OUVERTURE DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE EN RDC

OUVERTURE DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE EN RDC

Les dés sont jetés 

C’est, en principe, aujourd’hui, 22 novembre 2018, que s’ouvre en RDC, la campagne pour l’élection présidentielle du 23 décembre 2018. Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, accepte enfin d’ouvrir sa succession, après avoir longuement fait le dos rond aux revendications de son peuple pour l’alternance et aux pressions de la communauté internationale. Mais avant d’accepter le passage à témoin, il a, dans l’optique d’assurer ses arrières, balisé le chemin pour son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, en éliminant les poids lourds de la scène politique congolaise, en l’occurrence Jean Pierre Bemba, Moise Katumbi et Adolphe Muzito dont l’avènement au pouvoir, serait lourd de dangers pour lui.

 Il existe de sérieuses inquiétudes pour une campagne apaisée

En attendant de revenir sur les chances des 21 concurrents qui ont mis les pieds à l’étrier pour cette course vers le palais de marbre de Kinshasa, l’ouverture de la campagne constitue en soi un véritable ouf de soulagement pour les Congolais qui commençaient à désespérer de cette élection qui semblait frappée de la malédiction de la procrastination et qui, par conséquent, a présenté pendant longtemps les contours d’un serpent de mer. Même si la course d’obstacles que représente le processus électoral en RDC est loin d’être terminée, l’on peut déjà saluer cette victoire d’étape et tresser des lauriers à tous les acteurs qui l’ont rendue possible. Sont de ceux-là, les partis membres de la plateforme de l’opposition et les Organisations de la société civile qui ont payé le plus fort de la lutte pour l’alternance et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dont la ferme pression a permis d’arracher l’Accord de la Saint-Sylvestre qui a constitué la feuille de route de cette marche vers l’élection.

Cela dit, si le processus électoral semble avoir atteint aujourd’hui un point de non-retour, il existe de sérieuses inquiétudes pour une campagne apaisée, transparente et équitable. Nonobstant la question de la machine à voter et celle du fichier électoral qui continuent de polariser les attentions, il se pose, comme le dénonce déjà un collectif de candidats, le problème de l’égalité d’accès de tous les prétendants à la magistrature suprême, aux médias et espaces publics. En effet, selon le porte-parole de ce collectif, « la campagne électorale qui commence, a déjà débuté avec le candidat du FCC qui a une longueur d’avance de 3 mois, parce qu’il a accès aux médias publics. On peut faire son apologie du matin au soir. Et quand nous allons faire la campagne, quelle garantie pour accéder à tous les lieux où nous devons faire la campagne ? Nous avons le cas d’un d’entre nous, Jean Philibert Mabaya à qui on a refusé l’accès au stade de Tshikapa ». En plus de ces récriminations, l’on dénonce aussi les tracasseries faites au candidat de la coalition de l’opposition, Martin Fayulu dont le retour par jet privé au pays, avait, dans un premier temps, été refusé avant d’être finalement autorisé par le gouverneur de Kinshasa. Au-delà de ces coups du pouvoir en dessous de la ceinture, il reste l’énorme équation de la sécurité ou de la sécurisation de la campagne, surtout pour les candidats de l’opposition dans d’immenses parties du pays encore sous coupe réglée des groupes armés.

Les conditions semblent réunies pour des contestations postélectorales

En effet, il est à craindre, dans ces régions parcourues sans discontinuité par des bandes armées, des pics de violences pendant la campagne. Et le pire, c’est que le pouvoir qui a tout à gagner dans ce chaos, semble avoir réussi à faire avaler à l’opposition et à la communauté internationale, les conditions d’une totale opacité en récusant les observateurs étrangers. Ce qui fait dire que l’opposition a naïvement investi toute son énergie dans la lutte pour la tenue des élections sans se préoccuper véritablement des conditions dans lesquelles elles se dérouleront. En tout cas, toutes les conditions semblent réunies pour des contestations postélectorales. Encore faut-il avoir quelqu’un pour pleurer cette opposition congolaise après l’échec de l’Accord de Genève où elle s’est montrée indigne de confiance en violant la parole donnée et en se montrant incapable de s’élever au-dessus des intérêts personnels et partisans pour viser le bien commun.

En tout état de cause, l’on peut se poser la question suivante : quelles sont les chances de l’opposition pour cette élection face au candidat du pouvoir ?  L’on peut tout de go dire qu’elles sont minces. En effet, en plus des obstacles dressés sur le terrain par le pouvoir, l’opposition traîne le lourd boulet des divisions internes. A cela, il faut ajouter la disproportion des moyens en faveur du candidat du pouvoir qui, en plus des moyens de l’Etat, bénéficie du soutien du président sortant. Les candidats de l’opposition ne peuvent donc compter que sur la soif d’alternance des Congolais. Autre facteur dopant, l’on peut penser que Félix Tshisékédi, Vital Kamérhé et tous ceux qui ont choisi de faire cavalier seul, vont puiser l’énergie au plus profond de leurs tripes pour prouver à l’opinion nationale et internationale qu’elle a eu tort de vouloir miser sur une candidature unique de l’opposition. Mais tout ceci semble un maigre lot de consolation et l’on peut penser que les dés sont déjà jetés pour le 23 décembre 2018.

 

« Le Pays »

 

 

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