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MUNICIPALES PARTIELLES A L’ARRONDISSEMENT 4 DE OUAGADOUGOU : L’engouement risque de ne pas être au rendez-vous  

MUNICIPALES PARTIELLES A L’ARRONDISSEMENT 4 DE OUAGADOUGOU : L’engouement risque de ne pas être au rendez-vous   

 

Une fois de plus,  l’arrondissement 4 de Ouagadougou encore appelé Nongr-Massom, à l’instar d’une dizaine de communes du Burkina, abrite, le  28 mai prochain, des élections partielles devant aboutir à l’élection du maire.  Seize partis politiques et regroupements d’indépendants y sont en lice pour ce scrutin dont l’ouverture de la campagne est annoncée pour  le 13 mai prochain. Comment les résidents dudit arrondissement accueillent-ils ces élections ? Quelles sont leurs attentes du prochain Conseil municipal ? Pour avoir des éléments de réponses à ces questions, nous sommes allés à leur rencontre.

Qui présidera le Conseil municipal de l’arrondissement 4 de Ouagadougou à l’issue des élections partielles du 28 mai prochain ? Difficile pour l’heure de donner un nom avec exactitude. C’est d’ailleurs pourquoi, l’inquiétude demeure malgré  l’assurance faite par la  Commission électorale nationale indépendante (CENI)  qui dit avoir « aplani » les difficultés, pour reprendre les mots de son premier responsable, Newton Hamed Barry, afin que le scrutin se déroule dans les règles de l’art. Cet arrondissement, on se rappelle, avait connu, le 2 mars dernier, la dissolution de son Conseil municipal en Conseil des ministres. Le même scénario s’est produit aux élections couplées législatives et municipales de 2012, où cet arrondissement avait connu l’annulation des résultats provisoires des élections municipales par le Tribunal administratif de Ouagadougou au motif que le Conseil municipal ne parvenait pas à tenir ses sessions, faute de quorum.

« Nous ne pouvons pas continuer à voter des gens qui vont continuer à se battre comme des enfants »

Si  le 23 février 2014, les populations sont sorties nombreuses pour faire leur choix,  cette fois-ci l’engouement risque de ne pas être au rendez-vous. En effet, beaucoup de résidents de cet arrondissement  s’accordent à renoncer à exercer leur droit  citoyen le 28 mai prochain. C’est le cas de Albert Ouédraogo, restaurateur. « C’est inutile de réorganiser les élections dans cet arrondissement. C’est un gaspillage d’argent. Sinon, nous ne pouvons pas continuer à voter des gens qui vont continuer à se battre comme des enfants. Nous n’allons pas sortir  voter des gens qui vont encore  s’asseoir et boycotter les sessions. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun respect pour nous, les électeurs de cet arrondissement. Nous, nous n’avons pas confiance aux différents candidats », a-t-il soutenu. Assis sous un hangar après avoir joué au  PMU’B, M. Ouédraogo pense qu’il y a lieu de revoir le mode du scrutin pour les municipales au Burkina. « Il semble que plus de 16 communes ont eu ce problème. Pour moi, il y a lieu de revoir le système du scrutin. Il faut qu’on change le système de vote de telle sorte qu’avant qu’un électeur aille aux urnes, il ait déjà une idée de qui est candidat pour le poste du maire. Cela lui permettra  de faire en même temps son choix et mieux, cela nous évitera ce genre de problème. A ce moment, aucun  conseiller opportuniste ne viendra dire qu’il est contre telle ou telle personne à la tête de la mairie. Sinon, ce que la CENI fait actuellement, ce  sont des conneries. Il faut quitter dans ça ! Moi, en tout cas, je n’irai pas voter. Ils (NDLR : conseillers municipaux) nous ont déjà déçus. L’arrondissement 4 n’est pas le seul arrondissement de Ouagadougou. Nous, nous n’allons pas continuer à mettre nos bulletins dans les urnes et vous, vous allez vous battre comme des bambins, alors que c’est un monde qui vous a élus », a-t-il lancé aux conseillers « bagarreurs », la voix teintée de colère.  Tout comme Albert Ouédraogo, Adjara Compaoré, vendeuse de poissons frits, menace de boycotter les élections partielles du 28 mai prochain.  « Nous sommes fatiguées. Personnellement, je ne vais pas laisser mes affaires pour aller voter des conseillers qui ne pensent qu’à leurs intérêts plutôt qu’à l’intérêt général. Chaque fois, c’est à l’arrondissement 4 qu’il y a des problèmes. C’est quel genre d’arrondissement ça ? Monsieur le journaliste, dites-moi, qu’y a-t-il de si précieux à la mairie pour que les conseillers continuent à se frapper ? », s’est-elle interrogée. Une question à laquelle nous n’avons pas pu apporter de réponse. Mais, plus d’un s’accordent, de nos jours, à dire que le difficile choix de l’édile de cet arrondissement serait lié aux potentialités de la zone. « Cet arrondissement regorge de beaucoup de potentialités. Donc, tous (NDLR : conseillers) veulent être maire pour se remplir les poches », a confié un ressortissant de cet arrondissement qui a requis l’anonymat. Et son ami, la quarantaine bien sonnée, qu’il avait remorqué sur sa motocyclette de renchérir : «  Vous savez que les gens cherchent à être maire pour profiter des parcelles. Ici, il y a encore mieux car cet  arrondissement  abrite le poumon industriel du pays, en l’occurrence la zone industrielle de Kossodo. Ça rapporte beaucoup à la mairie », a-t-il confié. Si Albert Ouédraogo et Adjara Compaoré entendent vaquer à leurs occupations plutôt que d’aller exercer leur droit citoyen le 28 mai prochain, Djingri Issa Kaboré, moniteur de tennis, ne s’inscrit pas dans cette logique au regard des enjeux de ce scrutin. «Les gens se sont battus pour que les élections reprennent dans  cet arrondissement. Car, une commune qui est sous délégation spéciale ne peut pas bénéficier d’aide financière de la part des bailleurs de fonds. Donc,  j’irai voter, non seulement parce que  c’est un devoir citoyen, mais aussi parce que mon arrondissement a besoin de progresser.  Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui viendra choisir les conseillers municipaux à notre place. Il faut seulement faire le choix et le bon. Donc, j’espère que le scrutin se déroulera bien ainsi que le choix du maire », a-t-il souhaité. Embouchant la même trompette, Marceline Sawadogo, vendeuse du riz, a laissé entendre qu’elle se rendra dans les bureaux de vote le 28 mai prochain pour faire, a-t-elle insisté, le bon choix. « J’irai voter. Car, j’ai besoin d’un changement dans mon arrondissement. Ce changement, ce sont les conseillers municipaux qui peuvent l’opérer, à mon avis. On a besoin de la nourriture. Donc, j’irai voter », a-t-elle martelé avec un sourire aux coins des lèvres.

