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MEURTRE COMMIS SUR GEORGE FLOYD PAR UN POLICIER BLANC

Cette face hideuse de l’Amérique qui fait peur

La vague d’indignation et de manifestations consécutives à ce que l’on peut désormais appeler « l’affaire George Floyd », du nom de cet Afro-américain de 46 ans, qui a trouvé la mort par strangulation lors de son interpellation à Minneapolis par des policiers blancs, ne retombe pas. En effet, depuis que le tragique incident s’est produit, c’est le pays de l’Oncle Sam tout entier qui est entré en ébullition au point que même l’entourage immédiat de la Maison Blanche n’est pas épargné. A preuve, l’Eglise Saint John, encore appelée l’Eglise du président, a subi d’importants dégâts du fait de la violence des manifestations. Et le moins que l’on puisse dire, sans faire l’apologie de la violence, c’est que ce tollé est, somme toute, compréhensible quand on sait que ce crime ne représente que la face visible de l’iceberg dans une Amérique blanche foncièrement raciste.  En effet, l’on sait que le projet de « melting-pot », c’est-à-dire le creuset dans lequel devaient se fondre tous les immigrants qui ont peuplé par vagues successives, l’Amérique, n’a finalement abouti qu’à un « salad bowl » où les différents ingrédients de la salade refusent de se mélanger.

De toutes les minorités, seuls les Noirs éprouvent le plus de difficultés à se fondre dans la communauté américaine

Il en résulte donc une nation américaine dominée par les Blancs, ceux que l’on appelle les WASP (Whites, Anglo-Saxons and Protestants) qui s’imposent par leur aisance financière et matérielle face à des minorités ethniques constituées d’Amérindiens relégués dans des réserves isolées, de Noirs descendants d’anciens esclaves déportés en Amérique pendant les siècles de l’esclavage, des Latino-Américains arrivés essentiellement de l’Amérique latine, en l’occurrence du Mexique et des Jaunes venus de l’Asie. De toutes ces minorités, seuls les Noirs éprouvent le plus de difficultés à se fondre dans cette communauté américaine, créant un véritable « problème noir » dont les évidentes caractéristiques sont la pauvreté, le chômage, le faible niveau d’éducation, l’absence d’aide médicale, etc. La conséquence de cette exclusion sociale et économique est le développement, dans les ghettos où se sont agglutinés les Noirs, de la criminalité et de la violence ; toutes choses qui ont contribué, dans la psychologie de nombreux Blancs, au développement d’un racisme alimenté déjà et de longue date par les préjugés socioculturels et les antagonismes de l’histoire. Ce racisme a fini par s’intégrer dans le système américain, donnant l’impression d’une société à double vitesse où tous les droits sont garantis pour les Blancs et limités au strict minimum pour les Noirs qui subissent au quotidien des violences policières et cela, le plus souvent, en toute impunité. Le meurtre de George Floyd n’est donc, en réalité, que l’expression de cette triste réalité des 33 millions de Noirs qui vivent aux Etats-Unis. Ce qui peut paraître nouveau dans ce drame, ce sont les images filmées qui sont venues apporter la preuve de ce que l’Amérique qui se plaît à donner des leçons aux autres nations sur les USA et les droits de l’homme, a toujours nié.

Il faut espérer que la mobilisation internationale ne restera pas au stade des simples condamnations verbales

Cela dit, au-delà du drame humain, ce qui crève le cœur dans cette affaire, c’est sa gestion politique. En effet, le président Donald Trump qui n’a jamais fait mystère de ses accointances avec les suprématistes blancs, ne s’est même pas donné la peine de compatir à la douleur de la famille de George Floyd qui laisse derrière lui deux filles inconsolables, pas plus qu’il n’a condamné ce crime. Pire, face aux manifestants qui réclament justice pour ce crime raciste de trop, il fait plutôt l’option de faire appel à l’armée américaine pour réduire au silence les cris de colère des Américains. En choisissant ainsi de souffler sur les braises, toute honte bue, Trump tente une récupération politique dont le but est de galvaniser sa base électorale de l’extrême-droite et de se faire passer dans l’imaginaire des couches aisées, comme le champion de l’ordre face à l’anarchie. Mais en agissant de la sorte, le président de la plus grande puissance du monde, montre non seulement que les droits de l’Homme dont le tout premier est le droit à la vie, il s’en torche mais aussi il fait preuve d’une bien coupable amnésie en négligeant ainsi la contribution des Noirs au développement de l’Amérique. En effet, ce n’est un secret pour personne que c’est le travail des Noirs dans les plantations américaines et dans les mines d’argent et d’or, qui a fourni le capital pour financer la grande industrialisation de l’Occident en général et de l’Amérique en particulier. Cette attitude de Donald Trump constitue non seulement une méconnaissance de l’histoire voire une inculture, mais aussi prouve que l’homme lui-même est un tragique accident de l’histoire. S’il faut donc flageller le président américain pour son incurie face à la douleur des Noirs-Américains, l’on peut, par contre, se féliciter de toute la mobilisation consécutive à la mort de George Floyd pour demander que cessent les injustices envers les Noirs. Même l’Afrique, d’ordinaire si aphone sur les grands évènements qui agitent le monde, a donné de la voix par la sortie du président de la Commission de l’Union africaine (UA) et par celle du porte-parole des anciens chefs d’Etat africains. Il faut espérer que cette mobilisation internationale ne restera pas au stade des simples condamnations verbales mais qu’elle constituera un véritable adjuvant pour la lutte des Américains noirs dont Martin Luther King, Malcom, Alex Garvey pour ne citer que ceux-là, se sont fait les porte-étendards.

« Le Pays »

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