HomeLa nouvelle du vendrediNOUVELLE DU VENDREDI

NOUVELLE DU VENDREDI


Il y a quelques semaines, nous organisions une journée culturelle en collaboration avec une école de la capitale. Au programme, nous avions une série d’activités et une prestation de conte présentée par les élèves. Après une présélection et une sélection, nous retenons une vingtaine d’élèves.

Pendant les répétitions, les élèves retenus se montrèrent très enthousiastes et méticuleux, excepté un élève du CE1, Franck qui se montra d’une maladresse et d’une gaucherie avec son récit. Soit il oubliait une partie importante du texte, soit il se perdait dans son récit en oubliant les mots, soit il recommençait sans cesse de manière affreuse. La veille du spectacle, j’en parlai à sa maîtresse.
– j’aurai bien voulu que le petit Franck participe au spectacle, mais convenez que c’est très difficile pour lui. Je ne veux vraiment pas lui faire de la peine, mais nous sommes obligés de faire sans lui au stade où nous en sommes.  Lorsque la maîtresse annonça la nouvelle à l’enfant, il eut une réaction qui me toucha énormément. Il s’écarta silencieusement de ses camarades et versa quelques larmes discrètes. Touché dans mon for intérieur, je pris Franck à l’écart et travaillai pendant une heure avec lui.
D’abord, je lui parlai doucement, lui expliquant que ce spectacle n’était qu’un évènement parmi d’autres qui viendront dans sa vie d’écolier. Par des mots simples, j’expliquai au petit Franck la philosophie de
savoir gagner et de savoir perdre pour préparer de nouvelles victoires. Le petit garçon m’écouta sagement et nous révisions ensemble le texte, la diction et les gestuels de son récit.
Franck travailla et nous espérions que cette fois-ci tout irait bien. Aux toutes dernières minutes de la répétition, ce fut la catastrophe. Franck ne put terminer son récit. Il se perdit lamentablement. Nous nous regardâmes la maîtresse et moi. Difficile mais nous devions prendre une décision anodine mais importante aux yeux de l’enfant.Le lendemain matin, une demi-heure avant la cérémonie, la maîtresse me dit :
– j’ai de la peine pour le petit Franck. Il fut le dernier à partir hier soir en répétant malgré notre décision. Ce matin, il est le premier à venir à l’école et il répète toujours dans l’espoir.
Sur le champ, je décidai de l’inclure dans le groupe. Advienne que pourra !
J’allai voir le petit Franck et lui dis :
– écoute Franck, que tu arrives à bien raconter ton histoire ou pas, avec ta maîtresse nous avons décidé que tu feras partie du groupe.
Par son regard brillant, j’en fus soulagé. Franck fut le meilleur du groupe pendant la représentation. A la fin du spectacle, Franck versa encore des larmes. Mais cette fois, c’étaient des larmes de joie et de triomphe.
Un courage d’enfant mais un courage exemplaire et exceptionnel.

Ousseni Nikiema,
70 13 25 96
[email protected]


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