OPERATIONNALISATION DE LA FORCE CONJOINTE DU G5 SAHEL : Seuls compteront les résultats  

OPERATIONNALISATION DE LA FORCE CONJOINTE DU G5 SAHEL : Seuls compteront les résultats   

 

Les chefs d’Etat des 5 pays membres du G5 Sahel (Mali, Niger, Mauritanie, Tchad et Burkina Faso) se sont réunis hier, 2 juillet 2017, à Bamako, pour mettre en place la force conjointe qui sera déployée aux confins des frontières de ces différents pays pour traquer les groupes djihadistes qui écument la sous-région, depuis le déclenchement des crises libyenne et  malienne, et depuis que Boko Haram a installé ses pénates dans le Nord et le Nord-Ouest du Nigeria. Cette rencontre a vu la présence du président français, Emmanuel Macron, en pointe dans la lutte contre le terrorisme depuis son élection en mai dernier, à travers ses déclarations sans ambiguïté sur sa détermination à anéantir les terroristes, et son activisme au plan international pour obtenir l’appui de ses partenaires occidentaux et onusiens. Cette future force qui est estimée à au moins 5 000 hommes, devra, en principe, être projetée avant la fin de l’année dans un premier temps le long des bandes frontalières du Mali, du Niger et du Burkina, et chaque pays contributeur de troupes a été invité à y envoyer ce qu’il a de meilleur dans son armée, afin de lever très rapidement le doute sur la capacité de la force commune à venir à bout d’un ennemi à la fois déterminé et furtif. Car, certains partenaires potentiels mais encore sceptiques comme les Etats unis et la Grande Bretagne, attendent  de voir les résultats sur le terrain avant d’apporter leur appui financier aux opérations militaires à venir, d’autant qu’ils estiment non sans raison qu’il y a déjà suffisamment de soldats dans la zone (français, onusiens et ceux des pays de la ligne de front) pour en ajouter. Qu’à cela ne tienne, les pays membres du G5 Sahel sont déterminés à opérationnaliser cette force annoncée depuis plusieurs mois, même s’il va falloir encore une fois et comme toujours, tendre la sébile au monde entier en se servant de la France comme avocate. Cette dernière a déjà favorablement réagi, en promettant 8 millions d’euros, des véhicules et un appui opérationnel (foi de Macron). Elle promet, en outre, de faire du lobbying auprès de ses partenaires européens comme l’Allemagne et les Pays Bas afin qu’ils acceptent de cracher au bassinet, en attendant que d’autres pays trouvent la cause noble et décident de se joindre à eux et à l’Union européenne qui a déjà promis une cinquantaine de millions d’euros.

Il faudra aller vite et trouver les moyens à la hauteur de ce gigantesque défi

L’argent étant le nerf de la guerre, il est évident que les différentes patrouilles prévues dans le cadre de cette force commune et le droit de poursuite accordé aux armées des pays engagés dans la lutte, resteront au stade de projet, car, si les ressources humaines sont disponibles, les moyens matériels et financiers de ces pays pris individuellement, sont quant à eux aussi rares que les larmes d’un chien. C’est ce qui explique le coup de gueule du président tchadien Idriss Deby Itno qui a menacé de maintenir ses soldats dans les casernes et, plus inquiétant, de réduire les effectifs des contingents tchadiens actuellement engagés sur les différents théâtres d’opérations anti-terroristes, que ce soit au Mali ou dans le lac Tchad. Il faudra donc aller vite et trouver les moyens à la hauteur de ce gigantesque défi, pour ne pas donner l’impression que ce projet de force conjointe n’est ni plus ni moins que du bluff, un de plus, qui consiste à bander les muscles et à bomber le torse pour se dégonfler quelques instants plus tard, comme un ballon de baudruche. Et s’il y en a qui ne sont nullement impressionnés par les bruits de rangers entendus hier depuis la capitale malienne, c’est bien Iyad Ag Ghali et ses camarades qui, comme une sorte de réponse du berger à la bergère, ont brandi à la veille du sommet leur butin de guerre, composé de 6 otages dont des Français, tous enlevés dans les pays présents audit sommet. Pour une quenelle, c’en est une, et il ne serait pas étonnant de voir le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » multiplier des actions d’éclat d’ici à l’opérationnalisation de la force, comme pour dire qu’ils sont et restent toujours les maîtres du jeu. Certes, ils ont été beaucoup affaiblis ces derniers mois avec les différentes opérations militaires menées tambour battant aux frontières du Mali, du Burkina et du Niger, mais ceux qui ont pu en réchapper constituent, c’est le moins que l’on puisse dire, de véritables poisons pour la quiétude des populations et de sérieux problèmes pour les stratèges militaires, puisqu’ils évoluent de plus en plus en groupuscules très mobiles et donc peu traçables. En un mot comme en mille, on a beau multiplier les rencontres et appeler à la charité internationale pour mobiliser les ressources nécessaires à la traque des terroristes, on ne pourra convaincre les populations et les généreux donateurs de contribuer pleinement au succès des opérations que si les autorités des pays impliqués dans la lutte font preuve de bonne gestion des ressources allouées et si les soldats cessent de prendre la poudre d’escampette à la moindre alerte. Car, plus que la rhétorique, les effets d’annonce et les professions de foi, ce sont surtout les résultats qui comptent, et nous espérons que cette fois-ci au moins, tout le monde l’a compris et travaillera à en obtenir les meilleurs.

Hamadou GADIAGA

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