MOHAMADI KOUANDA, MEMBRE DU BUREAU POLITIQUE DU CDP : « Il n’y a pas de super homme au CDP »

MOHAMADI KOUANDA, MEMBRE DU BUREAU POLITIQUE DU CDP  :   « Il n’y a pas de super homme au CDP »

 Il nous fait l’honneur de nous accorder sa première interview de l’année 2019 pour la rubrique Mardi Politique. Si les questions à lui posées sont tournent autour du choix du candidat du CDP qui ira à la reconquête du pouvoir d’Etat, qui fait couler beaucoup d’encre et de salive, tant ça se bouscule au portillon, Mohamadi Lamine Kouanda, co-fondateur de l’ex-parti au pouvoir, joue le « profileur » et fait son choix. Pour le moins, sa position laisse entrevoir que la présidentielle prochaine ne va pas manquer de provoquer une guerre de  tranchées au sein du CDP, si ce n’est déjà le cas. Lisez plutôt cette interview dans laquelle l’ancien député, commandeur de l’Ordre national, crache ses vérités par rapport à la gestion du parti de Blaise Compaoré et du pays.

 

« Le Pays » : Quel commentaire faites-vous de la loi des finances 2019 que le groupe parlementaire CDP a rejetée ?

 

Mohamadi Kouanda (M.K) : Avant tout propos, permettez-moi de présenter mes meilleurs vœux à tout le peuple burkinabè en commençant par les leaders religieux dont les cheikhs Doucouré, Maïga de Ramatoulaye, Sana, Mamadou Bandé, Konfé, les sunnites, la fédération islamique du Burkina, le Cardinal Ouédraogo, l’Archevêque Anselme Sanou, le Pasteur Yaméogo, le Mogho Naaba, le Grand chef des Bobos, Sa Majesté de Ouahigouya, Sa Majesté de Fada, Sa Majesté de Tenkodogo, Sa Majesté de Boussouma. Je formule également mes meilleurs vœux à toute la presse burkinabè mais surtout à tout le personnel du journal « Le Pays », des plantons au  Fondateur en passant par le Directeur général, les journalistes, les secrétaires et les  photographes.  Pour répondre à votre question, j’ai suivi les différents débats autour de cette loi de finances avant son adoption par l’Assemblée nationale. Ce qui m’étonne dans tout cela, ce sont les explications du ministre des Finances qui tente de faire croire que le budget de l’Etat 2019 est pro-pauvres. Le ministre ainsi que ses conseillers doivent comprendre que le Burkina de 2018 n’est pas le Burkina de 1985 ni du CNR ni du Front populaire. Les nouvelles mesures en termes de taxes et impôts viennent au mauvais moment. Il faut rappeler que le Burkina Faso connaît la démocratie depuis 1991. En octobre 2014, il y a une partie du peuple qui a estimé que cette démocratie était arrivée à bout de souffle avec l’incompréhension autour de la révision de l’article 37 de la Constitution. Cela a suscité la révolte légitime du peuple burkinabè. Mais des politiciens ont fait un hold-up en transformant cette révolte légitime en un coup d’Etat militaire qu’ils ont appelé insurrection populaire. Il s’agit de politiciens assoiffés du pouvoir qui ont noué des alliances contre-   nature en faisant croire que c’est le peuple lui-même qui s’est soulevé pour faire l’insurrection. On se connaît, le Burkina est une savane. Bref, si madame le ministre avait fait le film de la situation politique du Burkina de 1983 à nos jours, elle aurait été ministre des Finances de Sankara en 1983 que ces mesures seraient comprises. En tant qu’ancien syndicaliste sous la Haute Volta, de 1973 à 1985, j’ai été membre actif du bureau du STOV (syndicat des ouvriers de la Haute Volta),  je suis donc bien placé pour dire qu’on ne touche pas aux acquis. Je pense actuellement à tout le personnel du ministère de l’Economie et des finances, notamment aux bénéficiaires des fonds communs. On a décidé de plafonner ça à 25% du salaire et cela a provoqué le mécontentement des agents. Un cadre du ministère de l’Economie, parlant des conséquences sociales de ce plafonnement du fonds commun, a eu à me dire que les gens regrettent d’avoir chassé du pouvoir, le CDP. Je lui ai dit de patienter et que le CDP allait revenir au pouvoir en 2020. Je pense que le régime actuel n’a pas besoin de remous au ministère des Finances, parce que c’est un ministère sensible. Je crois que les conseillers de madame le ministre doivent l’aider en lui donnant les nouvelles réelles du pays.

