PASCAL ZAIDA, COORDONNATEUR NATIONAL DE LA CED « Bientôt naîtra une des plus ambitieuses organisations que le pays ait jamais connues »

PASCAL ZAIDA, COORDONNATEUR NATIONAL DE LA CED  « Bientôt naîtra une des plus ambitieuses organisations que le pays ait jamais connues »

Il a fait la Une des journaux au plan national et même international. En effet, le samedi 21 octobre 2017, il a été arrêté par la police nationale burkinabè, à cause d’un meeting qu’il voulait organiser en tant que premier responsable du Cadre d’expression démocratique (CED). Ce qui lui a valu 37 jours de prison ferme à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), avec une amende de 50 000 F CFA.
Pascal Zaïda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est notre invité dans le cadre de notre rubrique hebdomadaire, Mardi politique. La situation nationale, la situation de la femme en politique au Burkina, celle sécuritaire sont, entre autres, les sujets que nous avons abordés au cours de cette interview. Lisez !

« Le Pays » : Cela fait un an que vous avez été arrêté. Quel souvenir en gardez-vous ?

Pascal Zaïda : A dire vrai, j'ai un sentiment mitigé, une année après les faits que vous évoquez. Je suis animé par un sentiment de révolte quand j'observe que des personnes qui ont injecté des milliards de F CFA pour organiser une insurrection au nom d’une soi-disant démocratie, s'avèrent être les pires dictateurs que notre pays ait connus. L'autre sentiment, c'est celui d'un patriote de qui on retiendra qu'il a été victime de la boulimie du pouvoir de petites personnes (riches et puissantes peut-être) qui, en temps normal, ne méritent que mépris. L'actualité nous a donné raison, puisque depuis plus d’un an, notre pays est en péril. Le pouvoir MPP, malgré sa prétention d'avoir une grande expérience, se trouve dans l'incapacité d'assurer le minimum pour les citoyens. La santé, la sécurité, le logement n'ont jamais été des denrées aussi rares et il y a la fronde sociale qui a atteint un niveau jamais égalé. En un mot, l’histoire nous donne raison parce que ce qu’on a voulu dénoncer l’année dernière, est aujourd’hui patent aux yeux de tous. Un bon dirigeant démocrate devrait s’appuyer sur les critiques et la contradiction pour bien diriger. Voilà pourquoi on aime dire que « les critiques mettent toujours le prince à l’abri des abus ».

Depuis votre sortie de prison, on vous entend de moins en moins. Vous êtes-vous ramolli ?

(Rires) vous le pensez vraiment ? Nous tenons le même cap et pour dire vrai, nous n'avons jamais été aussi proche de nos objectifs. C’est-à-dire obtenir de nos gouvernants, de gré ou de force, une meilleure façon de gouverner et une plus grande responsabilité face aux missions régaliennes de l'Etat qui sont, entre autres, d’assurer les libertés, la sécurité, l'emploi et la santé pour les populations.
Pour ce faire, je demeure avec mes camarades dans le même état d'esprit que l'année dernière et nous n'excluons pas l'éventualité de réitérer notre volonté de nous faire entendre et les lois de la République nous le permettent.

Et si c’était à refaire ?

Evidemment, mieux avec une plus grande envergure !......

On dit de vous que vous avez la propension à défier l’autorité de l’Etat. Qu’en dites-vous ?

Je trouve ces types de propos blessants. Depuis que je me suis engagé dans la vie publique, j'ai toujours encadré mes activités et mes prises de positions dans les limites que les libertés publiques m'autorisent. Mieux, pour un certain nombre d'activités, nous avons entrepris des démarches auprès non seulement des autorités politiques, mais aussi religieuses et coutumières.
Les leçons de citoyenneté que certains tentent de donner, devraient leur servir à eux- mêmes. Ma conscience de citoyen est tranquille, je n'ai jamais porté atteinte aux lois de mon pays, jamais manqué de respect à qui que ce soit. Et j’estime qu’il est de mon droit de dire que le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré a failli, que le MPP et ses alliés sont incapables de gérer mon pays (je dis bien mon pays), que la Transition a organisé la transmission du pouvoir au MPP après avoir organisé une Insurrection et brûlé chez les gens. Je ne crois pas que ces propos sont une défiance à l’Autorité de l’Etat ou une preuve d’insolence de ma part. Pas du tout puisque cela s’avère. Tout le monde voit leur incapacité à gérer notre pays.

Vous vous réclamez de la société civile alors qu’il ressort que vous êtes financé par l’ancien régime. Qu’en dites-vous ?

