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MORT DU N°2 DU GSIM ET ANNONCE DE NOUVELLES STRATEGIES POUR LE FRONT

La peur va-t-elle enfin changer de camp ?

A la faveur de la visite de la ministre française de la Défense, Florence Parly, dans les pays du Sahel et de la tenue du Conseil des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des pays du G5 Sahel, le mardi 5 novembre dernier, à Ouagadougou, les bonnes nouvelles s’accumulent pour le front de lutte contre les groupes terroristes qui ont recouvert du voile de la terreur, toute la zone. En effet, après l’annonce, à Ouagadougou, du très prochain coup d’envoi de la nouvelle opération militaire conjointe entre la force française Barkhane et l’armée burkinabè pour sécuriser la zone dite des trois frontières (Burkina-Mali-Niger) autrement appelée « le triangle de la mort », la patronne des armées françaises a évoqué avec le Président malien, Ibrahim Boubacar Keita, l’arrivée, dès l’année prochaine, de forces spéciales européennes en soutien aux Forces Armées Maliennes (FAMA).

 

La situation devient intenable

 

Dans la foulée, dans l’avion qui la ramenait en France, la missi dominici de Paris en Afrique subsaharienne, a annoncé la mort du N°2 du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), Ali Maychou. En rappel, ce dernier était  le « deuxième terroriste le plus recherché au Sahel ». Transfuge d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), il était un proche collaborateur d’Iyad Ag Ghali, le N°1 du GSIM qui a revendiqué de nombreux attentats au Mali et au Burkina. Du côté du G5 Sahel, de nouvelles mesures sont aussi annoncées pour s’adapter à la recrudescence du terrorisme. En plus de la restructuration du Secrétariat permanent pour l’adapter aux défis sécuritaires, il est prévu un redéploiement des bataillons sur les différents fuseaux, pour rendre plus performante la force conjointe. Par ailleurs, on annonce l’arrivée très prochaine de nouveaux partenaires techniques et financiers dont les Turcs, avec déjà une contribution estimée à 5 millions de dollars d’équipements, des pays du monde arabe avec lesquels le G5 Sahel souhaite discuter sans intermédiaires et des Russes.Au plan national, les armées ne sont pas en reste. Au Mali, par exemple, les autorités annoncent un changement de stratégie. Il est dit que les FAMA vont passer de l’option de la  défensive à celle de l’offensive.  Toutes ces mesures, si elles vont au-delà de l’effet d’annonce, devraient faire bouger les lignes sur le front. Suffiront-elles à faire changer la peur  de camp? « Qui vivra, verra », pourrait-on répondre. Une chose est certaine, les populations n’attendent que cela, car la situation devient intenable. Depuis 2015, les attaques menées par les groupes djihadistes ont déjà fait plus de 600 morts militaires et civils pour le seul Burkina Faso. Ces attaques ont drainé dans leur sillage des affrontements communautaires meurtriers et occasionné un exode massif de populations.  Toutefois, à l’analyse de la riposte que proposent les Etats du G5 Sahel au pic de violences que l’on enregistre, on reste sur sa faim.

Il est inadmissible que la diplomatie de la mendicité et les appels au secours soient érigés en politique de défense et de sécurité

 

En effet, on remarque que l’essentiel de la stratégie est largement tributaire des puissances extérieures auxquelles l’on tend la sébile autant pour les ressources financières et matérielles que pour les ressources humaines. On ne le dira jamais assez, nos Etats doivent assumer en toute dignité leur souveraineté internationale. C’est d’ailleurs ce que nous recommande la sagesse africaine qui, non seulement dit que « la main qui reçoit ne saurait être plus  haute que celle qui donne»,  mais aussi que « qui dort sur la natte d’autrui, dort par terre ». Si l’on peut donc comprendre que les Etats du G5 Sahel, surpris par le phénomène du terrorisme et l’ampleur qu’il a prise, appellent à la solidarité internationale pour desserrer l’étau, le temps de s’organiser et de monter en puissance, il est inadmissible que la diplomatie de la mendicité et les appels au secours soient érigés en politique de défense et de sécurité. Du reste, ce n’est un secret pour personne que toutes les puissances sollicités n’accourent pas au chevet de l’Afrique par humanisme, mais plutôt pour l’intérêt géostratégique et économique que le continent représente. Les Etats, c’est connu, n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Il faut donc craindre que la multiplication des puissances étrangères sur le continent ne crée non seulement une nouvelle ère des rivalités impérialistes sur fond d’intérêts en  Afrique comme ce fut le cas au XIXe siècle, mais qu’elle en vienne aussi à prendre en otage la paix à travers une nouvelle balkanisation du continent en zones d’influences. Cela dit, comme le dit l’adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Une chose est en effet d’annoncer des stratégies, une autre est de les opérationnaliser et cela, avec les résultats attendus et dans les délais les meilleurs. Il est certain que plus les choses tarderont,  plus les terroristes  prendront de l’avance sur le terrain. On peut même se demander, avec la mutation rapide des stratégies des ingénieurs du mal, si le retard pourra être rattrapé. Il est donc plus qu’urgent que l’espoir qu’ont fait naître toutes les récentes nouvelles pour le front, se traduise au plus vite en actes concrets pour annoncer une nouvelle aube pour les populations du Sahel qui dorment le plus souvent la peur au ventre, sans savoir de quoi sera fait le lendemain.

«  Le Pays »

 

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