NON PAIEMENT DES FACTURES DE LA PRESSE PRIVEE PAR L’ETAT : Bonnes gens, soyez justes !

NON PAIEMENT DES FACTURES DE LA PRESSE PRIVEE PAR L’ETAT : Bonnes gens, soyez justes !

La  presse burkinabè broie du noir en ce moment. Elle  connaît de graves difficultés  dont les conséquences sont pour le moins  désastreuses.  Le problème des factures impayées  est une triste réalité partagée par la quasi-totalité des médias du Burkina, qui offrent leurs services et autres prestations à l’Etat.  Les créances de l’Etat vis-à-vis des médias, se chiffrent à plusieurs centaines de  millions de F CFA et ces créances  datent parfois de plus de cinq ans.  Et  ce n’est pas que ces organes de presse n’aient rien fait pour recouvrer leur dû.  Hélas, à chaque fois, l’invariable et glaçant argument pour justifier les retards de paiement, est brandi : « c’est dans le circuit ! » Quelle est la longueur de ce circuit ?  Va-t-elle de la Terre au ciel ?

En tout état de cause,  à ce rythme,  bon nombre de médias burkinabè courent le risque de fermer!  Car, ils n’en pourront plus de toujours se saigner pour prester pour l’Etat et pour faire face aux nombreuses charges qui ont pour noms : dépenses fiscales, masse salariale,  factures d’eau et d’électricité, cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), sans compter l’obligation de payer  la TVA  pour toute prestation fournie, même si la facture n’a pas été payée au préalable. L’Etat et ses démembrements ne badinent pas là-dessus. Tout comme l’ONEA et la SONABEL - et elles ont raison – n’hésitent pas à vous couper le jus, pour un retard de trois mois. Et pendant ce temps, les créances des médias privés vis-à-vis de l’Etat continuent de s’entasser dans les méandres  du fameux «circuit ».

L’Etat devrait se faire le devoir et l’obligation de s’acquitter de ses dettes, d’autant plus  qu’à l’inverse, il se montre intraitable quand il s’agit, pour lui, de recouvrer ses créances vis-à-vis du privé. Et d’ailleurs, dans un Etat normal, démocratique, la presse doit-elle préfinancer pendant des années, les actions du gouvernement qui s’assied sans état d’âme sur les factures des médias et plus généralement sur celles  du privé, tout en voulant en même temps que l’économie soit dynamique?  En réalité, c’est l’Etat qui émascule l’économie de notre pays.

Un ministre, directeur de cabinet,  secrétaire général, président d’institution, etc., accepteraient-ils de travailler sans être payés  pendant trois, quatre ou cinq mois ?

Les retards dans les payements de factures, justifiés par des questions de procédures sur fond de lenteurs administratives parfois volontaires, ne peuvent tenir la route. C’est un peu trop court comme argument !  A tous ces techniciens de l’orthodoxie financière et autres tenants des cordons de la bourse de l’Etat, qui invoquent la raison des procédures, on peut leur retourner la question suivante : sont-ils prêts, eux, à se retrouver deux ou trois mois sans salaire ?  Un ministre, directeur de cabinet,  secrétaire général, président d’institution, directeur de service, etc., accepteraient-ils de travailler sans être payés  pendant trois, quatre ou cinq mois ?  Quel que soit leur degré de  patriotisme, peuvent-ils consentir ce sacrifice ?  Si la réponse est affirmative,  alors, nous acceptons, nous aussi, ce sacrifice.  Mais si elle est négative, alors, il ne faut pas demander aux organes de presse, l’impossible, ce que vous-mêmes vous n’accepteriez pas. Ce que les médias privés vous demandent, ce n’est pas d’augmenter les salaires des travailleurs, ce n’est pas « d’améliorer leurs conditions de vie et de travail », ce n’est pas « de satisfaire leur plate-forme revendicative» (peut-être auriez-vous préféré cela !). Ce que les travailleurs des médias privés vous demandent, c’est de leur payer leur dû. Ils ne vous demandent pas la charité. Soyez justes. Quand toute la journée, l’orphelin a travaillé, le soir venu, il faut lui donner sa rétribution.

Les journalistes sont aussi des salariés  et les entreprises qui les emploient ont besoin d’argent pour les payer ainsi que pour faire face à leurs charges de fonctionnement.  

 

Quand on fait travailler des personnes pendant des années sans les payer, cela devrait poser à l’Etat un sérieux problème d’éthique et de morale

Mais où  trouver l’argent quand les règlements des factures  ne peuvent plus  servir de combustible pour faire tourner la machine ?  Bonnes  gens, il faut être juste !  Quand on fait travailler des personnes pendant des années sans les payer, cela devrait poser à l’Etat un problème sérieux d’éthique et de morale. Et quand ce comportement est le fait de l’Etat qui doit faire preuve d’exemplarité en tout domaine, cela devient encore plus grave.

