La chronique du fou

MONTEE DE LA VIOLENCE AU BURKINA : Où allons-nous ?

J’avoue que je ne comprends plus le Burkinabè. Il devient de plus en plus violent. La vie humaine n’a plus de sens pour lui. En effet, j’étais encore sous le choc lorsqu’en parcourant les colonnes d’un journal de la place, j’appris qu’une population en furie avait attaqué le commissariat de police de Bondoukuy, le 7 avril dernier, où elle avait fait la peau à un détenu. Je n’ai pas eu le temps de me remettre de cette émotion, lorsque, le 8 avril, j’apprenais qu’un jeune homme a été tué dans la commune rurale de Saaba pour avoir commis le péché « irréparable » d’enceinter la fille bien-aimée d’un commerçant. Remontées, les populations ont, en représailles, mis à sac le domicile, la boutique et la voiture de ce commerçant. Ce dernier a eu la vie sauve grace à l’intervention de la gendarmerie. Que se passe-t-il ? Pourquoi le Burkinabè est-il devenu ainsi ? A la moindre chose, il réagit violemment si bien que les forces de l’ordre elles-mêmes semblent parfois débordées. Quand tu commets un accident mortel et que tu as la malchance d’être en voiture, on brûle ta « caisse » si on ne te lynche pas sans ménagement au pays des Hommes intègres. On ne parle pas de ceux-là qui, sans aucune honte, ont choisi de faire fortune sur le dos des autres. Je veux parler de ces voleurs et autres bandits de grands chemins qui ont fait les frais de la vindicte populaire, en passe de devenir la règle dans notre pays. Oh Dieu ! Braves-gens, où allons-nous ? Pourquoi tant de mépris pour la vie humaine pourtant sacrée ? Même nous que la société marginalise en nous traitant de fous, nous ne sommes pas à l’abri de cette montée inquiétante de la violence au Burkina. J’ai encore en mémoire l’assassinat de mon ami Wendlassida qui a été retrouvé mort sans certaines parties de son corps, l’an passé dans un quartier de Ouagadougou. Le Syndicat national des Fous du Burkina (SNBF) que je dirige avait à l’époque exprimé son indignation, mais rien n’y fit puisque quelques semaines plus tard, un autre fou avait été sauvagement tué dans cette ville de Ouagadougou. Oh pauvres Burkinabè ! Le Burkina est-il devenu une jungle où les plus forts, pour ne pas dire les plus fortunés, s’arrogent le droit de vie et de mort sur les autres ? Non ! Non et non ! Il faut que l’on se ravise. Dans un Etat de droit comme le nôtre, il y a des moyens de règlements légaux des litiges ou conflits qui nous divisent par moments. La voie de la violence n’est pas une solution. Elle est d’ailleurs très dangereuse pour l’avenir de notre nation. Puisqu’à l’allure où vont les choses, personne n’est à l’abri d’un lynchage. En fait, je comprends parfois l’amertume des populations. Elles ont parfois l’impression que la Justice a démissionné. Ce qui donne le sentiment d’une impunité généralisée. On a des exemples de gens qui ont commis des crimes et qui courent toujours les rues. Et ils sont aussi nombreux les voleurs qui ont été pris la main dans le sac et qui, transmis aux forces de l’ordre, se sont retrouvés quelques jours plus tard au quartier, narguant ainsi leurs victimes. Ce pourrait donc être ceci qui explique cela. N’ayant plus confiance en la Justice, les populations préfèrent se rendre elles-mêmes justice, en lynchant ou en assommant à la moindre occasion toute personne fautive. Ainsi donc, l’autorité de l’Etat s’en trouve affectée. Les campagnes de sensibilisation organisées çà et là par le ministère des Droits humains et de la promotion civique n’ont visiblement produit aucun effet. C’est à se demander si ce ne sont pas des occasions pour s’offrir des perdiems ce d’autant qu’on ne note pas vraiment de changement de comportement. Vraiment, il faut que les Burkinabè revoient leur copie.

(LE FOU)

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