Ah bon ? Il ressort d'où ça que nos activités sont financées par l'ancien régime qui n’est rien d’autre que le régime MPP ? Vous m'en apprenez des choses ! J'aime bien cet agacement de nos adversaires et autres détracteurs quand malgré leurs gros moyens, ils n’arrivent pas à venir à bout de notre engagement. Vous savez très bien que depuis un certain temps au Burkina, une certaine classe politique a fait de la corruption, la démagogie, la diffamation, les coups fourrés un projet de société.
Lorsque vous n’êtes pas avec eux, ils déploient des moyens colossaux pour vous salir via les débats interactifs, les réseaux sociaux et même dans certains cadres occultes. Quand ils s’attendent à vous voir dans leurs bureaux pour quémander des miettes ou des facilités et que vous ne tombez pas dans le piège, ils se révoltent, se rebiffent puisqu’ils mangent dans ça. Conclusion, on te vend partout et moins cher. Ce phénomène sera tôt ou tard une source de tensions sociales. Aussi, un des motifs de notre arrestation était qu’on aurait reçu des fonds pour déstabiliser le pays et vous avez vu que lors du procès, c’était tout un montage puisqu’ils n’ont pas pu apporter la moindre preuve. S’ils avaient la moindre preuve, les connaissant, je serais en train de purger une lourde peine. Quant à nos activités, en dehors des conférences de presse qu’on improvise souvent compte tenu de l’actualité, le reste est planifié et on met le temps nécessaire pour les préparer et c’est ce qui fait également qu’on a toujours réussi nos activités et ça ne plaît pas à certains. Mais est-ce pour autant que je vais considérer certaines bassesses ? Non ! Nous, nous avançons !

D’aucuns disent que vous étiez moins virulent sous l’ancien régime qu’actuellement. Quel commentaire en faites-vous ?
(Rire) Peut être que sous le régime Compaoré, les choses allaient mieux ! 
Plus sérieusement, il faut arrêter les raccourcis comme ça. Je me suis toujours prononcé sur les questions de gouvernance, que ce soit maintenant ou avant ! Les archives sont des vérités historiques, ce sont des preuves vivantes.

Où en êtes-vous avec vos querelles internes au niveau du CED ?

Je n'ai pas connaissance de querelles au niveau du CED. Nous avons d’anciens camarades qui ont estimé que le combat que nous menions, ne valait plus la peine d'être mené pour des raisons que j'ignore, mais avec beaucoup d'autres et de nouvelles organisations qui frappent à la porte de notre plate-forme, nous estimons que la démocratie est toujours menacée, la vie est toujours aussi chère et les libertés publiques sont menacées. Pour ces raisons, cette grande majorité estime que le combat du CED est plus que d'actualité. Nous sommes en démocratie et il est normal qu’il y ait souvent des débats internes mais nous n’avons pas connaissance de querelles. Le CED est une plate-forme d'OSC qui continue ses activités sereinement et étudie les nouvelles demandes d'adhésion. Je peux vous dire qu’actuellement, je reçois des appels de partout du territoire national m’invitant à venir animer des meetings mais tout se planifie. Pour votre propre information, le CED se porte bien et a une base solide sur l’ensemble du territoire. Bientôt, vous serez édifiés.

Quelle appréciation faites-vous du niveau de mobilisation lors de la marche du 29 septembre dernier ?

Je voudrais, avant de répondre à votre question, rendre un vibrant hommage aux patriotes sortis ce jour-là. Sans considérations partisanes, ces personnes sont sorties par milliers comme pour montrer leur attachement à la bonne gouvernance et au bien-être des populations. C'est formidable ! Au Mali où j'ai vécu un moment, on dit souvent que c'est n'est pas un mal de ventre mais un mal d’yeux qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont. Non seulement la mobilisation était exceptionnelle, mais aussi le profil des manifestants était de nature à encourager pour les luttes à venir. Les jeunes, les étudiants, les femmes et les travailleurs convaincus de la justesse des points de revendication des forces vives ... C'était vraiment beau à voir. Et comme je viens de le dire, ça augure de plus grandes mobilisations pour l'avenir.

De plus en plus, les activistes de la société civile ont maille à partir avec le régime actuel. Ne pensez-vous pas que souvent vous en faites trop ?

Nullement, au contraire ! J’estime que c'est le régime qui devrait se sentir pathétique avec cette façon de s'en prendre à ceux qui ne font qu’alerter face aux dérives et autres incompétences du régime. Ces acteurs sont ‘’traqués’’, parce qu’on n’a pas envie qu’ils s’expriment, qu’ils continuent à dénoncer. Ils veulent que l’opinion demeure dans l’absurdité de l’ignorance. C’est vraiment inquiétant mais surtout désorientant. Des gens qui se disent républicains, qui ont incendié des institutions et pas des moindres pour (entre griffes) la démocratie, qui ont voté des lois d’exclusion sous la Transition (suivez mon regard), sont très mal placés pour agir ainsi.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre séjour carcéral ?