« Nous ne voulons pas de conseillers opportunistes »

Si Marceline Sawadogo a déjà choisi son candidat dont elle n’a pas voulu nous dévoiler le nom,  Amadou Tapsoba, agent à la mairie de l’arrondissement 4 de Ouagadougou, dit n’avoir pas encore fait son choix. Il promet néanmoins de se rendre aux urnes le jour du scrutin. A Jour-J moins 2 de l’ouverture de la campagne de ces élections, M. Tapsoba  appelle les différents candidats en lice à plus d’éthique et au respect de leurs engagements.   « Les élections qui viennent ont beaucoup d’enjeux, car il y a beaucoup de rancune et de jalousie. Personnellement, je n’ai pas de candidat. L’essentiel pour moi est que nous ayons des conseillers qui puissent élire leur maire et siéger pour le bon fonctionnement de l’arrondissement. Seulement, nous ne voulons pas de conseillers opportunistes, c’est-à-dire des conseillers qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts. Il faut qu’ils revoient leur copie. Des conseillers qui ne sont même pas capables de s’acheter une poule et qui promettent des voitures aux électeurs, nous n’en voulons plus », a-t-il fait savoir. Amadou Diallo, lui, est gérant de parking. La trentaine bien sonnée, il garde toujours un mauvais souvenir du dernier scrutin municipal. « Vraiment notre arrondissement-là, c’est grave ! », a-t-il lancé, avant de poursuivre :   « Chaque fois, il y a des problèmes entre les partis politiques. Cette fois-ci, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et l’Organisation pour la démocratie et le travail (ODT) s’étaient entendus et avaient même signé une convention pour travailler ensemble. Mais, on a remarqué qu’ils n’ont pas pu s’entendre. Pourtant leur coalition avait la majorité avec 13 conseillers. Dans beaucoup de mairies, ils ont travaillé ensemble, même à  la mairie centrale. Mais ici, on ne sait pas pourquoi ils ne se sont pas entendus », s’est-il demandé. Conscient que cette situation impacte l’essor de la commune, M. Diallo souhaite que cette fois-ci, les différents candidats mettent de l’eau dans leur vin.  « J’aurais appris que c’est parce que la tête de celui qui devrait diriger la mairie ne plaisait pas à beaucoup de personnes et que c’est à cause de cela qu’il n’y a pas eu d’attente. Mais cette fois-ci, nous voulons qu’ils s’entendent sur le choix du maire. Nous souhaitons que les conseillers qui seront élus pensent beaucoup plus aux populations. Sans le maire, l’arrondissement ne peut pas fonctionner. Donc, qu’ils se mettent en tête qu’ils ont un devoir de redevabilité vis-à-vis des électeurs», a-t-il conclu.

Mamouda TANKOANO

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