C’est une lapalissade de dire : « quand on ne travaille pas on ne mange pas ». Et cette dure réalité s’applique encore plus aux agents des entreprises privées qu’aux agents  de l’Etat qui savent que quelle que soit la situation, ils auront leur salaire à la fin du mois.  C’est loin d’être le cas dans le privé. C’est dire  si le problème des règlements de factures se pose avec acuité  à la presse privée.  En ce domaine aussi, le « plus rien ne sera comme avant », commence à sonner creux. Puisse le gouvernement burkinabè comprendre et accepter le sacro-saint principe de la continuité de l’Etat, notamment en matière de règlement des factures, de prestations qui ont profité au même Etat.

Par ailleurs, l’Etat feint d’ignorer qu’en plus d’être un des grands piliers de la démocratie (voir ce qui se passe aujourd’hui en France et aux Etats-Unis),  la presse privée accompagne l’Etat sur le plan socio-économique. En effet, elle emploie aujourd’hui sur le territoire national, plus de 1000 agents toutes catégories confondues (journalistes, techniciens de médias,  techniciens d’imprimerie, opérateurs de saisie, monteurs PAO, agents de l’Administration, correspondants, etc.), toutes choses qui représentent  un gain financier pour l’Etat et apportent leur contribution à la problématique du chômage, à ce chômage dont la résolution tient tant à cœur au gouvernement ! !

 

 

Les plus hautes autorités de ce pays ne doivent pas donner l’impression d’être complices  voire actrices de la lente agonie de la presse burkinabè

 

Mais, il est vrai que dans ce pays, beaucoup de gens veulent, comme on le dit,  « manger sur le dos de la presse ». A leurs yeux, les choses se résument à « tout pour nous, et rien pour les médias ! » Que ces médias disparaissent, ils n’en ont rien à cirer ; l’essentiel étant que seuls prévalent leurs intérêts immédiats.  Il est évident que l’Etat est un monstre froid, sans conscience.

Il faut arrêter ça !  Et les plus hautes autorités de ce pays ne doivent pas donner l’impression d’être complices  voire actrices de la lente agonie de la presse burkinabè qui, c’est le moins que l’on puisse dire, fait après tout la fierté du Burkina aux plans national et international. C’est connu et reconnu, la presse burkinabè  est l’une des meilleures du continent et ce serait dommage qu’elle  s’étiole et meure à petit feu.  C’est pourquoi l’heure ne

doit  plus être aux déclarations de bonnes intentions ainsi qu’aux propos du genre, « des instructions ont été données ».

 

Mesure-t-on depuis les hautes sphères de l’Etat, ce que la presse privée représente en termes de résolution des problèmes d’emplois ?

 

Il faut agir et le plus tôt serait le mieux.  C’est dans l’intérêt de tout le monde, y compris dans celui des décideurs. Car, il n’y a pas de démocratie sans presse libre et indépendante.  Mesure-t-on depuis les hautes sphères de l’Etat, ce que la presse privée représente en termes de résolution des problèmes d’emplois ? En plus, elle participe à la dynamique de la consommation, toute chose jugée importante dans une économie nationale.

Les décideurs devraient surtout se garder de croire que, parce que les médias privés bénéficient d’une subvention annuelle accordée par l’Etat,  c’en est déjà trop  et  qu’on peut alors se permettre de  prendre quelques libertés avec eux en repoussant toujours aux calendes burkinabè, les règlements de leurs créances. Car, s’il est vrai que  les efforts de  l’Etat pour aider la presse privée sont bien appréciés du monde des médias, il faut souligner que cette subvention ne représente en réalité pas grand-chose face à leurs charges. De fait, rarement un organe de presse s’en sort avec plus de 5 millions de F CFA par an. C’est une petite goutte d’eau dans l’océan des difficultés des médias. En réalité, on est tenté de croire que l’Etat s’accommode mal de l’existence d’une presse plurielle forte et responsable, et qu’il cherche les voies les plus subtiles pour la liquider ou, à tout le moins, pour la ringardiser et la transformer en mendiante larmoyante. Elle prend à témoin l’opinion publique nationale fière et jalouse de sa presse, et dans une certaine mesure, toute la classe politique et la société civile.

 

Le Conseil de Rédaction

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1 Commentaire

  1. MANANU

    Commentaire…chaque travailleur à droit à son salaire.qu’ils se mettent à la place de ces travailleurs là,et qu’ils ne sont pas payés,deux,trois,ou quatre mois.c’est faux

    Reply

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