MINI TOURNEE AFRICAINE DE JEAN YVES LE DRIAN

MINI TOURNEE AFRICAINE DE JEAN YVES LE DRIAN

La dictature a encore de beaux jours devant elle

Depuis hier, 7 juin 2018, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est en mini-tournée africaine. Après le Congo et le Tchad où il a eu des échanges avec respectivement les présidents Denis Sassou Nguesso et Idriss Déby Itno, le chef de la diplomatie française est attendu aujourd’hui en Ethiopie où il est prévu un tête-à-tête avec le Premier ministre éthiopien et le président de la Commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat.
Le constat que l’on fait, c’est que ce périple africain de l’émissaire de l’Elysée se fait dans des pays dont les dirigeants peinent à sortir la tête de l’eau en matière de démocratie et de respect des règles de l’alternance pourtant apparemment si chères à la France.

la France se moque ouvertement des peuples africains

A commencer par le Congolais Denis Sassou Nguesso dont on sait par quelles contorsions il est passé, après plus de trois décennies de règne, pour rester encore au pouvoir à la faveur de la présidentielle de 2016. Même chose pour le Tchadien Idriss Déby Itno qui a été réélu pour un cinquième mandat en avril de la même année. Quant à l’Ethiopie, elle se présente aujourd’hui comme l’une des dictatures les épaisses du continent.
C’est la preuve que malgré les discours officiels, la France ne s’impose pas véritablement une ligne de conduite vis-à-vis des dictateurs du continent, à l’effet de les contraindre au respect des règles du jeu démocratique. Au contraire, en entretenant autant de proximité avec eux, elle contribue à renforcer en eux le sentiment d’indispensabilité qui est de loin l’argument massue brandi par la plupart pour s’accrocher au pouvoir, comme si en leur absence, tout s’effondrerait dans leur pays. En tout cas, c’est un argument tout trouvé par ces satrapes pour prouver à l’opinion, leur fréquentabilité, voire prouver qu’ils sont incontournables dans la politique africaine de la France. C’est pourquoi l’on est porté à croire que les Africains ont beau s’égosiller au point de perdre leurs cordes vocales ou même à en crever, la France n’en a cure : pourvu que ses intérêts sur le continent, soient préservés. Autrement, comment comprendre qu’après la forfaiture d’un Denis Sassou Nguesso qui a tordu le cou à la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir, la France, après avoir donné l’impression de réprouver son acte, revienne quelque temps après pour un réchauffement des relations avec ce dernier en tentant d’apaiser les tensions ? Si ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est que la France se moque ouvertement des peuples africains en lutte pour le renforcement de la démocratie dans leurs pays respectifs, présentée pourtant comme la panacée en matière de gouvernance pour prétendre à un meilleur développement.
Dans ces conditions, comment demander à ces dirigeants africains de ne pas chercher à tirer des dividendes politiques de ces relations « privilégiés » avec Paris qui, consciemment ou inconsciemment, entretient finalement le mythe de leur indispensabilité ? C’est dire que la dictature a encore de beaux jours devant elle sur le continent, tant que la France donnera le sentiment de ne pas être gênée aux entournures, d’entretenir des relations avec les satrapes du continent.

Il appartient aux peuples africains de prendre leur destin en main

Et rien ne dit que certains de ces bourreaux de la démocratie sous nos tropiques, ne se verront pas dérouler à nouveau le tapis rouge dans l’Hexagone. Il appartient donc aux peuples africains en quête de changement, de prendre leur destin en main. Car, s’ils comptent uniquement sur l’Occident pour se débarrasser de leurs dictateurs, ils n’auront que leurs yeux pour pleurer et continueront, pendant longtemps encore, à compter leurs morts sans que cela n’émeuve, outre mesure, le satrape. Il est temps de comprendre que la France n’est pas l’amie des peuples africains ; la France n’a que des intérêts à défendre sur le continent, peu importe qui est son interlocuteur. Surtout quand la Chine, à l’affût, se présente comme un concurrent de taille voire une alternative crédible pour les dictateurs, du continent qui ne craignent plus d’être lâchés par l’ancienne puissance colonisatrice. C’est dire combien cette tournée du diplomate français dans ces pays de dictature, peut être un adjuvant pour les satrapes du continent. Car, cela peut contribuer à renforcer en eux, le sentiment que quelles que soient leurs entorses à la démocratie, tant que la France aura besoin d’eux, ils pourront dormir sur leurs deux oreilles et continuer sans crainte dans leurs lubies. De quoi les inciter davantage à martyriser leur peuple, puisque, toute honte bue, ils sont prompts à récupérer politiquement de telles visites à leur avantage pour continuer à narguer leurs adversaires. C’est donc l’hypocrisie qui continue. Et tant pis pour les peuples africains !

« Le Pays »

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