 

Alors, quelle appréciation faites-vous de la gouvernance actuelle ?

               

En réalité, les militants du MPP sont nos « cousins ». Au regard de la situation économique et sécuritaire de notre pays, de la sous-région et du monde, j’estime que le pouvoir du MPP fait des efforts. Mais c’est un régime qui ne sait pas tirer leçons du passé. J’ai l’impression que les gouvernants actuels n’ont pas suffisamment le sens du management. Ils ne prennent pas le temps de discuter suffisamment avec les partenaires sociaux quand ils veulent prendre certaines mesures. Alors que dans la gestion du pouvoir, il y a le débat et il y a le management. J’estime que pour l’intérêt du peuple burkinabè, dans l’intérêt de chaque Burkinabè, pour vivre en paix dans ce pays, il faut que le président Roch regarde à la loupe, son équipe actuelle. J’ai l’impression que dans son entourage, il y a des gens qui ne souhaitent pas sa réussite. Il est temps pour lui de se mettre dans la peau du vrai leader politique. Pour quelqu’un qui a dirigé le CDP pendant plus de 12 ans, qui connaît quand même bien la politique et qui est reconnu pour être modéré - qu’on l’aime ou pas, tout le monde sait que Roch n’est pas un va-t-en-guerre – j’étais surpris de sa réponse lors de sa visite en mi-décembre 2018 à Paris par rapport à l’exil du président Compaoré. En disant qu’on n’a pas chassé quelqu’un avec des gourdins, je pense que c’est choquant. Ce n’est pas son genre. Il est le président du Faso et il a été élu démocratiquement par le peuple burkinabè. Il a été élu parce qu’il est modéré et enfin, il a été élu parce qu’il fait partie des hommes politiques les plus humains. Il ne devait donc pas avoir cette attitude. J’ose bien croire que c’est un lapsus. Sinon, ce qu’il a dit, ce n’est pas à l’image de l’homme d’Etat que je connais. Ce sont les gens qui se considéraient comme des CDR en son temps mais qui ne l’ont jamais été, notamment ceux que Thomas Sankara appelaient les ‘’CDR brouettes’’ qui doivent tenir ce genre de propos. Mais pas nous qui avons été les premiers CDR du Burkina Faso ; nous qui avions pris le maquis pour participer aux événements du 4-Août. Pendant longtemps, Roch a été conférencier à l’inter-CDR à la commission conception et politique avant la création de l’ODP/MT. Il a été trésorier de son groupe politique avant le 4 août 83. Donc, je pense que de tels propos ne doivent pas venir de lui. Il est le premier sage du Burkina. Il a le devoir de tout faire pour que nous nous pardonnions.Roch a le devoir, au nom d’Allah, au nom de tout le peuple burkinabè et des amis du Burkina, de créer les conditions de la paix. C’est un droit que moi, je lui réclame. Il doit le faire pour nous, parce que la Constitution le lui autorise. Je ne crois pas que ceux qui réclament la justice avant la paix, soient dans le droit chemin. Hormis l’affaire Norbert Zongo qui nécessite d’abord la justice, pour le reste, il faut arriver à se pardonner. Ceux qui parlent de l’affaire Thomas Sankara oublient qu’il y a eu coup d’Etat le 25 novembre 1980, un coup d’Etat le 7 novembre 1982, un coup d’Etat le 4-Août 1983, un coup d’Etat le 15 octobre 1987, un coup d’Etat le 16 septembre 2015. Nos aînés et notre génération ont organisé cinq coups d’Etat. Parmi les aînés, je peux citer Jo Wéder et Saye Zerbo. Dans notre génération, il y a des officiers dont les noms sont cités dans les coups d’Etat. Ce sont Jean-Baptiste Ouédraogo, Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Henri Zongo, Jean-Baptiste Lingani. Il ne faut pas oublier non plus tous les civils qui les ont aidés à s’installer, à savoir les organisations de gauche en commençant par le PAI/LIPAD, l’UCB, l’ULCR, le GCB. Tous ces groupes ont participé aux événements du 4-Août 1983 et du 15 octobre 1987. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de nous réconcilier.

