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MOHAMED KAHLOUN AMBASSADEUR DE TUNISIE A PROPOS DE LA REVOLUTION DU JASMIN ET DE L’INSURRECTION POPULAIRE AU BURKINA : « Il y a beaucoup de points de ressemblances »

MOHAMED KAHLOUN AMBASSADEUR DE TUNISIE A PROPOS DE LA REVOLUTION DU JASMIN ET DE L’INSURRECTION POPULAIRE AU BURKINA : « Il y a beaucoup de points de ressemblances »

 Le 17 février 2017, il faisait sa prise de fonction en tant qu’ambassadeur de la République de Tunisie au Burkina Faso. Lui, c’est Mohamed Kahloun, le tout premier ambassadeur de Tunisie au Burkina Faso, qui a présenté officiellement ses lettres de créances au Président du Faso, le mercredi 29 mars dernier. Quarante-huit heures après, nous l’avons rencontré pour échanger sur divers sujets dont la coopération entre le Burkina Faso et la Tunisie, le terrorisme et surtout la visite d’amitié et de travail qu’a entrepris le 4 avril dernier, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, au Burkina Faso. Juriste de formation et diplomate de carrière, il a également servi dans les ambassades de Tunisie en Irak et en Iran. Mohamed Kahloun dont le dernier poste assumé, était celui de directeur de la coopération multilatérale pour l’Afrique au ministère tunisien des Affaires étrangères, n’a pas hésité à nous accorder cet entretien.

 

Le Pays : Qu’est-ce qui a motivé la création d’une ambassade de la Tunisie au Burkina Faso puisqu’auparavant, c’était une représentation diplomatique avec résidence au Mali ?

 

Mohamed Kahloun : La motivation est très simple. Etant donné les relations excellentes d’amitié et de coopération avec le Burkina Faso et compte tenu des potentialités de coopération économique et commerciale avec ce pays, la Tunisie a décidé de l’ouverture d’une mission diplomatique résidente à Ouagadougou.

 

Dans quel cadre se situe la visite du chef du gouvernement tunisien au Burkina Faso ?

 

La visite d’amitié et de travail du chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, s’inscrit dans le cadre de l’attachement de la Tunisie à renforcer davantage les relations de coopération bilatérale qui unissent les deux pays depuis longtemps. La visite est une opportunité pour réaffirmer la volonté commune d’insuffler un dynamisme à leur coopération et examiner les opportunités disponibles afin de bâtir un partenariat privilégié, dans un esprit de solidarité et de fraternité africaine.

 

Pourquoi la Tunisie a-t-elle supprimé le visa d’entrée dans son pays pour les Burkinabè ?

 

La partie tunisienne a décidé d’exempter les citoyens burkinabè de visa d’entrée en Tunisie à partir du 1er mai 2015, de même que les autorités burkinabè ont décidé, dans le cadre de la réciprocité, d’exempter les détenteurs de passeports tunisiens des formalités de visa d’entrée. Cela fait tout simplement suite aux excellentes relations d’amitié et de coopération entre les deux pays.

 

A combien estimez-vous la communauté tunisienne vivant au Burkina Faso et dans quels domaines vos compatriotes exercent-ils ?

 

Nous estimons entre 150 et 170 Tunisiens vivant au Burkina Faso et la majorité se retrouve dans le domaine des travaux publics avec l’entreprise SOROUBAT ; d’autres exercent dans le groupe CHAABANE qui est beaucoup présent dans les forages et les barrages. Je saisis cette opportunité pour souligner des « success stories » d’opérateurs tunisiens sur le marché burkinabè. Il faut relever que l’entreprise SOROUBAT totalise quatre projets portant sur la réalisation d’autoroutes sur 357 km. Je salue également l’œuvre hautement symbolique et humaniste de l’association « Le club de la vue » « Nadi Al Bassar » qui a mené 32 campagnes de lutte contre la cécité au Burkina Faso. Ces campagnes ont permis la réalisation de plus de 14 mille consultations et de plus de 10 mille interventions chirurgicales.

 

Quels sont les grands axes de développement entre les deux pays ?

