MINI-TOURNEE AFRICAINE DU PRESIDENT TURC : L’opération de charme de Erdogan

MINI-TOURNEE  AFRICAINE DU PRESIDENT TURC : L’opération de charme de Erdogan

Le 24 décembre dernier, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a entamé une mini-tournée africaine qui l’a amené au Soudan puis en Tunisie, et qui s’achève ce 27 décembre avec l’étape du Tchad. Ce, après un premier périple en début d’année, précisément en janvier 2017, qui l’avait vu parcourir des pays de l’Afrique de l’Est comme la Tanzanie, Madagascar et le Mozambique. Auparavant, le locataire de l’Ak Saray, le palais présidentiel turc, avait effectué une tournée  ouest-africaine en février 2016, qui l’avait conduit en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria et en Guinée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est à une véritable opération de charme que semble se livrer le président turc à l’endroit  de l’Afrique, une demoiselle courtisée de plus en plus par des prétendants venant du monde entier, de l’Europe à l’Amérique en passant par la Chine, le Japon, l’Inde, etc. Et pour cause.

Cette tournée du premier des Turcs, a  essentiellement des enjeux économiques

Depuis que la plupart des grands de ce monde s’accordent à dire que l’Afrique est le continent de l’avenir, les sommets Afrique et autres parties du monde se multiplient, sans oublier les offensives dans le cadre des échanges bilatéraux et multilatéraux. Et personne ne semble vouloir se laisser damer le pion dans la course à la conquête de ce vaste espace économique plein de potentialités et d’opportunités d’affaires, à la « virginité » apparemment encore bien marquée dans beaucoup de domaines. C’est pourquoi l’on peut se laisser aisément convaincre que cette tournée du premier des Turcs, a  essentiellement des enjeux économiques. En tout cas, pour un pays comme le Soudan où une douzaine d’accords, dans les domaines économique, militaire et agricole ont été signés, une telle tournée ne pouvait pas mieux tomber, puisqu’elle vient quelque peu mettre fin à l’isolement diplomatique dans lequel était le président Omar El Béchir depuis les sanctions internationales qui frappaient son pays, notamment celles de l’Oncle Sam qui viennent à peine d’être levées. Pour le Tchad, la visite d’un président turc est tout simplement une première et les domaines qui ont retenu l’attention des deux délégations pour renforcer leur coopération, se comptent dans le domaine de la sécurité, des mines et de l’eau. A Tunis, c’est la diplomatie qui est le point d’orgue de la rencontre entre les deux chefs d’Etat. C’est donc dire si la tournée du président turc sur le continent africain, est de bonne guerre. Car, la Turquie compte de plus en plus en Afrique où elle a fortement marqué sa présence, notamment dans le domaine des échanges commerciaux, du transport aérien, mais aussi dans celui de l’éducation, par la multiplication de ses écoles sur le continent. Et à en juger par le taux de fréquentation de ces écoles, elles ont plutôt bonne presse auprès de ceux qui ont les moyens d’y envoyer leurs enfants, sur un continent où la qualité de l’enseignement, surtout dans le public, laisse perplexe. Sur le plan des échanges commerciaux, la Turquie a plutôt réussi une percée sur le continent, où certains de ses produits tiennent la dragée haute aux produits venus d’autres horizons. Et le pays entend visiblement renforcer sa présence et profiter du gigantesque marché de consommateurs que constituent les populations de ce continent où le secteur de la transformation des produits est encore à une étape embryonnaire.

On ne peut pas reprocher au président turc de chercher à soigner son image

Sur un tout autre plan, depuis l’affaire du coup d’Etat manqué contre lui, le président turc semble avoir compris qu’il était de bon ton qu’il sorte de sa tour d’ivoire et passe à l’offensive sur un continent où son rival et ennemi juré, Fetullah Gülen, semble avoir pris une longueur d’avance en termes d’investissements, notamment dans le domaine de l’éducation. L’on se rappelle encore, au lendemain du coup d’Etat, la vague d’indignation qui a suivi la fermeture de certaines écoles réputées de l’opposant sur le continent, ou leur récupération par le camp adverse, qui a aussi fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dès lors, l’on peut voir dans la tournée africaine du maître d’Ankara, une façon d’enfoncer le clou dans le détricotage des réseaux de son concurrent réfugié aux Etats-Unis, et qui ne semble pas avoir dit son dernier mot. Et la meilleure façon de renforcer son assise, semble être dans la proximité avec le continent africain qui n’en demande d’ailleurs pas mieux. Sans oublier que ces sorties en Afrique, permettent peu ou prou au président turc de briser cette sorte d’isolement diplomatique voilé dont il est quelque peu l’objet, eu égard à sa gestion pour le moins martiale de la crise interne de son pays, qui ne semble pas avoir l’assentiment de nombre de pays et pas des moindres, au sein de la communauté internationale. En tout état de cause, l’on ne peut pas reprocher au président turc, Recep Tayyip Erdogan, de chercher à soigner son image tout en voulant ratisser large. Dès lors, l’on comprend aisément la flopée de la cent-cinquantaine de chefs d’entreprises qui l’accompagnent dans sa tournée, dans le but de permettre à la Turquie d’avoir plus de visibilité et de s’offrir plus de parts de marché sur le continent africain.

 « Le Pays »

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