Justement, selon vous, quel est le meilleur schéma pour la réconciliation nationale ?

 

C’est vrai que je ne suis pas un docteur en droit ou en sciences sociales pour donner le meilleur schéma. Mais je donne un exemple simple. Je me dis que tout ce que la Constitution autorise, est faisable. Je souhaite par exemple que le président Roch Kaboré tende la main à Blaise Compaoré en disant que : « J’ai été ton ministre, ton Premier ministre, ton président de l’Assemblée nationale, j’ai été le président de ton parti pendant plus de 12 ans » et qu’il lui permette de bénéficier de sa pension d’ancien chef de l’Etat comme le prévoit la Constitution. A ce que je sache, Blaise Compaoré n’est pas condamné, même s’il est poursuivi dans l’affaire Thomas Sankara. Il y en a qui parlent aussi de l’insurrection. Mais j’ai entendu le ministre de la Justice, René Bagoro que je respecte et pour qui j’ai de l’estime depuis qu’il était syndicaliste, dire que le jugement de l’insurrection ne peut pas se faire. Alors qu’il y a eu des morts et des blessés. Je m’incline sur la mémoire de tous ceux et toutes celles qui ont perdu la vie pendant cette insurrection et je souhaite meilleure santé aux blessés afin qu’ils puissent continuer à contribuer à la construction du Burkina Faso. Je pense qu’avant de parler de  réconciliation avec les familles des victimes et les blessés, il faut mettre à leur disposition des moyens nécessaires comme des maisons et des revenus pour qu’ils puissent vivre dignement et il faut tout mettre en œuvre pour assurer l’éducation des ayants droit qui vont toujours à l’école. Mais si on   parle beaucoup sans prendre des actes concrets, on les blesse davantage dans leur amour-propre. Et ils ne voudront pas entendre parler de pardon. Et qui en est à la base ? Ce n’est pas seulement le CDP ! La responsabilité de toute la classe politique est engagée ainsi que celle de la société civile qui se dit OSC le jour et qui participe à des réunions politiques la nuit. Chacun doit être sincère.Je ne suis pas juriste mais j’estime que le Burkina est plus important que le droit. On doit se pardonner parce que nous n’avons pas un autre pays ; le seul qui nous appartient, c’est le Burkina Faso. Je demande à Allah que nous puissions nous pardonner. Parce que c’est à cause de toute cette haine que le président Roch ne peut pas travailler. Ceux qui aiment Roch doivent lui dire la vérité. Il est le premier des Burkinabè et surtout le premier sage. Voilà pourquoi j’estime qu’il ne devrait pas parler comme il l’a fait à Paris.

Votre parti se prépare pour 2020 pour proposer un autre type de gouvernance. Alors, quel est, selon vous, le meilleur candidat pour le CDP en 2020 ?

 

J’ai  déjà eu à dire que le CDP de 2015 n’est pas le CDP de 2020 encore moins celui de 2014. Pour le CDP de 2020, il faut un homme d’expérience et qui ne soit pas trop âgé. Il faut un homme ou une femme politiquement aguerri. Il faut un burkimbila, une personne intègre, soucieuse de sa famille et du Burkina Faso. Il faut quelqu’un qui ait déjà posé des actes au nom des pouvoirs publics. Il ne faut pas que ce soit quelqu’un qui n’ait jamais été ministre ou député ou qui n’ait jamais occupé un mandat électif quelconque. Il faut une personne qui ait ce bilan politique, social, administratif et qui fasse preuve d’intégrité, qu’il soit à la tête du parti ou ailleurs.

