NOUVELLE DU VENDREDI : La patience du prince

NOUVELLE DU VENDREDI   :  La patience du prince

 

  « Il faut toujours se contenir dans le feu d’une action provocatrice. Un geste motivé par la colère peut engendrer une suite regrettable »

 

Il ya très longtemps, Dima, un prince du Mogho, était sur le chemin de retour d’une campagne de guerre victorieuse. Le regard sombre, épuisé, mais le cœur soulagé, rempli de joie, de fierté et d’orgueil, le dignitaire avançait triomphalement. Escorté par ses vaillants guerriers lourdement armés et très disciplinés.

          A tout seigneur, tout honneur.

          Un griot au service de l’armée triomphante précédait le souverain à l’avance dans les villages et préparait la population pour l’accueil de circonstance.

         Après avoir traversé trente neuf  villages,  Dima, le prince de la savane de Dunia, reçut trente neuf témoignages de respect et de considération. La mobilisation, pour ovationner le passage des vainqueurs, était impressionnante.

A une demie journée de marche pour regagner son palais, le prince décida de faire halte dans le quarantième village pour restaurer et faire reposer sa troupe méritante.

       A Yi-Pélsé dans ledit village habitait un petit berger de douze ans. Il était orphelin et répondait au doux prénom de Béogo. Le gamin passait presque toutes ses journées au milieu de ses bêtes. Aimant le calme sur la colline, la mélodie des oiseaux, l’odeur des arbres, la compagnie de ses chèvres et ses moutons. Le petit garçon amoureux de la nature écoutait plus qu’il ne parlait. Lorsque les enfants de son âge arrivaient à le traîner au bord de la rivière pour les jeux d’adresses comme le tir à l’arc ou au lance-pierre, Béogo excellait par sa précision. Il était très adroit. Son habilité devant la cible était phénoménale.

      Pendant que Dima le prince et sa troupe cheminaient vers le village de  Yi- Pélsé, ses habitants s’affairaient pour la réception des visiteurs de marque.

      Béogo le petit berger adroit et solitaire, lui aussi, préparait l’accueil du souverain selon son inspiration. Discrètement, il monta sur un arbre aux feuillages touffus à l’entrée du village et attendit sagement.

       Lorsque une demie heure plus tard la troupe victorieuse apparut, les tambours du village se firent entendre. En tête, Dima le prince avançait magistralement sur son cheval. Le sabre d’un côté et la gourde d’eau recouverte à moitié de cuir tendre de chèvre pendaient sur les flancs de la monture princière.

      Lorsque Dima arriva à une trentaine de mètres de l’arbre, Béogo avec son lance- pierre visa la gourde du prince qu’il éclata en morceaux.

     Cette soudaine attaque jeta la confusion dans l’armée. Promptement, le plan de défense et de riposte se déchaîna. Les sabres brillèrent dans l’air, les lances défièrent le ciel, un mur de corps entoura le souverain.

     En quelques secondes, l’arbre qui abritait le danger, fut cerné. Béogo le petit fautif fut à terre, emprisonné par des bras musclés qui sollicitaient déjà un petit signe affirmatif du seigneur pour décapiter ce morveux insolent et faire promptement justice.

      Dima le prince était un guerrier redoutable, un leader, un meneur d’hommes aux principes et aux exigences inviolables. Mais le dignitaire était avant tout un homme pondéré, maître de ses nerfs, en tout temps et en toute circonstance. De son règne, il prenait toujours le soin de chercher, de décortiquer, de comprendre le motif d’un acte avant de se prononcer.

              -La patience et la bonne écoute donnent souvent un bon jugement. Disait-il.

    Dima le prince leva la main et fit à la surprise générale un geste d’apaisement et de retenue. Ce calme, cette maîtrise de soi du dignitaire, fit jaillir le souffle brûlant qui retenait toute sa troupe. Sur ordre, un cavalier saisit le gamin et l’emprisonnant de ses bras sur son cheval.

Imperturbable, le seigneur continua sa marche vers l’entrée du village de  Yi- Pélsé. Des témoins de la scène précipitèrent la nouvelle au village. Yi-Pélsé se plongea dans un silence funeste. Par prudence, loin du village, on isola la mère de Béogo qui pleurait  déjà la mort certaine et prématurée de son enfant.

Les salutations entre les notables de Yi- Pélsé et du souverain furent pesantes. Le prince, comme si rien ne s’était passé, gardait toujours sa sérénité. Aucun notable du village ne se risqua à parler de l’incident.

Deux heures plus tard, lorsque la troupe se restaura et se remit de ses émotions après une pause réparatrice, Dima fit venir le petit prisonnier. Il lui demanda :

Mon fils, qu’est-ce qui t’a pris de t’en prendre à ma personne ? Tu sais bien qui je suis !

Oui, altesse. Répondit l’enfant.

Alors, dis-moi ce qui t’a motivé à commettre un acte aussi suicidaire.

Que mon prince me châtie selon la gravité de mon geste. Mon destin est entre vos mains, mon devoir était de détruire votre gourde à l’entrée de mon village. J’ai accompli ma mission. Advienne que pourra.

Tu es bien énigmatique mon enfant. Avant de me prononcer sur ton sort, je veux connaître la raison de cette attaque ! rechargea le prince.

J’en voulais à votre gourde. Je suis l’un des meilleurs tireurs de mon village. Si j’avais voulu vous atteindre, je l’aurai fait.

Je veux voir ça ! proposa le prince qui voulait à tout prix percer le mystère de cette agression.

On plaça neuf louches comme cibles à une trentaine de mètres. Neuf fois, le petit berger atteignit l’objectif.

Cette  idée de détruire ma gourde ne t’est pas venue subitement. Dit le prince.

Il y a une dizaine de jours, j’ai rencontré une vieille femme inconnue sur la colline. Elle cherchait des feuilles et je l’ai aidée dans ses recherches. En remerciement, elle m’a recommandé ceci : « Béogo, ton devoir est de détruire la gourde du prince avant son entrée dans ton village ! » Prince, j’ai fait ce que je devais faire. Se confessa le petit berger attendant sa condamnation.

Le prince s’isola et réfléchit. Il voulait voir une lumière dans cette sombre affaire. Il demanda d’emporter les restes de la gourde retenue par le cuir. En fouillant prudemment dans l’objet de l’énigme, on trouva plaqué sur un débris, une petite araignée très venimeuse. Une seule goutte de son venin foudroyait un taureau en quelques minutes. Par son geste inspiré par le mystère, Béogo le petit berger, avait sauvé le prince d’une mort tragique.

     La patience, l’endurance du souverain pour percer le motif d’un acte, ont ainsi porté ses fruits. Le prince Dima adopta son jeune bienfaiteur providentiel. Béogo et sa mère connurent un destin glorieux.

 Ce que nous appelons hasard, est souvent une suite logique de faits programmés depuis la nuit des temps par les forces suprêmes de N’Soba le créateur.

Ousseni Nikiema, 70-13-25-96

lescontesdedunia@yahoo.fr

 

 

 

 

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