MEMORIAL THOMAS SANKARA

MEMORIAL THOMAS SANKARA

 Aller au-delà du béton armé

Lentement mais sûrement, l’érection d’un monument en mémoire de Thomas Sankara, père de la Révolution burkinabè, continue son petit bonhomme de chemin, puisque la pose de la première pierre de cet ouvrage, a eu lieu le 15 octobre dernier, jour anniversaire de son assassinat. Et si ce projet aboutissait, le « Phoenix » renaîtrait là où il a été tué le 15 octobre 1987, c’est-à-dire au Conseil de l’entente. Plus qu’un symbole, ce projet est une véritable revanche de l’homme sur l’histoire et sur ceux qui l’ont envoyé ad patres. Cela est d’autant vrai qu’en dépit du travail de sape qui aura été fait pour effacer ce révolutionnaire de la mémoire collective des Burkinabè, il restera encore plus vivant et populaire au Burkina et bien au-delà. Il faut le dire, Thomas Sankara est devenu une icône car, sur  tous les continents, des milliers sinon des millions d’hommes et de femmes, se reconnaissent en lui. Cela dit, ce n’est pas trop tôt ; il aura fallu en effet 31 ans après l’assassinat du guide de la Révolution burkinabè, pour voir ce projet prendre corps sur le terrain. Mais l’on n’est guère surpris de cela. Le contexte était tel que personne ne rêvait de voir ériger un monument de cette nature pour honorer la mémoire du père de la Révolution burkinabè. Mais, si les choses ont évolué dans le bon sens, c’est que  l’insurrection populaire est passée par là. Car s’il n’y avait pas eu l’alternance au Burkina, ce projet n’aurait eu aucune chance de prospérer.

Cela dit, il est vrai qu’une rue a été baptisée à son nom sous l’ancien régime, mais il reste que le régime de Blaise Compaoré a plus travaillé à faire oublier Sankara qu’à le faire revivre dans l’esprit des Burkinabè.  Pour preuve, il n’aura posé aucun acte tangible dans le sens de lui rendre justice ou de poursuivre ses idéaux. Même le régime actuel qui semble vouloir tirer les marrons du feu de cette belle initiative, n’aura pas fait grand-chose pour réhabiliter la mémoire  du capitaine Thomas Sankara.

La meilleure manière d’immortaliser Sankara, c’est de travailler à s’approprier ses idéaux  

D’ailleurs, pouvait-il en être autrement quand on sait que les dirigeants actuels ne peuvent pas jurer être au-dessus de tout soupçon comme la femme de César, dans le travail de sape visant à faire oublier Thomas Sankara ? Si le projet du monument mobilise tant d’hommes politiques, c’est parce que le nom de Thomas Sankara est devenu un catalyseur, un élément rassembleur. Si certains se réclament du Sankarisme aujourd’hui, l’on peut douter de leur sincérité et s’interroger sur leurs motivations tant le nom Sankara est devenu un fonds de commerce. C’est dire s’il faut aller au-delà du béton armé. D’autant qu’avec tout le symbole qu’il représente, ce monument ne suffira pas, à lui tout seul, pour immortaliser l’homme. La meilleure manière de le faire, c’est de travailler à s’approprier les idéaux de Sankara. Et ce ne serait pas de trop que de demander au pouvoir actuel  de travailler à cela d’autant que le combat que Sankara a mené durant ses quatre ans de pouvoir, est toujours d’actualité.

Plus d’un Burkinabè sait que parmi les seuls combats qui vaillent la peine d’être menés aujourd’hui au Faso, figurent en priorité les luttes contre la corruption, la gabegie, la promotion de la médiocrité, le népotisme, le copinage, les détournements de fonds, etc.

C’est un fait : nombreux sont ceux qui veulent imiter Sankara, mais personne n’est prêt à mener la vie austère qui fut la sienne, notamment la classe politique y compris ceux qui revendiquent à cor et à cri leur appartenance au sankarisme.

Il faut reconnaître que l’idée d’un  monument à la mémoire de Sankara est, en grande partie, une émanation de la société civile, surtout internationale. Et cela n’est pas surprenant car, comme on le dit, nul n’est prophète chez soi.

Pour tout dire, le meilleur service que le Burkina puisse rendre à la mémoire de l’illustre disparu,  c’est de ne pas s’arrêter juste au folklore à travers l’érection d’un monument.  Le père de la Révolution burkinabè devrait pouvoir, outre-tombe, se réjouir de constater  que les valeurs qu’il a incarnées  et défendues durant son bref passage sur terre, ont laissé des traces indélébiles dans la conscience collective.  Et les autorités actuelles y ont un grand rôle à jouer.

Dabadi ZOUMBARA

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