MEETING DE L’UDPS SUR FOND DE TREVE POLITIQUE EN RDC

MEETING DE L’UDPS SUR FOND DE TREVE POLITIQUE EN RDC

 Tout bénef pour Kabila

Après plusieurs mois de suspension des manifestations politiques dont certaines, contre le régime, ont été réprimées dans le sang et moult tractations, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a pu tenir meeting le 24 avril 2018 à Kinshasa. Mais avant, c’est à un véritable conseil de guerre pourrait-on dire, que les dirigeants du plus grand parti d’opposition et les autorités kinoises se  sont adonnés, pour passer au peigne fin toutes les questions relatives à l’organisation de cette réunion publique, y compris celles relatives à la sécurité et à l’encadrement des militants. Preuve, si besoin en était, que  les autorités de Kinshasa tenaient à s’assurer au préalable qu’il n’y aurait pas de débordement avant de donner quitus aux leaders du parti de l’opposant historique, feu Etienne Tshisekedi, de tenir leur rencontre avec leurs militants.

Kabila était sûr que ce meeting ne représentait pas de danger pour lui

Et pour cause, l’UDPS n’est pas n’importe quel parti en RDC. Et comme le dit l’adage, « chat échaudé craint l’eau froide ». C’est pourquoi l’on peut comprendre la fébrilité du pouvoir qui rechignait à autoriser cette manifestation d’envergure.

En effet, depuis que Joseph Kabila a commencé à montrer des velléités de se maintenir au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels, l’UDPS a été l’un des premiers partis à sonner la charge contre la forfaiture en préparation du maître de Kinshasa. Sous la houlette d’Etienne Tshisékédi, ce parti a fortement contribué, au sein de l’opposition, à rendre la vie dure au satrape poussé dans ses derniers retranchements par les mobilisations monstres de la population à travers tout le pays, pour barrer la route à l’imposture. Et l’on peut dire qu’il avait eu le nez creux, puisque depuis près d’un an et demi, c’est un Kabila constitutionnellement coincé et politiquement diminué, en froid avec son peuple et même la communauté internationale, qui est en train de jouer les prolongations à la tête de l’Etat dans le secret espoir de trouver la formule pour se remettre en selle, dans la course à sa propre succession. Et c’est dans ces conditions qu’une trêve a été conclue avec le pouvoir, le week-end dernier, pour ranger les « armes » durant cette période de deuil, jusqu’à l’inhumation de l’opposant historique, Etienne Tshisékédi, dont un accord a été trouvé pour le rapatriement du corps depuis la Belgique où il se trouve depuis deux ans, dans le but de lui organiser des funérailles dignes de son rang.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’organisation du meeting de l’UDPS sur fond de trêve politique avec le pouvoir, est tout bénef pour Kabila. Car, cela lui profite à plus d’un titre. Primo, il était sûr que ce meeting ne représentait pas de danger pour lui, d’autant que l’UDPS s’était engagé à respecter la trêve du deuil. Donc, le locataire du Palais de marbre pouvait dormir tranquille puisqu’il savait qu’il ne serait pas la cible de ses contempteurs qui ne ratent jamais la moindre occasion de lui rappeler sa position actuelle qui frise l’imposture. Secundo, cette trêve lui donne du répit à l’effet de fourbir ses armes dans le but de trouver la meilleure formule pour réintégrer le jeu électoral duquel il est, en ce moment, constitutionnellement disqualifié. D’autant plus que tant que Tshisékédi-père ne sera pas inhumé, la trêve ne saurait être rompue. Dans ces conditions, l’on ne serait pas étonné que Kabila laisse les choses traîner encore en longueur avant que le vieil opposant ne soit conduit à sa dernière demeure.

Moins que la volonté, c’est le charisme de son père qui manque à Félix Tshisékédi

Tertio, après les bisbilles de départ avec les familles politique et  biologique d’Etienne Tsisékédi, Kabila a réussi à s’associer aux obsèques de l’opposant historique dans les conditions que l’on sait. Si ce n’est pas de la récupération  politique, cela y ressemble fort. En un mot comme en mille, Kabila reste le maître du jeu en RD Congo. Autrement, comment comprendre que dans un Etat de droit, la tenue d’un simple meeting, qui est un droit inaliénable des partis politiques, fasse l’objet d’autant de tractations au point de paraître un événement ? C’est dire combien au pays de Kabila, la démocratie est un leurre.

En tout état de cause, même si aujourd’hui, Etienne Tshisekedi n’est plus là pour aller à l’assaut de la forteresse Kabila, son fils, Félix,  semble avoir vaillamment pris la relève et n’entend certainement pas jouer les faire-valoir. En tout cas, à en juger par la mobilisation d’hier qui sonnait son baptême de feu en tant que nouveau leader du parti, l’on peut dire que Félix Tshisékédi est l’objet de beaucoup d’attentes de la part des militants de son parti. Saura-t-il se hisser à la hauteur des attentes de ses partisans ? En tout cas, moins que la volonté, c’est peut-être le charisme de son père qui lui manque. Car, lors de son meeting d’hier, l’homme a suffisamment montré qu’il avait du coffre, de la ressource et qu’il était capable d’endosser les habits de président. Mais il y a lieu de croire qu’il a encore du chemin à parcourir, pour espérer pouvoir chausser les bottes de son icône de père. Au-delà, la tenue de ce meeting qui avait lieu dans le cadre de la commémoration du 28ème anniversaire de l’ouverture du pays au multipartisme, sonne comme une piqûre de rappel au président Kabila, sur le trajet parcouru par son peuple dans sa marche vers la démocratie et sur la nécessité, pour lui, de ne pas se mettre au travers de sa route. Saura-t-il décrypter un tel message ? Rien n’est moins sûr, tant l’homme semble porter des œillères, obnubilé qu’il est par la conservation, à tout prix, de son pouvoir.

« Le Pays »

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