 

Il se murmure qu’il y a quatre candidats à la candidature pour cette présidentielle de 2020, à savoir Juliette Bonkoungou, le président du parti Eddie Komboïgo, Kadré Désiré Ouédraogo et Mélégué Traoré. Lequel des quatre répond-il le mieux aux critères que vous venez de définir ?

 

Je connais bien tous les quatre, même si depuis un certain temps, je ne suis plus en contact avec certains. Il y a un bout de temps que Eddie Komboïgo et moi, nous avons échangé. Depuis la rentrée politique, on ne s’est plus vus. Mais j’ai vu récemment les trois autres et plusieurs fois. Pour répondre à votre question, sachez que je ne suis pas un homme qui tourne autour du pot et par rapport aux critères que j’ai donnés, si c’était moi Mohamadi Lamine Kouanda qui appréciais les candidatures, je dirais qu’Eddie Komboïgo étant le président du parti, il doit faire un effort pour avoir un bilan à ce niveau avant d’avoir l’ambition d’être chef de l’Etat. Parce que, pour le moment, le parti est mal géré. Le parti a des problèmes, je vous parle en toute sincérité. Depuis le congrès, il y a des mesures qui se prennent et que  nous apprenons à travers la presse. Tout récemment, quand on a commencé à parler de la candidature de Kadré, Eddie a fait sortir une circulaire demandant aux secrétaires généraux du parti de rester calmes. En termes clairs, cette note veut dire que ceux qui soutiennent  Kadré Désiré Ouédraogo, Juliette Bonkoungou, Mélégué Traoré, sont hors-la-loi mais ceux qui le soutiennent, sont les bienvenus. Cela n’est pas bien pour le chef de parti qu’il est. L’ancien président français, François Hollande, n’a jamais été ministre avant d’être élu président. Il a géré le parti socialiste pendant 10 ans, il a été conseiller de Mitterrand, député. Il s’est donc formé comme   homme d’Etat à travers la gestion du Parti socialiste et il s’est montré patient en permettant même à Ségolène Royale d’être candidate à l’élection présidentielle face à Sarkozy qui avait été d’ailleurs mal élu. Comme le parti est bien organisé, Hollande s’est présenté contre Sarkozy et il l’a battu. Mais nous, notre parti est mal organisé. On voit sur Facebook des images de jeunes qui portent des tee-shirts à l’effigie de Eddie Komboïgo avec le ‘’V’’ de la victoire alors qu’il empêche que l’on parle des autres potentiels candidats. Le parti n’appartient pas à Eddie. Il appartient à tous les militants. Si nous qui avons eu l’honneur de créer le parti, nous étions   gourmands et égoïstes, lui, il ne viendrait pas au CDP en 2012. C’est en 2012 que j’ai connu Eddie comme militant du CDP, au moment des législatives. De 2012 à 2018, est-ce qu’en six ans, on peut militer dans un parti sérieux, prendre la présidence et vouloir être candidat à l’élection présidentielle ? S’il agissait dans l’intérêt du parti, il prendrait patience pour le gérer pendant au moins dix ans avant de chercher à diriger le pays. Je pense que si Eddie patiente, avec la modestie, il sera un très  bon candidat en 2025. Du reste, je crois que c’est à cela que lui-même pensait. Puisqu’il m’est revenu, selon certaines confidences, que   Eddie prenait la tête du parti pour se préparer pour 2025. Je suis donc étonné qu’il change de programme. Quant à Mélégué Traoré, à mon avis, il remplit toutes les conditions pour être candidat à la candidature. En ce qui concerne Kadré, pour être honnête, pour certains, il ne milite pas en tant que tel. Le parti a été trop longtemps orphelin de Kadré. A un moment donné, on avait besoin de lui. Et c’est moi Mohamadi Kouanda, lors d’une réunion, le 27 juillet 2015,  qui ai dit de penser à un plan B en la personne de Kadré Désiré Ouédraogo. J’ai dit qu’il peut être un candidat d’honneur et de dignité. J’ai soutenu qu’avec sa candidature, on allait savoir si le vrai peuple a vomis le CDP ou si c’est le peuple qui a été trompé. Mais la personne qui a été à tous les combats politiques depuis le retour de l’ordre constitutionnel de 1991 jusqu’à nos jours, c’est la camarade Juliette Bonkoungou. Elle est la femme d’un grand frère à moi. Elle est aussi la femme de Ouagadougou, son mari est de Saint Léon. J’ai dit, en son temps, qu’elle pouvait conduire notre combat en 2015 et nous faire gagner la présidentielle. Le numéro un était Kadré et le numéro deux, Juliette. J’ai été combattu et le président Eddie n’a pas été modeste en rejetant cette proposition. Il n’était pas le seul. Tout le secrétariat permanent à l’époque, a été complice. Tous les vice-présidents et le secrétaire général ont travaillé à empêcher Kadré d’être candidat en 2015. Même si aujourd’hui, Kadré ne vient plus au siège, nous pensons qu’il peut encore être utile. Mais moi, je soutiens la candidature de Juliette Bonkoungou. Je le dis haut et fort parce que je ne suis pas un homme qui avance masqué. Maintenant, en politique, il peut y avoir des compromis. Il peut y avoir un compromis tendant à faire aligner Juliette et Mélégué derrière Kadré. Moi, je suis prêt à travailler pour cette unité. Mais je pense qu’Eddie gagnerait à rester chef du parti, en attendant son tour en 2025. Ni Juliette, ni Mélégué, ni Kadré ne peuvent prétendre être présidents pour deux mandats, parce qu’ils sont de la classe politique qui tire vers sa fin. Je pense qu’en 2025, ils doivent, y compris moi-même, avoir le courage de céder la place à nos petits frères et à nos enfants. Depuis 1975, nous sommes en politique dans les groupes de gauche et nous sommes apparus en plein jour en 1983.