A la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), il faut reconnaître qu’il y a une saine solidarité entre détenus et une ‘’collaboration’’ intelligente entre détenus et Gardes de sécurité pénitentiaires. C’est la première chose qui m’y a marqué. Deuxièmement, il faut dire que les locaux de la prison n’honorent pas notre pays ni sa Justice. On peut mieux faire, même s’il existe des gens qui pensent que les prisonniers n’ont pas droit à des commodités acceptables. Troisièmement, il faut parler de la lenteur des procédures. Bien des détenus dépriment à cause de ces lenteurs. Sinon, en général, tout s’y est déroulé bien moins mal que ce que j’attendais. C’était une expérience pour le prévenu d’opinion que j’étais. Une expérience qui nous conforte et nous harangue. Nous y avons vu les disparités entre détenus riches et détenus pauvres. Nous y avons croisé l’injustice de notre Justice. Nous avons souffert de n’être pas en prison parce que la Loi le commande mais parce que les garants de nos libertés et de notre sécurité le voulaient bien. C’est ce Burkina-là que nous combattons.

Après l’insurrection populaire, certaines OSC ont perdu de leur crédibilité. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut rappeler que certaines OSC ont avoué avoir été créées par des partis politiques. D’autres étaient des OSC ad hoc, créées pour les besoins d’une insurrection ‘’pré cuisinée’’. Elles ont atteint leurs objectifs pour ce qui concerne le coup d’Etat d’octobre 2014 et les pillages de fonds publics sous la Transition. Il est normal qu’elles se fondent dans la masse et essuient chaque jour que Dieu fait la honte et la dérision. Des leaders sont épinglés dans des situations de détournements et de partages illicites de deniers publics. D’ailleurs, l’actualité récente du Burkina nous a révélé qu’un porte-parole d’OSC aurait bénéficié de 100 millions de F CFA des mains du Lieutenant-colonel Zida pour l’organisation du Coup d’Etat. Comment voulez-vous qu’elles ne perdent pas leur crédibilité si leurs mentors (Zida et ses complices du pouvoir actuel) ont eux-mêmes perdu toute crédibilité ?

Les OSC réunies au sein de l’UNAS ne s’entendent pas. Quelles sont les mobiles et que comptez-vous faire ?

Nous sommes une Union d’Action de la Société Civile mais pas une Organisation de la société civile. Nous pouvons avoir des divergences entre organisations membres mais nous demeurons dans l’esprit qui nous réunit. Il faut reconnaître que c’est un rassemblement jeune, qui a ses faiblesses et que certaines personnes s’y comportent en princes incontournables. Mais, c’est le lot de tout rassemblement hétéroclite. D’ailleurs, je viens vous préciser que nous sommes autonomes et travaillons à mériter notre indépendance. Après les échecs répétés à nous unir avec des organisations sœurs, nous avons décidé de nous battre pour l’aboutissement de notre vision : un Burkina Faso unifié, fort, qui chasse le mensonge et la division. Bientôt naîtra une des plus ambitieuses organisations que le pays ait jamais connues. Une Organisation qui rassemble des jeunes dynamiques, ambitieux, soucieux d’un pays stable et prospère. Les petits mensonges entre copains, c’est terminé ! Il faut évoluer, il faut mobiliser les forces vers l’avenir.

Vous avez été victime d’un accident il y a de cela quelques instants. Pouvez-vous nous en parlez ?

C’est un accident comme tout autre. Ses particularités sont qu’il était très violent, que mon véhicule que je venais d’acquérir (sur fonds propres et à jour de toutes les exigences légales et administratives) est irrécupérable et que j’en suis sorti sans une égratignure. Je ne peux que rendre Gloire à Dieu pour sa protection et sa justice. Je profite de votre entretien pour remercier tous ceux qui m’ont envoyé des messages de soutien.

Propos recueillis par Issa SIGUIRE

 

Carte de visite

Qui est Pascal Zaïda et quelle est son activité professionnelle actuelle ?

Je vous remercie pour votre démarche, je suis Pascal Zaïda, leader d'opinion et d'organisation de la société civile (comme la Ligue des Consommateurs du Burkina, section du Kadiogo, le Cadre d’Expression Démocratique et le Mouvement Populaire des Jeunes). Côté professionnel, je suis gestionnaire de projet et j'interviens dans un certain nombre d'études que je ne vais pas (pour des raisons évidentes) citer ici. Et en bon Burkinabè, je m'investis aussi dans le milieu rural avec une petite exploitation agricole. En rappel, toutes les fois que je rencontre la presse, cette question est toujours posée. Vraiment, je suis fatigué et par moments, je me demande si c’est nécessaire de répondre. Tout le monde n’est pas obligé de travailler à la Fonction publique et tout le monde n’est pas obligé d’être embauché. Moi, j’ai choisi d’être libre et c’est un choix que j’assume et grâce à Dieu, je n’envie personne.

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2 Commentaires

  1. Anonyme

    Encore PASCA,! RAPPELLE TOI QUE TU AVAIS proposer comme solution dans un des journaux de la place de couper une partie du territoire pour les djihadistes.Qui va suivre un apatride pareil !

    Reply
  2. yarga

    Encore PASCAL,! RAPPELLE TOI QUE TU AVAIS proposer comme solution dans un des journaux de la place de couper une partie du territoire pour les djihadistes.Qui va suivre un apatride pareil !

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