossiers liés à l’insurrection populaire et au putsch ?

 

Ma lecture est invariablement la même pour tous les dossiers judiciaires, seule une Justice impartiale et indépendante qui agit de bonne foi, peut renforcer la cohésion nationale. Toute tentative d’instrumentaliser, de manipuler ou de caporaliser la Justice, nous conduira à des difficultés certaines.

 

Quid des autres dossiers emblématiques ? (Thomas Sankara, Norbert Zongo, Dabo Boukary...)

 

Ces dossiers méritent d'être traités en toute impartialité et indépendance. Pas uniquement d’ailleurs que ces dossiers, il y a les dossiers du commandant Amadou Sawadogo, des Fidèle Guébré, Gabriel Yorian Somé, Adama Ouédraogo, Didier Tiendrebéogo, etc., en somme, tous les dossiers de toutes les victimes de violences politiques de 1960 à nos jours.

Ma position exprimée ci-dessus découle d’un engagement pour les droits humains sans discrimination, et dans cette optique, je dois rappeler que j’ai été aux avant-postes du combat pour la vérité et la lumière sur le cas Norbert Zongo. Aussi ai-je été gazé à plusieurs reprises dans le cadre de ces manifestations. Dans le même cadre, j’ai pris part à de nombreux meetings à la Bourse du travail et à la place de la Nation, quand je n’ai pas tout simplement pris la parole au nom de l’Union des jeunes avocats du Burkina (UJAB) dont j'étais le président et avais obtenu son adhésion au Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODM-PP). J'ai également été membre fondateur du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) dont j'ai été membre du premier bureau en tant que premier président de la Commission Etude et législation. De même, j’ai été coordonnateur pour le Burkina Faso de l'Alliance panafricaine pour la Protection des défenseurs des droits humains en Afrique (APADD) et secrétaire chargé des questions juridiques et des relations extérieures du Mouvement burkinabè́ pour le renforcement de la démocratie et de la citoyenneté́ (MBRCD) ainsi que membre d'Avocats sans-frontières  Belgique (ASF) pour ne citer que ceux-là.

Le CFOP réclame le départ immédiat de Simon Compaoré suite au scandale ‘’Tranquilos’’. Comment avez-vous accueilli ce scandale ?

 

Comme un scandale, l’Etat de droit a ses exigences et nous sommes tous liés par ces exigences. Nos autorités doivent donner l’exemple, surtout qu’elles sont des autorités post-insurrectionnelles. Le Burkina Faso a évolué et nos autorités doivent évoluer avec le pays au risque d’être en complet déphasage avec le peuple.

 

Parlons de la démission de Tahirou Barry du gouvernement, qui est quand même rare dans notre pays. Pensez-vous qu’il aurait dû descendre en flammes le gouvernement avant de rendre le tablier ?

 

Nous pensons qu’il est possible qu’à un certain moment, des alliés politiques se séparent. Cela a bien été le cas du CDP et du MPP. C’est le cours de la vie politique dans toute nation. Des raisons ont été invoquées. N’étant pas de la gouvernance actuelle, je ne peux qu’observer. Néanmoins, je note que comme je le disais plus haut, aujourd’hui, toutes les veilleuses sont au rouge, qu’il s’agisse de la sécurité, du Plan national pour le développement économique et social (PNDES), de l’emploi des jeunes et femmes, de la justice, de la fracture sociale, etc. Pour s’en convaincre, posez la question au mécanicien assis au bord de la route, au vigile d’à-côté, à la vendeuse de fruits et légumes ou au vendeur d'unités ou de journaux... Nous espérons seulement que, par-dessus tout, la majorité présidentielle comprendra que le pays se meurt et réagira avant que ce ne soit trop tard.

 

D’aucuns pensent qu’il y a nécessité de revoir la loi sur la transhumance politique, à la lumière de la crise qui secoue l’UPC. Qu’en dites-vous ?

 

L’ADF-RDA est le parti qui s’est battu, de tout temps, pour l’adoption de cette loi, même si, à l'arrivée, la formulation retenue était en deçà de nos attentes. La loi étant, par définition, générale et impersonnelle, nous pensons que pour les politiques, la meilleure façon de traiter des questions du genre, est de travailler à une civilité et à un civisme dans l’engagement politique. S’il n’y a pas de morale dans tout ce que nous faisons, les uns et les autres chercheront toujours à contourner les textes ou à en exploiter les failles. Toute arme à double tranchant doit savoir être utilisée afin qu’elle ne se retourne pas contre son utilisateur, un jour ou l’autre. Il faut savoir circonscrire les délices et les poisons de la politique politicienne. Il est déplorable que la crise ait atteint ce niveau. A ce stade, mon souhait le plus ardent est de voir ces frères libéraux recoller les morceaux.

Quelle peut être la solution de l’ADF-RDA à la lutte contre l’insécurité au Burkina ?

 

Je note que l’ADF-RDA, ayant été invitée à participer au Forum national sur la sécurité tenue du 24 au 26 octobre 2017, ici même à Ouagadougou, a participé en parti républicain et a porté des propositions pour la résolution de la question sécuritaire de notre pays. Nous pensons que la question de la sécurité devrait être abordée sous trois angles. Un abord en amont pour la prévention, in situ, pour faire face aux attaques et en aval pour l’évaluation. En amont, c’est la lutte contre la pauvreté, l’impunité et l’extrémisme religieux, la collaboration des populations, la formation des hommes, la dotation en matériel pour le renseignement. In situ, c’est tout ce qui a trait à la formation avec une mise à jour permanente des hommes, la dotation et le renouvellement permanent du matériel de défense et de sécurité. En aval, c’est de faire une auto-évaluation permanente du système sécuritaire par des experts nationaux qui seront formés à cet effet.

Seriez-vous prêt à entrer dans le gouvernement si on vous faisait appel ?

Nous n’en sommes pas là. Au cas où notre parti sera concerné par cette question, il lui appartiendra d’y répondre à travers le Secrétariat exécutif national et le Bureau politique national.

 

Que pensez-vous de la presse burkinabè?

 

Je voudrais saluer cette presse pour le travail qu’elle abat nuit et jour pour tenir informées nos populations de la marche de notre pays. Une presse libre et respectueuse d’une stricte déontologie est une des fondations de la démocratie. Je salue la presse burkinabè en ce qu’elle a su naviguer entre les écueils du parti pris ou de la propagande afin de dégager un chemin d’informations et d’opinions au diapason des réalités du monde et de nos exigences.

Puisse Dieu vous permettre, femmes et hommes de médias, de toujours exercer ce noble métier avec hauteur d’esprit.

 

 

 

 

 

Articles similaires

1 Commentaire

  1. le Big

    Maitre
    Je pense que ce que vous dites ne tient pas la route. Il faut pas nous raconteur des bobards. Vous meme vous voyez qu’on pouvait eviter ce qui est arrive si vous n’avez pas change d’avis.
    Acceptez votre votre responsabilite dans ce qui est arrive et demander encore pardon au people Burkinabe
    Le big

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+