 

Quel serait le meilleur mode de désignation du candidat du CDP ?

 

Il n’y a pas plusieurs modes. Le seul mode, c’est ce que prévoient les statuts du parti. Les textes du CDP disent que pour être candidat, il faut avoir la carte du parti et faire preuve de militantisme. Il faut être engagé, convaincu, convaincant, être à jour de ses cotisations et faire valider sa candidature par la base. C’est le comité exécutif, suivi du congrès qui va désigner et à défaut d’un compromis, on va au vote. Je rappelle qu’Eddie avait été élu par le comité exécutif sortant avec 39 voix, suivi de Badini avec 33 voix. Il n’y a pas de super homme au CDP. Ce sera tant mieux si les militants parvenaient à un compromis et si ce n’est pas le cas, on passera au vote. Et le vote répond à des critères très clairs. Mais à l’heure actuelle, il y a un problème, parce que le président du parti est déjà dans une campagne sauvage. Les sorties de terrain qu’il fait en disant que c’est le secrétariat permanent qui  l’y autorise, sont absurdes. C’est dégueulasse et c’est contre les textes. Le secrétariat permanent actuel n’a aucun pouvoir de décision. Il fait des propositions et c’est le comité exécutif dont nous sommes membre, qui décide. Avec Eddie, nous ne nous sommes jamais réunis pour discuter d’un programme de tournées. Ce n’est d’ailleurs pas au président du parti seul de faire des tournées. On devait constituer au moins une vingtaine de délégations de cinq personnes qui sortiraient en même temps les week-ends et chaque délégation se rendrait dans un nombre de provinces avec le même message et avec la lettre de soutien de Blaise Compaoré, fondateur et président d’honneur à vie du parti. A ma connaissance, on ne s’est pas réuni pour cela. Alors tout ce qu’il fait actuellement, c’est un abus de pouvoir. Il est le président, il fait ce qu’il veut, mais il va répondre devant l’Histoire. En tant que membre fondateur du CDP, je n’ai jamais vu cette pagaille. Je ne suis vraiment pas content. A cause de cette pagaille,  je ne suis pas prêt à le soutenir dans ces conditions. S’il change et s’il reconnaît ses torts, il peut avoir mon soutien. Parce que moi, je suis un démocrate. Mais à l’heure actuelle, je peux donner ma voix à tout le monde sauf à Eddie. J’estime qu’il est en train de mettre notre parti à plat. Les gens ne s’entendent plus. Vous avez appris qu’il y a des jeunes qu’on a envoyés aller frapper d’autres jeunes. Ce n’est pas bien. Au CDP, on ne connaît pas ce genre d’agressions. Dans notre parti, ce qui est privilégié, c’est le principe argument contre argument et si on en arrive à se frapper, ce n’est plus de la politique, c’est de la sauvagerie. Et je ne suis pas dedans.