 

Le cadre juridique régissant la coopération tuniso-burkinabè témoigne de la solidité des relations entre les deux pays. Il faut relever que plusieurs accords ont été signés et portent principalement sur la coopération économique, scientifique et culturelle de même que plusieurs conventions et protocoles de coopération dans les domaines de l’énergie, des mines, de l’environnement, des technologies de la communication, des sports, de la culture et de la coopération technique. A noter qu’une convention de non double imposition sur les revenus a également été signée le 15 avril 2003 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2014. Je me permets d’affirmer que plusieurs projets d’accords sont en cours de finalisation entre les deux parties, concernant notamment le transport routier des personnes et des marchandises, la propriété industrielle, la normalisation et la métrologie, l’artisanat, la conversion et l’utilisation des permis de conduire et des échanges de programmes de télévision et d’expériences techniques entre la télévision tunisienne et la Radiodiffusion télévision du Burkina Faso. Je rappelle que la septième session de la grande coopération mixte s’est tenue à Tunis du 28 au 30 septembre 2016 et a été couronnée par la signature de dix accords de coopération, dans différents domaines. Ces domaines se situent, entre autres, au niveau de la formation professionnelle et de l’emploi, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, l’éducation, la santé, la santé de la reproduction et la planification familiale, la culture, les affaires sociales. Il y a un accord de coopération entre la Société nationale des chemins de fer tunisienne (SNCFT) et la Société de gestion du patrimoine ferroviaire du Burkina Faso (SOPAFER-BF) tout comme celui qui existe entre l’Office national des postes de la Tunisie et la Société nationale des postes du Burkina (SONAPOST). En parlant des grands axes de développement, nous pouvons relever que malgré la baisse des exportations tunisiennes sur le marché burkinabè depuis 2013, le Burkina Faso  demeure parmi nos premiers partenaires commerciaux en Afrique sub-saharienne. Dans ce sens, le coton reste l’un des principaux produits importés par la Tunisie pendant qu’au niveau des exportations vers le Burkina Faso, nous avons des produits d’eaux minérales, gazéifiées, aromatisées et autres boissons non alcoolisées. On peut aussi citer les constructions et parties de constructions, plâtres, câbles, huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux, conserves de sardines, ciment, appareils électriques, papiers et cartons, et bien d’autres. L’inauguration par Tunisair d’une ligne aérienne entre Tunis et Ouaga via Bamako, à raison de trois vols par semaine, et d’une agence commerciale de même que l’organisation de plusieurs missions économiques, confirment la bonne santé des relations entre nos deux pays.

 

Est-ce que les causes qui ont prévalu à l’avènement de la révolution tunisienne sont toujours d’actualité ?

 

C’est pour ne plus parler de ces causes que notre pays s’est engagé avec détermination dans la construction d’un Etat de droit fondé sur des institutions démocratiquement élues et stables. Grâce à la volonté inébranlable de ses dirigeants et à l’engagement de toutes les composantes de la société, et avec l’appui des pays frères et amis, la Tunisie sera en mesure de relever les défis auxquels elle fait face et surmonter les difficultés conjoncturelles régionales et internationales pour permettre au pays de reprendre la voie d’une croissance économique soutenue et durable. Dans cet esprit et à l’initiative du Président de la République, le gouvernement d’union nationale conduit par Youssef Chahed, s’est attelé depuis son installation à créer les conditions favorables à une relance économique rapide et à accélérer le processus de réformes, à l’instar de l’adoption du nouveau Code des investissements qui permettra la création de nouveaux emplois et répondra ainsi aux aspirations légitimes des Tunisiens, pour davantage de progrès et de bien-être.

 

Où en êtes-vous avec la Commission de réconciliation nationale mise en place au lendemain de la révolution ?

 

Après la Constitution de janvier 2014, il a été mis en place l’Instance de vérité, de dignité qui est une institution spécialisée dans les dossiers de juridictions transitionnelles, c’est-à-dire toutes les questions ayant des relations avec les symboles de l’ancien régime. C’est pour trouver une solution tout d’abord juridictionnelle, avant de passer à la réconciliation nationale. En Tunisie, nous disons qu’on ne peut pas dépasser la période de l’ancien régime sans poser la question de la responsabilité politique et de la responsabilité juridique de tous les responsables de l’ancien régime, qui ont été impliqués dans des crimes, des tortures et dans les questions de corruption. Cette instance a tenu plusieurs séances de contacts avec les différentes victimes afin de témoigner publiquement et montrer les différentes pratiques antidémocratiques de l’ancien régime, en violation du principe des droits de l’Homme, de la démocratie. Par la suite, elles seront dédommagées moralement et matériellement, avant de passer à la réconciliation.

 

Quel sera le sort du Président Ben Ali qui vit en exil en Arabie Saoudite ?

 

C’est de la compétence de la Justice tunisienne.

 

Le Burkina et la Tunisie sont régulièrement victimes d’attaques terroristes. Comment ces deux pays peuvent-ils mutualiser leurs expériences pour lutter contre ce phénomène ?

