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NIGER Pourvu que l’histoire ne se répète plus

S’achemine-t-on vers une décrispation de l’atmosphère sociopolitique au Niger ? Telle est la question que l’on ne peut s’empêcher de se poser. En effet, huit militants du parti de Hama Amadou, président de l’Assemblée nationale, ont été libérés le 31 mai dernier. Ces militants dont le fils de Hama Amadou étaient accusés de vouloir déstabiliser le régime en place à travers une « campagne de terreur orchestrée dans la capitale ». Certes, 34 militants sont encore dernière les bourreaux, mais la libération de ces 8 militants peut être perçue comme un geste d’apaisement. En réalité, depuis le départ du MODEM/LUMANA, parti de Hama Amadou, de la coalition présidentielle, le mercure politique n’est plus jamais retombé. Les deux hommes se vouent une haine morbide au point que la République elle-même s’en trouve affectée. Le climat sociopolitique est tendu avec en toile de fond des accusations mutuelles de préparations de coups tordus, de tentative de déstabilisation ou d’assassinat. Le dernier cas en date est la tentative d’empoisonnement à laquelle aurait échappé le président de l’Assemblée nationale.

 

Le président Mahamadou Issoufou et Hama Amadou sont entrés en conflit ouvert

 

En effet, dans un entretien accordé à un journal nigérien, Hama Amadou soutient que l’on a tenté de corrompre son personnel de maison pour l’empoisonner, moyennant, poursuit-il, la bagatelle de 40 millions de F CFA. Oh, que diantre ! Que se passe-t-il ? Comment l’adversité politique peut-elle se muer en inimitié ? On se rappelle qu’il y a un mois à peine, le domicile de Hama Amadou avait été attaqué par des individus armés. Une enquête avait été ouverte à cet effet, mais jusque-là, elle n’a visiblement  pas encore permis d’identifier ces visiteurs indésirables. Le Niger qui avait commencé à envoyer au reste du monde l’image d’un Etat démocratique, commence à décevoir plus d’un observateur, depuis que le président Mahamadou Issoufou et Hama Amadou sont entrés en conflit ouvert. Le pays fait face à un blocage institutionnel sans précédent qui risque de plomber son progrès socio-économique. En effet, tout se passe comme si la présidentielle de 2016 qui s’annonce avait déjà commencé à obséder les esprits. Hama Amadou qui ne cache pas d’ailleurs ses ambitions présidentialistes fait feu de tout bois pour pourrir le mandat du président Issoufou qui, par ces temps qui courent, a réussi à s’attirer la sympathie de l’opinion nationale, à travers notamment la victoire qu’il a remportée dans le bras de fer qui l’opposait au groupe nucléaire français AREVA. Ainsi va la réalité en politique. On noue des alliances de circonstance, et suivant les intérêts et les ambitions, les mêmes alliés peuvent subitement devenir des ennemis jurés.

 

Le pouvoir ne veut plus rien concéder à l’opposition

 

C’est le cas de Mahamadou Issoufou et de Hama Amadou. C’est au nom d’une coalition que le premier a été élu chef de l’Etat, et le second doit son poste de président de l’Assemblée nationale à la même coalition. Devenus ennemis, les deux hommes semblent avoir pris en otage la République. Un jeu dangereux au sommet de l’Etat qui peut donner des arguments à l’armée pour revenir sur la scène politique. Ce qui constituerait un grand recul pour un pays qui avait commencé à imprimer sa marque en termes d’avancées démocratiques dans la sous-région ouest-africaine, notamment francophone. Déjà, trop de mauvais signaux ont été envoyés à la communauté internationale à travers les pressions tous azimuts exercées sur les médias, les arrestations d’opposants, les interdictions intempestives de manifester dans la capitale et en région, et on en oublie. Pas plus tard que le week-end écoulé, la marche que devait organiser l’opposition à Niamey, contre le président Issoufou, n’a pas été autorisée ; le pouvoir ne voulant plus rien concéder à l’opposition. Plutôt que d’interdire les marches de l’opposition, le président Issoufou, pour ne pas tomber dans le piège de ses adversaires, gagnerait à les encadrer. Car cela y va aussi de l’image de son propre régime.

 

Boundi OUOBA

 

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