 

Mais est-ce que la voix de Blaise Compaoré va compter dans le choix du candidat?

 

Oui. Blaise Compaoré est le président d’honneur à vie du parti avec droit de regard. Dans le choix du candidat, Blaise Compaoré peut nous proposer quelqu’un comme il peut aussi nous orienter vers un certain nombre de personnes. C’est un démocrate. Donc, il ne va pas empêcher les candidats à la candidature. C’est lorsqu’il y aura les candidats qui remplissent toutes les conditions, que le travail de Blaise Compaoré va démarrer en tant que fondateur et président d’honneur. Mais tant que les candidatures ne sont pas bouclées, il n’y a rien à dire. Il pourrait s’adresser à tous les candidats, faire en sorte que les candidats se parlent pour trouver un consensus.

 

Si vous n’arrivez pas à trouver un candidat de consensus, cela ne va-t-il pas ouvrir un boulevard à Roch Marc Kaboré?

 

De toute façon, le MPP et le CDP sont des « cousins ». Ce que vous dites est fondé. C’est vrai que si on ne s’entend pas, il y a des gens à l’intérieur du CDP qui vont aller soutenir Roch. Ce n’est pas exclu. Pour le moment, on n’en est pas là. J’estime que chacun doit prendre conscience des dangers à affronter et avoir une attitude favorable au compromis. Je viens de vous dire que je ne suis pas pour Eddie mais si demain, dans le débat de candidatures, il y a un compromis tendant à une majorité, en tant que démocrate, je vais me soumettre parce que j’aime mon parti. Mais chaque homme politique doit avoir son opinion. Je pense que parmi les quatre prétendants du CDP, la meilleure candidature est celle de Juliette Bonkoungou. Elle a conduit la campagne législative de 2015. A ce titre, elle a reçu beaucoup de menaces, mais elle est restée imperturbable et nous avons remporté 23 sièges de députés. Mais la CENI, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’époque, Tulinabo Mushingi et le MPP nous ont volés 5 sièges. C’est simple à vérifier. Nous laissons cela entre les mains de Dieu sinon, nous avons tous les éléments de preuves. Mais en son temps, si on dénonçait, on risquerait de nous amener en prison pour cela.

Et vous-même, n’êtes-vous pas prétendant à la candidature pour la présidentielle ?

 

Pas du tout. Ce qui m’intéresse, c’est la députation.

 

Mais toujours est-il que selon le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, l’opposition fera 50 ans dans l’opposition. Quel commentaire faites-vous de ces propos ?

 

C’est un petit frère, je ne peux que lui donner des conseils. J’ai connu son papa qui a été un grand commissaire de police et il était de la même génération que les commissaires Sidibé et Philippe Ouédraogo. Ils étaient mes super tontons. En tant que son aîné, je lui dirais que le Burkina est une savane. Nous étions au pouvoir et quand on créait l’ODP/MT devenue le CDP, il n’était pas là. C’est au niveau du CDP que les Roch, Simon et autres ont acquis leurs expériences avant d’aller créer le MPP. Ils ont eu le pouvoir et ils l’ont appelé. A ma connaissance, il est financier, il n’est pas politique. Il n’est ni Dieu ni prophète. Qu’il sache que beaucoup de ses parents sont au CDP en commençant par moi-même qui suis son parent. Je crois qu’il s’est trompé et il aura l’occasion de se corriger.