 

La corrélation entre le développement durable et la sécurité nous amène à déployer davantage d’efforts et de moyens pour poursuivre la lutte contre le terrorisme, qui demeure notre priorité absolue. Ce fléau, qui a durement frappé nos deux pays, devient une menace à la paix, à la sécurité et un obstacle majeur au développement, n’épargnant désormais aucune région dans le monde. Ceci nécessite un élan solidaire et responsable de tous les pays africains et de la communauté internationale ainsi que la conjugaison de nos efforts à travers une coordination accrue entre nos structures respectives, en vue d’éradiquer les sources et les causes liées à ce phénomène. Nous sommes également appelés à nous orienter résolument vers le développement durable et soutenu de notre continent, en favorisant  l’intégration régionale et continentale afin de hisser l’Afrique au niveau des grands ensembles économiques dans le monde et pour qu’elle assume pleinement son rôle dans l’édification d’un nouvel ordre international équilibré, solidaire et équitable. Je voudrais souligner l’engagement qui est le nôtre, de veiller à la mise en application de tous ces instruments en vue de les voir produire les résultats escomptés.

 

Quel est l’impact du terrorisme sur le tourisme tunisien ?

 

L’impact du terrorisme reste toujours conjoncturel. La Tunisie a réussi à dépasser cette situation, grâce aux performances de ses organes de sécurité, de son armée nationale et à la diversification du marché touristique, notamment la contribution de notre voisin algérien qui choisit la Tunisie comme destination préférée.

 

Quelle similitude pouvez-vous établir entre la révolution tunisienne et l’insurrection populaire au Burkina ?

 

Il y a beaucoup de points de ressemblances, même si chaque pays a ses spécificités. Pour ce qui est de la transition politique, les deux pays l’ont réussie à travers l’organisation d’élections libres, reconnues par la communauté internationale. Ils ont instauré un régime basé sur le respect des droits de l’Homme, de la démocratie, la liberté d’expression. Mais, il reste la transition économique qui est un vrai défi pour les deux pays, et qui nécessite de renforcer davantage la coopération bilatérale pour surmonter les difficultés économiques et assurer la transition économique et sociale. A noter que ces deux révolutions étaient pacifiques. D’ailleurs, la Tunisie est la seule exception du printemps arabe qui a réussi à instaurer un régime démocratique, sans s’enliser dans la violence. Elle a opté pour le dialogue comme moyen de résoudre les différences entre les partis politiques. Et pour cette raison, la Tunisie a reçu le prix Nobel de la paix en 2015.

 

Que devient l’Union du Maghreb arabe (UMA) ?

 

La Tunisie marque son attachement à l’édification du Maghreb arabe. Elle la considère comme un processus irréversible tout en reconnaissant les difficultés conjoncturelles. Les relations de la Tunisie avec les pays maghrébins, sont très développées dans tous les domaines. En ce qui concerne la crise libyenne, la Tunisie a proposé une initiative pour la résoudre, en coordination avec l’Egypte et l’Algérie. Cette initiative favorise le dialogue  entre les Libyens eux-mêmes, sous l’égide des Nations unies.

 

Comment expliquez-vous alors que le Maroc frappe à la porte de la CEDEAO et êtes-vous dans la même position ?

 

La Tunisie, depuis 2008, a demandé l’ouverture de négociations avec la CEDEAO pour avoir le statut d’observateur et finir l’adhésion complète à ce regroupement qui est économiquement très important. La Tunisie opte pour l’intégration économique régionale et c’est pour cette raison qu’elle a déposé une demande semblable au COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe).

 

Pouvons-nous affirmer aujourd’hui que le Burkina Faso est supérieur à la Tunisie sur le plan footballistique quand on sait qu’à la dernière CAN au Gabon, les Burkinabè sont venus à bout des Tunisiens par 2 buts à 0 en quarts de finale ?

 

Dans les confrontations directes, le Burkina Faso est supérieur et du point de vue des statistiques, les résultats confirment cette réalité. Néanmoins, la Tunisie est mieux placée que le Burkina Faso sur le plan africain ainsi qu’au niveau international. En tout état de cause, nous portons beaucoup d’estime à l’équipe burkinabè qui a montré des performances exceptionnelles lors de la dernière CAN. Cette réalité n’est pas confirmée dans les matchs des clubs où les équipes tunisiennes ont montré une nette supériorité. Et le match du 8 avril 2017 à Ouagadougou entre le RCK et le CS Sfaxien va nous en donner la réponse. Mais, je dirai tout simplement : que le meilleur gagne. Bonne chance à toutes les deux équipes.

 

Propos recueillis par Antoine BATTIONO

 

 

 

 

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