MUTINERIES REPETEES EN COTE D’IVOIRE : Le soldat ADO à la peine

MUTINERIES REPETEES EN COTE D’IVOIRE : Le soldat ADO à la peine

 

 La fin de la semaine écoulée a été, pour le moins, éprouvante pour le pouvoir ivoirien, avec la « révolte » des soldats qui ont investi les rues de certaines villes dont Abidjan, pour exprimer leur colère par des tirs en l’air après qu’un des leurs, supposé être leur porte-parole, a fait part au chef de l’Etat de leur renoncement au reliquat des primes promises. On le sait, ces primes de l’ordre de 12 millions de FCFA avaient été, en effet, promises par les autorités ivoiriennes en janvier dernier alors que les soldats, essentiellement les ex-rebelles qui ont contribué à la chute de Laurent Gbagbo en avril 2011 pendant la crise post-électorale, avaient déclenché des mutineries, paralysant presque tout le pays. Un accord avait donc permis de verser, dans « l’urgence », une première tranche de cinq millions de FCFA à chacun des 8400 soldats concernés. Et c’est l’apurement du reliquat, 7 millions de nos francs, qui est le nouveau casus belli entre les mutins et le gouvernement ivoirien qui est désormais entre le marteau et l’enclume, en ce sens qu’en cédant aux revendications des soldats, il court le risque d’un appel d’air aux multiples revendications des syndicats qui ont été, eux, priés de mettre en veilleuse leurs différentes revendications, au regard de la situation économique du pays. Pour leur part, les mutins, eux, semblent se mettre dans une logique de droits acquis.

Les ex-rebelles apparaissent aujourd’hui comme un boulet au pied du régime en place

La réalité est que ce nouveau coup de colère des militaires intervient dans un climat social agité et dans un contexte de récession économique avec la chute vertigineuse des cours du cacao, premier produit d’exportation de la Côte d’Ivoire. C’est, en effet, pour dire que le contexte n’est guère favorable à ces mouvements d’humeur, surtout de la part de soldats qui sont censés avoir le sens du sacrifice pour la nation qui est au bord de l’une des pires crises économiques de son histoire. Plutôt que de faire preuve d’un ardent sens de patriotisme face à la dégradation de l’économie consécutive à la crise cacaoyère qui frappe de plein fouet des milliers de producteurs, ces soldats mutins aggravent tout, en bloquant les corridors permettant les échanges commerciaux entre la Côte d’Ivoire et ses voisins du Nord. Depuis le 12 mai, nul besoin de dire que ces mutineries ont provoqué un flétrissement des activités économiques. Ce qui semble aussi agacer les populations, déterminées à faire plier les mutins. C’est dire qu’il y a péril en la demeure et si l’on n’y prend garde, la situation risque d’être beaucoup plus compliquée qu’on ne l’imagine. Hier, considérés comme des héros qui ont permis d’en découdre avec les forces loyalistes de l’ancien président Laurent Gbagbo qui s’était agrippé au pouvoir malgré sa défaite électorale face à l’actuel n°1 Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), ces ex-rebelles apparaissent aujourd’hui comme un boulet au pied du régime en place. Et cet énième pied de nez fait au président Ouattara vient, si besoin en était encore, révéler au grand jour que celui-ci n’a pas encore réussi à panser les stigmates de la  crise post-électorale de 2011.

Alassane Ouattara ne doit s’en prendre qu’à lui-même

Il y a encore des raisons de s’inquiéter pour la Côte d’Ivoire, jadis présentée comme un havre de paix. Politiquement, la réconciliation nationale se trouve toujours dans une certaine impasse. Militairement, le programme DDR (démobilisation, désarmement, réinsertion), subséquent aux accords politiques de Ouagadougou de mars 2007 qui devraient aboutir à une pacification du pays, semble ne pas produire les effets escomptés. C’est vrai que le difficile contexte économique actuel du pays est défavorable aux ex-rebelles qui se mutinent pour la deuxième fois, pour revendiquer leurs primes. Mais il y a lieu de dire que le président Alassane Ouattara ne doit s’en prendre qu’à lui-même. En effet, en s’engageant à payer à ces ex-rebelles cette sorte de rançon de la compromission quand ils se mutinaient en début d’année, ADO a plutôt fait preuve de laxisme et de fébrilité. Dans leur façon de gérer cette histoire de primes depuis janvier 2017, les autorités ivoiriennes ont donné l’impression à ces ex-rebelles, qu’il valait mieux revendiquer à la canonnière.  Le pouvoir ivoirien aurait tenu un langage de vérité aux mutins à travers des propositions réalistes et non contraignantes pour le Trésor public pour régler cette affaire de primes, qu’il ne serait pas dans cet engrenage aujourd’hui. En tout cas, pour sûr, le soldat ADO est à la peine.

Car, au stade actuel des choses, le président Ouattara n’a plus d’autre choix que de nouer un dialogue sincère avec les mutins, même si certains estiment que ceux qui ont parlé en leur nom ne sont pas assez représentatifs. Et cela, sans folklore. Tenter de les mater serait prendre un gros risque, dans un pays qui sort à peine d’une grave crise sociopolitique.

« Le Pays »

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1 Commentaire

  1. Aban

    Lorsque dans un combat politique, on a recours à une rébellion armée militaro-civile, avec un soutien décisif de forces étrangères coalisées pour vaincre, non pas un adversaire, mais l’ensemble des forces de défense et de sécurité du pays, c’est tout un pilier de la fierté nationale qui s’écroule. Qui est plus patriote que l’autre?
    Pour nous autres africains, il est temps de reconnaître cette part de responsabilité de Alassane Ouattara au lieu de stigmatiser le comportement d’une bande de miliciens pompeusement appelés soldats par la seule volonté de leur employeur qui, malheureusement a oublié l’essentiel à leurs yeux: Payer la part du butin tel que promis.

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