 

A quelques jours de la commémoration du 11-Décembre à Manga, il y a eu un couac entre le président de l’Assemblée nationale, Bala Sakandé et des membres du gouvernement autour de l’inauguration de la foire de l’indépendance et celle d’un hôtel. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

 

C’est regrettable. Simon Compaoré est un grand frère et Bala Sakandé, un petit frère. Ils viennent de quitter le CDP en 2014. Mais jusqu’à ce que nous tombions, il n’y a jamais eu une telle bagarre au sommet de l’Etat. J’invite Simon Compaoré, en tant qu’aîné, à beaucoup de retenue. C’est vrai que Sakandé est le petit frère mais il est le président de l’Assemblée nationale, donc la deuxième personnalité de l’Etat. Même si, au sein de leur parti, Sakandé est son petit, au niveau de l’Etat, il vient au premier plan par rapport à Simon Compaoré. Ils n’ont qu’à éviter ça, ce n’est pas à l’honneur de la classe politique. S’ils le font une deuxième fois, ce sera la honte de tous les hommes politiques.

 

Lors de son audience à la barre, un de vos camarades, Salifou Sawadogo, a dit avoir été trahi par des cadres de son parti au sujet du coup d’Etat manqué de 2015. Comment réagissez-vous à ces propos ?

 

J’ai eu l’occasion d’en parler au niveau de notre bureau politique, au cours d’une réunion tenue à la veille de notre rentrée politique en novembre 2018. Salifou Sawadogo ne dit pas vrai. S’il est dans des problèmes, qu’il ait le courage de les supporter et se confier à Dieu. S’il dit que le bureau politique s’est réuni pour le mandater d’aller soutenir le coup d’Etat, je m’inscris en faux. Maintenant, si c’est le secrétariat permanent qui s’est réuni, nous, nous n’y étions pas. Au moment des faits, j’étais membre du secrétariat exécutif et membre du bureau politique, et il n’y a jamais eu de réunion pour soutenir le coup d’Etat. Qu’il ait le courage de dire si c’est le secrétariat permanent qui s’était réuni pour cela ou pas. Le secrétariat permanent est composé de 13 membres dont Eddie Komboïgo, Anicet Pooda qui est aujourd’hui militant du MPP et directeur de cabinet du ministre d’Etat Simon Compaoré. D’ailleurs, au CDP, le secrétariat permanent n’est pas une instance légale. Les instances reconnues par les textes sont le comité exécutif, le bureau politique et le congrès ; ou le comité central quand il y en a. Sinon, jamais le bureau politique ne s’est réuni pour soutenir le coup d’Etat. S’il pouvait citer les noms de ceux qui l’ont mandaté. Je parle au nom du comité exécutif ainsi que du bureau politique pour dire que c’est archi-faux, le CDP n’a jamais soutenu le coup d’Etat. Je salue au passage le courage du camarade Léonce Koné, deuxième vice-président du CDP au moment des faits, qui a dit clairement qu’à partir du moment où le régime de la Transition ne jouait pas franc jeu, il ne condamnait pas personnellement ce coup d’Etat. Et c’est cela, être un homme.

Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter ?

 

