DES OPPOSANTS INTERDITS DE SORTIE DU TERRITOIRE AU GABON : Une mesure aux conséquences imprévisibles  

DES OPPOSANTS INTERDITS DE SORTIE DU TERRITOIRE AU GABON : Une mesure aux conséquences imprévisibles   

 

Depuis la réélection contestée d’Ali Bongo, il y a de cela un an, l’atmosphère sociopolitique est des plus délétères au Gabon. Le pouvoir et l’opposition incarnée par le candidat malheureux en la personne de Jean Ping, sont à couteaux tirés. Car, aux escarmouches et autres diatribes des plus virulentes, se succèdent les rumeurs les plus folles  sur les réseaux sociaux et dans les débits de boisson, rendant improbable toute sortie de crise. C’est dans ce contexte de tensions politiques sur fond d’appel à l’insurrection populaire que le pouvoir gabonais vient d’annoncer une série de mesures conservatoires qui, toutes proportions gardées, risquent de jeter de l’huile sur le feu. Il s’agit, entre autres, de l’interdiction de sortie du territoire national qui  frappe désormais Jean Ping et tous les responsables de la vingtaine de partis politiques regroupés au sein de la coalition pour la nouvelle République. Et joignant l’acte à la parole, Casimir Oyé Mba, l’un des anciens candidats à la dernière présidentielle, a été refoulé, le 1er septembre dernier à l’aéroport, alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion pour Paris, en France. Quant à l’ancien ministre Albert  Onda Ossa, par ailleurs candidat à la présidentielle de 2009, il a connu le même sort, le 3 septembre 2017, alors qu’il s’apprêtait aussi à quitter le territoire national. De son côté, le ministre gabonais de la Communication a interdit l’accès aux médias d’Etat à tous les opposants qui viendraient à lancer des appels à la désobéissance civile. Une sorte de « réponse du berger à la bergère », d’autant que ces mesures font suite aux propos « séditieux d’une extrême gravité tenus par monsieur Jean Ping, le 18 août dernier, appelant ses partisans aux troubles à l’ordre public, à l’insurrection, à la rébellion et à la guerre civile ».

La situation pourrait se dégrader davantage

Autant dire qu’il s’agit-là d’un nouveau palier dans le bras de fer qui oppose le régime d’Ali Bongo à Jean Ping et ses alliés qui, faut-il le rappeler, ne comptent pas pour du beurre au regard de leur poids dans le landerneau politique gabonais. Tous ceux qui pensaient que le dialogue politique initié au lendemain de la crise postélectorale par le pouvoir de Libreville, qui a conduit à la récente formation d’un gouvernement d’union nationale, allait contribuer  à décrisper l’atmosphère sociopolitique au pays des Bongo, doivent commencer à désenchanter tant les rancœurs sont tenaces entre les différents protagonistes. Et la situation pourrait se dégrader davantage si le président Bongo s’avisait à mettre sous les verrous un seul des opposants qu’il accuse de vouloir déstabiliser son régime. Tout se passe, en effet, comme si la récente lettre de félicitations que le président Emmanuel Macron  a adressée à Bongo fils était venue mettre le feu aux poudres. Car, c’est depuis lors que les chiens ont été lâchés ; en témoigne cette phrase que Jean Ping avait lancée à ses militants, dans un message à la nation : « Je ne vous retiens plus. Je vous enjoins d’organiser  dès aujourd’hui et sans limite, jusqu’au départ des putschistes, toute manifestation civique ». En tout cas, bien malin qui pourra prédire ce que la décision des autorités gabonaises d’interdire à certains opposants de quitter le territoire national pourrait engendrer comme conséquences. Pour l’heure, c’est le wait and see.

B.O

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