J’invite tous mes compatriotes au patriotisme. Nous, les hommes politiques qui ont eu à servir le Burkina en occupant des postes de responsabilités soit en tant qu’élus ou par nomination et avec les avantages qui vont avec, nous devons accepter les périodes difficiles dans la dignité. Nous avons fait de notre mieux. J’invite tous les Burkinabè et l’ensemble de la classe politique à se donner la main pour soutenir nos militaires, nos gendarmes, nos policiers, nos agents des eaux et forêts, nos douaniers, nos gardiens des maisons d’arrêt. Nous devons soutenir tous ceux qui portent la tenue et les armes pour faire face au terrorisme et lutter contre tous ceux qui empêchent nos enfants d’aller à l’école et qui gâtent le nom de l’islam. Nous devons tous contribuer à ce combat contre les terroristes parce que le pays nous appartient à tous. Aujourd’hui, c’est le MPP qui a bénéficié du mandat du peuple pour diriger, demain ça peut être le CDP, l’UPC, l’ADF/RDA ou un parti dont personne ne s’imagine. Mais celui qui doit nous amener à cette union sacrée, c’est le président Roch Kaboré. Je ne dirais pas que tout est négatif sous sa gouvernance. Le Burkina Faso, tout comme d’autres pays africains, traverse actuellement des situations difficiles. Mais comme un adage de notre terroir le dit, le nom de l’hyène est gâté depuis son enfance. Alors que le nom de Roch a toujours été associé à la modestie, à la non-violence. Mais je me demande, ces derniers temps, si c’est encore le même Roch. Je demande à Dieu d’écarter les mauvais esprits qui s’approchent de lui et qu’Il lui donne le bâton du pardon, de la paix et de l’unité. L’unité nationale est fondamentale. Je souhaite aussi que le président aille au-delà de ce que prévoit la Constitution en ce qui concerne la concertation de l’opposition. Il doit régulièrement discuter avec elle au moins chaque trois mois pour qu’ensemble, nous puissions sortir notre peuple de la misère. Il faut le reconnaître, le peuple a faim.Pour terminer, je souligne que tous nos problèmes aujourd’hui, partent de nos bagarres minées par les anciens de 1972 à 1979. Ces bagarres ont débuté entre les étudiants qui étaient à Dakar, à Niamey, à Paris, à Moscou, à Tirana et ailleurs et  elles sont venues pourrir la vie politique au Burkina.

 

Interview réalisée par Drissa TRAORE

 

 

Cours d’histoire sur la création de l’ODP/MT

 

L’interviewé nous a autorisé à parcourir ses archives qu’il entend amener bientôt à l’imprimerie. De ce qui ressort, on note que les premières personnes issues des organisations de gauche dont certaines ont participé au Front populaire et d’autres à la création de l’ODP/MT sont les suivantes (liste non exhaustive): UCB (Union des communistes burkinabè) qui comprenait 15 civils et 15 militaires, s’est auto-dissoute pour la création de l’ODP/MT. Les civils étaient : Pr Clément Oumarou Ouédraogo, Pierre Bidima, Mohamadi Lamine Kouanda, Pr Etienne Traoré, Gabriel Tamini, Béatrice Damiba, Sory Sy Boureima, Joanny Kaboré, Prosper Birba. GCB (Groupes des communistes burkinabè) : Salif Diallo, Maurice Dieudonné Bonanet, Yacouba Barry, Réné Bassinga, Fousseni Ouédraogo, Evelyne Ouédraogo. PLP (Pour le parti) : Moïse Nignan Traoré, Salif Nébié, Simon Compaoré, Xavier Negbo, Alimata Nignan/Traoré. ULC (Union des luttes communistes): Dr Alain Zougba, Kader Cissé, François Compaoré, Prosper Bougma, Alphonse Ouédraogo, Sabné Kouanda, Célestin Tiendrebéogo, Léonard Compaoré, Dr Michel Zabramba. GCB normal : Idrissa Zampaligré, Jean Marc Palm, Issa Dominique Konaté, Claude Kambiré, Mathieu Ouédraogo, Jean Marc Sourabié. ULC-R (Union des luttes communistes reconstruites): Roch Marc Kaboré, Achille Tapsoba, Mahama Sawadogo, Lassané Savadogo, Blaise Kyelem, Oumar Diawara. « Salifou Diallo fut le premier à rejoindre l’ODP/MT avec un groupe de dissidents du GCB, secondé par Maurice Dieudonné Bonanet, son fidèle parmi les fidèles. Il y avait Yacouba Barry, ex-ministre de l’Urbanisme et de l’habitat, Réné Bassinga, Fousseni Ouédraogo, Evelyne Ouédraogo accompagnés de quelques élèves et étudiants. Et Roch Marc Christian Kaboré est venu après avec Achille Tapsoba ».

 

Par D.T

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